Live Report - 6:33 - PKRK - Anunaki à St Dié Les Vosges le 07/03/2015

A croire que nos derniers reports glorifient les affiches incongrues, après du hard rock/death'n'roll, du punk/hard rock/sludge, nous avons ce soir du fusion/punk/sludge. Tout un programme pour la première venue de 6:33 en terre vosgienne, plus précisément à l'Entracte II (une salle qui accueillera Loudblast et Black Bomb A en mai prochain), en soutien au fabuleux Deadly Scenes sorti en janvier dernier. Pour les accompagner les punk rockeurs de PKRK et les postcoreux d'Anunaki, que nous allons bientôt connaître par cœur au rythme où nous les voyons depuis quelques mois.

 

Nous découvrons pour l'occasion l'Entracte II, ancien club de billards qui fait désormais une chouette salle de concert/bar diffusant lors de notre arrivée la défaite du FC Metz pour le plus grand bonheur de nos camarades vosgiens. Profitant de cette belle date et d'un temps de jeu bien plus long qu'à la Souris Verte il y a deux semaines, Anunaki sort ce soir son deuxième EP éponyme dont il interprète l'intégralité des morceaux (il n'y en a que trois mais cela représente tout de même trente cinq minutes de musique). C'est François (batterie) qui lance le set, bientôt rejoint par Damoon (guitare) pour l'intro crescendo très « blackisante » de « Cult Of Palourde », leur titre le plus ambiant. Si le public n'est pas nombreux au début il finit par se masser devant la scène et reste jusqu'au bout en donnant un accueil bien plus chaleureux qu'à la Souris Verte (rappelons que le quintet se produisait alors sur une soirée punk). Il faut dire aussi qu'Anu est en bien meilleure forme ce soir, visiblement très motivés, tout les membres se lâchent au maximum et se montrent très mobiles. Au point où Kali, leur frontwoman, passe plus de temps dans le public que sur scène ! Celle-ci se montre toujours aussi impressionante vocalement, avec un chant puissant et rugueux qui exprime une souffrance non feinte, que la musique ne nie pas. Le son est lui aussi à la hauteur et si l'expérience reste plus immersive sur album, car l'on rate quelques subtilités dans le contexte live (surtout lorsque l'une des guitares est trop en retrait dans le mix !), les amis des animaux prennent toutefois méchamment aux tripes. L'univers d'Anunaki entre sludge, postcore et black metal (on pense à Cult Of Luna, Neurosis ou encore Pelican) est un monument d'affliction qui tel un chien enragé prend littéralement aux tripes sans vouloir lâcher prise. Kali se montre bien plus loquace qu'à son habitude et prend le temps de remercier la salle, les ingé lights/son et aussi les groupes : « par ce qu'ils sont sympas ! C'est assez rare pour être souligné ! ».

Après deux titres plus rentre dedans, dont « Lizard » du premier EP (Eléphange), c'est « Temple Of Trilobites » qui résume bien tout ce dont le groupe est capable de faire qui nous écrase une dernière fois avec cette fin aussi lourde qu'une blague de Vincent Lagaffe sur laquelle Mathieu (guitare) rejoint son cogneur pour frapper ses cymbales avec lui.

Setlist Anunaki :

Cult Of Palourde

Lizard

Mouette

Temple Of Trilobites

 

Ce n'est un secret pour personne votre serviteur n'a rien d'un amateur de punk (en dehors de Tagada Jones ou Social Distortion). La présence de PKRK à l'affiche n'est donc pas forcément synonyme de bon moment, cependant après quelques recherches et bien que son nom nous était parfaitement inconnu, PKRK a été fondé en 1987 (!) s'est séparé dix ans plus tard avant de se reformer il y a sept ans. Les lorrains ont publié pas moins de huit skeuds (album, best of, EP) depuis, dont le dernier, Coit Parade (EP-2011), a été auto-produit. Ils ont aussi pu se produire avec les Sheriffs ou les Washington Dead Cats. Une belle expérience donc qui laisse entendre un certain savoir faire. Dans une veine très punk français 90's entre Parabellum et les Béruriers Noirs, le trio se montre rapidement bien trop soft pour le ton de soirée. Pas plus original que cela, malgré des solos ainsi que des mélodies plutôt agréables, un batteur très sûr, l'attitude décontractée et sympathique du chanteur/guitariste Vincent ne rameute pas la foule qui préfère rester au bar ou dehors. Dommage que le chant ne soit pas très « glorieux » dans le mix, car les textes apparemment funs du combo sont intelligibles. Si le set du trio ne paraissait pas dans un très bon soir, le milieu du concert voit les quelques rangs devant la scène se vider d'un coup.

Peut être que le groupe aurait été plus à sa place en ouvrant la soirée... ou pas. En tout cas si PKRK n'a rien de catastrophique, il ne s'est pas montré assez intéressant pour maintenir l'intérêt du public ce soir.

 

Découvert avec leur deuxième album, The Stench From The Swelling (A True Story), fin 2012 votre serviteur est devenu un inconditionnel de 6:33 depuis. Héritiers de Mike Patton, le gang masqué de Paris a su développé un son qui défie les lois de la logique et de la technique avec des titres complètement barrés qui donnent l'impression de se retrouver dans le cabaret le plus absurde de tout le temps sur le petit dernier Deadly Scenes. L'appréhension est donc totale, car le groupe se produit sans batteur et incorpore tellement d'arrangements qu'il paraît bien compliqué de reproduire leurs morceaux sur scène. Après une intro classique bien connue (« Hall Of The Mountain King »), c'est « Hellalujah » qui ouvre les débats et montre une formation ultra en place et très charismatique. Rorschach, qui a succédé à l'intérimaire de luxe Arno Strobl (Carnival In Coal, We All Die (Laughing)), est le frontman parfait pour la bande depuis son attitude déjantée en passant par sa voix (juste le temps de se chauffer sur « Hellalujah » et le voilà qui n'en met pas une à côté pendant cinquante minutes) jusqu'à sa communication entre les morceaux. Il s'excuse ainsi avant « Order Of The Red Nose » de ne pas connaître encore bien son nouveau matériel et nous indique qu'il est temps « de se mettre un doigt dans le cul » sur le sexy « I Like It ». En plus des masques de chacun, le chanteur porte une rédingote en corrélation avec le concept du dernier opus sur les sept péchés capitaux. Le quintet, impeccable rappelons le, voit un couac de taille se produire sur ce titre alors que Nicko (guitare) préfère zapper le solo jazzy précédant le break du morceau sous le regard amusé de son diable de chanteur. Le son est très bon bien que quelques arrangements vocaux ne soient pas audibles pour notre grand malheur mais bon si le groupe devait faire les choses dans les règles il leur faudrait un choeur gospel hors à moins qu'il ne devienne millionnaire dans les semaines à venir cela n'est pas prêt d'être possible...

S'ensuit le tube du dernier album (pour lequel vous pouvez découvrir un superbe clip sur le net), « Black Widow » et ses arrangements vocaux plus tarés les uns que les autres, les « pa-pa-pa » y côtoient les « a-tchik-a-tchik-aie-aie-aie » avant un refrain plus crooner qui ne peut que donner envie de se dandiner comme un drag queen. Le public suit bien la prestation des parisiens, même si quelques personnes préfèrent rester au bar, les appels de Rorschach voient des réponses enthousiastes et l'on irait presque jusqu'à dire que c'est la fête des fous. Seul rescapé du premier album Orphan Of Good Manners (2011), « Little Silly Thing » montre encore le grand écart dont le combo est capable en étant à la fois l'un des titres les plus rentre dedans de la setlist tout en se terminant par un passage electro qui ferait un malheur sur les dancefloors du monde entier. Retour à Deadly Scenes avec le premier titre écrit pour celui-ci : « I'm A Nerd » et ses choeurs tout droit sortis de l'Etrange Nöel de Mr Jack, sur lequel nous devons « faire ressortir le geek en nous ». L'on dit toujours que le temps passe bien vite lorsque l'on vit quelque chose d'agréable, c'est donc la mort dans l'âme que l'on apprend que le groupe n'a plus qu'un titre dans sa besace (et qu'il ne s'agit pas du tube du deuxième album « Burn-In », snif!), en la présence de « M.I.D.G.E.T.S » et son début très extrême. Moment de folie pure lors du break sur lequel le frontman demande un « circle boogie : comme un circle pit sauf que l'on ne se tape pas sur la gueule et que l'on fait juste les cons. Les fous ! » et force est de reconnaître que les Vosges s'exécute avec un plaisir non feint pour une vision qui aurait pu envoyer les trois quart de l'Entracte II à l'asile. Celui-ci profite aussi de l'interlude calme de ce titre pour faire un tour dans le public faire des câlins aux gens et voler une casquette. Complètement dingue on vous dit !

Avec des prestations de cette qualité et des albums aussi incroyables, 6:33 ne va pas rester bien longtemps un espoir de la scène française. A la fois délirant, techniquement irréprochable et foutrement accrocheur les masqués convainquent pleinement sur un terrain qui paraît pourtant bien compliqué pour leur musique.

Setlist 6:33 :

Intro (Hall Of The Mountain King [Edvard Grieg])

Hellalujah

Order Of The Red Nose (G.G.G Part1)

I Like It

Black Widow

Little Silly Thing

I'm A Nerd

M.I.D.G.E.T.S (G.G.G Part2)

 

Chapeau à l'association Out Of Order pour cette affiche risquée qui aura tout de même ramener environ 150 personnes (un score plus qu'honorable). Nous reviendrons peut être voir un vieux gag plus convenu mais toujours aussi efficace dans ce lieu pour la venue des Louds, en attendant il faut rêver de chaussures ridiculement trop grandes, de nains unijambistes, de maquillages grotesques et de femmes à barbe.

Le plaisir est un péché qu'il faut savoir apprécier.