Live Report - No One Is Innocent - Epinal (La Souris Verte)

 

Valeur sûre des scènes de France et de Navarre, No One Is Innocent pose ses flightcases à Epinal ce soir. Plus précisément dans la toute nouvelle SMAC, la Souris Verte (oui le nom est discutable). Celle-ci a déjà acceuillie Loudblast et les Burning Heads et accueillera Arch Enemy en novembre. Des rumeurs sur une venue de Dagoba étaient fortes mais prévue le 3 octobre, elle n'a pas eu lieu et n'est pas reprogrammée pour le moment. Ancien cinéma la salle est très sympa et le son y est toujours bon à des volumes raisonnables (trop dirons certains). C'est pour défendre le tout frais Propaganda que No One revient dans l'Est, un album plus proche de son passé ; ses récentes productions (Drugstore, Gazoline) s'étant faites plus électroniques. Du haut de ses vingt ans d'existence le groupe s'installe dans la grande salle, offrant une magnifique opportunité aux premières parties locales : Tess et Slutty Dampers.

La salle est encore très clairsemée lorsque les vosgiens de Slutty Dampers entament le deuxième show de leur jeune histoire. Jeune histoire mais le quintet ne sort pas de nul part pour autant puisque que l'on retrouve les ex-Blame. Rien à voir ici avec leur thrash death à tendance mélodique mais plutôt à un heavy rock parfaitement à mi chemin entre rock et metal un peu dans l'esprit de nos Bukowski nationaux. Mené de front par un duo de Ju, Julian au chant et Julien à la guitare, le quintet échauffe bien une salle attentive qui se remplit au fur et à mesure des minutes. Complètement barré le premier enchaîne mimiques hilarantes et discours aléatoires qui ont le mérite de faire rire la Souris Verte. Malgré une petite redondance dans les riffs, l'ensemble est bien efficace rappelant par instant le Metallica de Load. L'ultra heavy « Fool », introduit par la basse slappée de Grég, fait bien mal aux gencives avec ses relents de V8 et de bitume. Les amortisseurs salopes se permettent même une reprise du « Digging The Grave » de Faith No More pas ridicule malgré les petites difficultés vocales de Julian (il s'arrache bien sur les hurlements du break). Prometteur !

Difficile de rater Tess en ce moment, les messins trustant toutes les premières parties intéressantes de Lorraine. Il y a quelques jours avec Lez Zeppelin, le mois prochain avec The Arrs, en décembre avec Bukowski... Si le groupe n'a pas grand chose à voir avec No One en terme de style, les textes à tendance sociétales (en français svp!) du quintet le rend tout à fait capable de plaire aux fans de la têtes d'affiche. Bien que votre serviteur ne soit pas vraiment amateur de « core » il faut avouer que le postcore à tendance rock'n'roll et djent de The End Of Sick Sorrow (pour les intimes) passe comme une lettre à la poste. En même temps la machine est parfaitement huilée, sur les planches rien ne dépasse, tout cela est carré et hyper pro. Les lumières (stroboscopes ouais!) et le son sont aussi excellents et trahissent une expérience de la scène enviable. Comme pour affirmer encore plus cette mise en place au poil de fion, tous les membres soutiennent le frontman Thibault aux choeurs en alternance (avec un léger avantage cependant pour batteur). Et malgré tout cela la Souris Verte reste désespérément attentiste et réagit poussivement lorsque Thibault évoque les rois de la soirée. Un peu dommage mais cela ne diminue en rien les efforts des mosellans qui dédient « Vinz » « à un acteur qu'on aime bien » (il s'agit bien sûr de Vincent Cassel dont la voix résonne en préambule). La setlist s'articule évidemment sur leur dernier né, Que S'élève La Poussière, sorti chez Send The Wood/Season Of Mist. Une baffe en règle d'un combo professionnel et appliqué.

 

Setlist Tess :

Rejoins l'Emeute

Mon Sourire Au Cutter

La Nuit De Jack

Déclacés

Vinz

Confrérie

Otage

Soupe De Plastique

Du Mensonge Au Désastre

Le Mauvais Mort

Après une arrivée à la Motörhead : « Nous sommes No One Is Innocent et on fait du rock'n'roll », c'est au son de « Drones » extrait du dernier album que les parisiens prennent d'assaut une salle complètement acquise à sa cause. Pour dire si Tess n'a pas réussi à déchaîner le pit, il suffit d'un titre pour que celui-ci implose face à la tête d'affiche. Il faut dire que No One est un phénomène live qu'une prestation au Stade de France avec AC/DC a récompensé en mai dernier. La scène est minimaliste, seul un backdrop à l'effigie de Propaganda vient la décorer tandis que la batterie n'est même pas surrélevée. La direction plus rentre dedans de ce dernier album les ont amené à troquer les platines pour une seconde guitare, un choix judicieux qui renforce l'énergie développée sur scène. Impossible de ne pas penser à Rage Against The Machine à de nombreux moments du set, même si la recette de nos compatriotes affiche des facettes punk et hard rock moins présentes chez les pionniers du néo. On s'attendrait presque à ce que Kemar (chant) déclame « We gotta take the power back » en place de sa maxime « Kids Are On The Run » sur cet autre extrait de Propaganda, nouvelle preuve que cet album est taillé pour la scène. Après avoir partagé sa joie d'être de retour dans l'Est en début de set le poi sauteur de frontman dédie « Charlie » à ceux « qui nous ont appris à réfléchir, ceux qui nous ont appris la liberté d'expression. Il invite ensuite le public à sortir ses ordinateurs portables sur le classique « Révolution.Com », toujours aux antipodes de son pendant studio très électronique. Le groupe fait plaisir à la frange punk de son public en interprétant son hommage « Johnny Rotten » à la fin duquel François « Shanka » Maigret (guitare, The Dukes) se lance dans un solo long comme il faut (c'est à dire court) avant d'enchaîner sur un autre extrait du Drugstore de 2011 : « Drugs ». L'occasion pour Kemar qui vient de faire tomber la chemise d'inviter les gens à les rejoindre sur scène pour un joyeux bordel. Chose aisée, la salle ne disposant pas de crash barrières. Après leur tube ultime, « La Peau » (un titre que l'on passerait bien à une certaine Nadine M, originaire de la région) reçoit évidemment le meilleur accueil de la soirée, Popy (guitare) reprend l'hymne américain introduisant très justement « US Festival ». Lui succède une contrée pas si lointaine avec « Chile », point final d'une prestation sans temps mort qui laisse un sourire béat et quelques echymoses à la Souris Verte qui n'a pas réussi à échapper à ces messieurs.

En accord avec son attitude et son discours tous les membres viennent à la rencontre des fans quelques minutes après la fin du concert. Chose de plus en plus rare mais tellement agréable lorsque le groupe en question est aussi sympathique.

Setlist No One Is Innocent :

Drones

Silencio

Barricades

Kids Are On The Run

Nomenklatura

Massoud

Charlie

Révolution.Com

Johnny Rotten

Drugs

20 Ans

Djihad Propaganda

La Peau

US Festival

Chile

No One Is Innocent est vraiment imprenable sur scène. Continuant son bonhomme de chemin sans se soucier des modes tout en gardant son engagement et sa rage, on ne peut que saluer les vingts années que les parisiens viennent de célébrer. N'étant pas forcément adepte inconditionnel de leurs albums je ne saurais que conseiller aux réfractaires de juger le groupe dans son élément naturel sur l'un des nombreuses dates des mois qui arrivent : le live ! Tess a montré qu'il connaissait lui aussi son métier en terme de mandale dans les dents et je ne peux que me réjouir de la forte possibilité de les revoir avec Bukowski en décembre (si dieu veut!). Quant aux amortisseurs, reste à voir comment le projet va évoluer mais il peut clairement brûler du gravier avec plus d'expérience et de variété dans ses compos.