Live Report - Gohelle Fest - Jour 1

« Le Nord/Pas De Calais: terre de charbon, terre de Metal » disait Vincent Dupire à l’occasion du journal méridional de France 3 pour caractériser la thématique du Gohelle Fest. Il faut dire que, situé à quelques pas des plus grands terrils d’Europe, le festival avait un objet d’étude déjà tout fait à exploiter au maximum dans le cadre d’un festival de musique extrême. Après une première édition haute en couleur avec Kreator, Napalm Death et Loudblast, l’équipe organisatrice a voulu monter d’un cran en programmant le festival sur deux jours et en faisant venir certaines des plus grandes figures du genre comme Obituary, Carcass, Panzer, Eluveitie, Entombed A.D. et des groupes régionaux au potentiel fort sélectionnés pour se produire dans le cadre du festival. Avec une affiche, pour le moins éclectique et diverse, tous les fans de chacun des genres s’y étaient donnés rendez vous et pourtant… 

...Quand les premiers accords d’Yrzen résonnent dans la salle Varet, l’ambiance semble creuse. Malheureusement, peu de monde répond à l’appel des Amiénois et leur Death Mélodique Folklorique. Mais malgré les quelques petits soucis rencontrés, sûrement dus au stress d’ouvrir pour un festival de cette envergure (problèmes de guitare, lacher de micro et autres problèmes), la jeune formation a quand même réussi à tirer son épingle du jeu et à marquer les esprits grâce à ses titres catchy, non seulement issus de leur premier album Fimmròt mais aussi d’un futur opus à sortir « un jour » d’après les propos de Clément, le frontman du groupe ! En quelques mots, un concert dépaysant et plaisant qui ouvre les hostilités du Gohelle Fest de manière agréable.   

Le Running Order ayant été totalement perturbé à quelques jours de l’évènement à cause de l’annulation de Benighted, source même de nombreux cas de dépression chez les festivaliers Nordistes, W.I.L.D. a basculé au samedi à la place de Benighted laissant ainsi à Nirnaeth l’opportunité de se produire au Gohelle Fest. Et quelle claque ! Il faut dire que les Nordistes ont su faire profiter leur Black Metal dans des conditions optimales avec des jeux de lumières cohérents. Ceux-ci entraient en phase avec l’univers apocalyptique renvoyé par les morceaux comme « My Misanthropy », « Let Me Inside », « Inertia » et « Spirit Elimination » issus leurs deux seuls albums Twrown Athwart The Darkness et Splendour Of The Abyss. Mais ce concert était également l’occasion de présenter leur nouveau batteur, Vagorn, véritablement en forme ce soir et quelques nouveaux-nés: « Cursed » et « Nihil » qui n’ont rien fait d’autre à part inaugurer du très bon pour la suite de l’aventure « Nirnaeth ». Bien joué !  

M/Pire of Evil, ce groupe ne vous dit peut-être rien, mais c’est bien des membres clefs de la carrière Venom qui sont à l’origine de ce projet. Nous n’allons pas revenir sur les nombreuses controverses entre Mantas et Cronos, c’est la justice qui tranchera sur la propriété du label « Made in Venom ». Quoiqu’il en soit, M/Pire Of Evil n’a pas manqué de montrer de quel bois il se chauffe, même devant une salle dépeuplée. Encore une fois, les absents auront eu tord ! Car le concert que nous a délivré Tony (Aka Demolition Man), Mantas et Francesco frôle la perfection à tout point de vue. Comment rester insensible face au charisme évident de Demolition Man et de Mantas qui prennent le temps d’introduire de façon grandiloquante, chacun à leur tour, les classiques de Venom (« Witchin' Hour », « Black Metal », « Countess Bathory », « Welcome To Hell », «Die Hard ») ou les tranches bien grasses des albums de M/Pire of Evil (« Demone », « Blackened Are The Priest ») ? Il est également agréable de voir que Mantas n’a pas perdu de son superbe à la guitare et que Demolition Man s’illustre toujours aussi bien avec sa basse signature. Un excellent moment pour les yeux mais aussi pour les oreilles qui nous a faits revenir trente années en arrière. M/Pire of Evil n’a pas fini de faire parler de lui !

Véritable O.V.N.I. de la journée, les incorrigibles Tagada Jones auront quand même réussi à motiver la Tagada Dissident Army, véritable fan club du groupe, à venir s’incruster auprès des gros bras venus apprécier la lourdeur des riffs d’Obituary. Et encore une fois l’audace aura payé pour les Bretons qui se sont encore une fois illustrés grâce à leur Punk/Metal efficace ! Même les moins convaincus se sont même pris la main dans le sac en train de taper du pied pendant « Instinct Sauvage », « Descente aux Enfers » ou même « Dissident ». Vous l’aurez donc compris, ce qui fait la force des Tagada Jones, c’est bien leur côté hybride même si leur caractère indépendant et revendicatif prend souvent le dessus. Car le groupe n’hésitera pas à traiter de sujet qui lui tient à coeur comme l’attentat de Charlie Hebdo avec le fameux « Je Suis Démocratie » ou même de sujets intemporels comme la tolérance et l’ouverture d’esprit lors de satires comme celle de « Karim & Juliette ». Inutile de vous dire que la bande à Nico a marqué des points en cette soirée de musique extrême, et ce n’était pas gagné d’avance ! Les fervents de l'indépendance musicale ont encore quelques belles années devant eux ! 

C'est en tant que référence du Folk Metal qu' Eluveitie est revenu dans le bassin minier pour faire souffler sa verve folklorique. Et ce doux voyage dans l’univers montagnard et celtique ne lâchera aucun des fans présents pendant les une heure et demi de jeu dont ont bénéficié les enchanteurs. Visiblement en forme et profitant d’arrangements sonores mettant, pour une fois, le groupe à son avantage, les Eluveitie ont pu revisiter de manière agréable et plaisante leur répertoire. Néanmoins, c’est toujours l’album « Best-seller » qui a obtenu le plus de suffrages de la part de ses partisans avec pas moins de sept poèmes du recueil Helvetios chantés ce soir. Il faut dire que l’album varie plusieurs intonations et a su rester ancré dans la mémoire de la dernière génération de Metalheads qui valse dans la foule grâce aux cultissimes « Havoc » ou même « Neverland ». Le groupe n’oubliera pas de faire escale sur d’autres rives afin de payer un tribut à leurs fans de la première heure en interprétant quelques poésies issues de Evocation I: The Arcane Dominion (« Brictom », « Omnos »), Slania (« Slania Song ») et Spirit (« Tegernakô »). Néanmoins, le prix de la kitchitude (comprenez attitude Kitch) leur est tout de même décerné grâce à l’interprétation en Français du morceau phare de leur dernier album Origins, j’ai nommé « The Call Of The Mountains », qui figurait d’une manière ou d’une autre comme l’un des morceaux les plus attendus ce soir. Ce soir, les Suisses s'en seront sortis la tête haute. Car jusqu’au rappel final « Alesia », ils auront réussi s’illustrer devant leurs fans, qui ne demandent qu’une seule chose: les revoir encore et encore. Le rendez vous est pris en Novembre prochain à l’Aéronef en compagnie d’Epica et Scar Symmetry.

La tournée estivale aura été bien remplie pour les Américains d’Obituary qui continuent de sillonner les pays afin de faire part de leurs pulsions morbides pleines de haine et violence. Ce soir, c’est Loos en Gohelle qui a été infecté par la rage de l’armée de John Tardy. Était-ce là une raison pour ne pas apprécier leur prestation ? Vu le petit paquet de fans présents venus se purger. Peut-être bien… À croire que les fans d’Eluveitie sont partis se réfugier au loin dans leurs montagnes… Pourtant, le peu de fans restant aura fait honneur au groupe comme il se le doit dès l’introduction instrumentale « Redneck Stomp » vite suivis par « Centuries Of Lies » et «  Visions In My Head » tout droit sortis du dernier rejeton d’Obituary, Inked In Blood. L’ambiance, peut-être molle comme certains festivaliers l'ont prétendu, faisait tout de même l’apologie d’une « Violence » sans nom dans le pit où des Wall Of Death et autres animations du genre se sont organisés automatiquement pendant que d’autres buvaient les paroles growlées et criées de John Tardy. Néanmoins, malgré un dernier album d’une qualité évidente, le groupe n'a pas fait table rase du passé et a interprété un nombre important de ses classiques issus de Slowly We Rot (« Slowly We Rot », « Bloodsoaked », « ’Til Death » et « Intoxicated ») ou même « Don’t Care » extrait de World Demise. Un concert parfait avec des musiciens qui ont la niaque me diriez-vous. Oui, certes. Mais pourquoi le groupe n’a t-il pas rempli son contrat en ne jouant qu’une heure à la place des une heure et demi programmées sur le Running Order ? 

C’est sur cette note un poil frustrante que se referme la première journée de la deuxième édition du Gohelle Fest. Une première journée où l’éclectisme aura porté préjudice à l’ambiance générale du festival (Comprenez les blocs de fans venus uniquement pour apprécier le show d’un seul groupe empêchant ainsi la salle Varlet d’être comble). Cela dit, nous ne pouvons que féliciter l’organisation qui a prouvé qu’elle pouvait prendre en main de grosses initiatives et les mettre en place de manière rigoureuse.