Live Report - Gohelle Fest - Jour 2

Pendant que certains ont préféré se reposer tranquillement chez eux, d’autres ont profité du camping organisé à l'occasion pour faire la fête. Et pourtant, rien n’a empêché les fêtards d’être au taquet et ce dès le début des hostilités pour profiter au maximum de la seconde journée du festival ! Faire jouer Carcass au pied des terrils, il fallait avoir le culot de les programmer. C’est dorénavant chose faite avec The German Panzer, Tankard, Entombed A.D. et bien d’autres. 

Ouvrir un festival avec un groupe de Black Metal peut renfrogner les moins adeptes. Néanmoins, avec Dunkelnatch, une formation bien de chez nous, tout se passe à merveille. Dès les premières minutes, l'osmose sombre dégagée par les mercenaires de la nuit s’estompe dans toute la salle grâce à cette fumée exumée à chaque moment stratégique. C'est non seulement un show visuel que nous offre les nordistes, mais aussi un concert soutenu par une ambiance morbide où se relayent des titres de Black Metal comme « Klaustrophobik Inoculum », « In The Halls of Tortured Idols » ou même « Rebirth Of The Black Procession » tous joués à la perfection ! Il faut dire que M.C. Abagor et ses compères n’ont rien d’amateur. Ainsi, nous comprenons vite la raison pour laquelle la foule s’est déplacée en masse pour apprécier ce « Maxi Best-Of » de gourmandises putrides. 

Vous vous souvenez sûrement de W.I.LD. ! Après s’être produit à maintes reprises dans la région, ce serait aujourd’hui leur faire du tord d’être resté indifférent face au succès grandissant de cette formation bien de chez nous. Et leur prestation au Gohelle Fest résonne à chacun de ses fans comme l’apogée de la carrière de Fred et de sa clique. Rien n’a été laissé au hasard pour rendre cette prestation mémorable au même titre que leur concert anniversaire au El Diablo en Juin dernier. Et dire que seuls six titres auront suffit à mettre une ambiance digne de ce nom dans la salle Varet… Il faut avouer que les morceaux extraits de leur dernier EP Happiness Is Not Allowed (« Inside », « Ol Type X »,« Schizophrenia » ou autre « Eternal Cycle » et « Erynies ») passent très bien l’épreuve scénique. Le tout allié avec une communication sans faille avec leur public et un featuring surprise avec AR NO (Black Bomb A) sur « Inside » et les W.I.L.D. auront prouvé qu’ils sont bien là une valeur sûre de la scène Thrash/Death du Nord/Pas de Calais. Et pourquoi ne pas fêter cela en reprenant le titre culte de Machine Head, « Davidian » ? C’est dorénavant chose faite. 

Après la claque, place à l’entracte avec une démonstration de Roller Derby, un des sponsors de l’évènement. Bien que cette démonstration pouvait faire sourire les festivaliers, nous ne pouvons qu’admirer l’audace de ces adeptes du roller à venir faire part de leur passion devant une horde de zombies assoiffés de sang.  

De nombreux fans s’étaient donnés rendez vous pour assister à la prestation de Rotting Christ. Les Grecs, qui s’étaient déjà produits à Lille à la gare St Sauveur en 2013, avait déjà marqué les âmes grâce à son Black Metal hors norme. C’est désormais au tour de la salle Varet de subir le souffle divin de Sakis et de son cortège. Hypnotisés par la voix si spéciale de Sakis, les partisans n’en sont pas moins réactifs et s’entre jettent même les uns aux autres pendant les psalmodies païennes « 666 », « Kata Ton Demona Eautou », « P’unchaw Kachun-Tuta Kachn » et « Grandis Spiritus Diavolus ». La messe est totale et ne fait preuve d’aucun temps mort laissant ainsi ses partisans profiter des chants plus calmes vite relayés par d’autres qui font preuve d'une agressivité toujours aussi bien maitrisée et mesurée. Et pour le peu que nous avons à dire, c’est qu’avec un groupe comme Rotting Christ, la Grèce n’a pas trop de soucis à se faire, du moins, en ce qui concerne l'ouverture d'esprit pour ce qui est de la musique. 

Toujours aussi énivrant, Tankard poursuit sa tournée dans les plus grands festivals de France. Et quand il faut accueillir les teutons, l’organisation du Gohelle Fest ne fait pas semblant. Des bières étaient mises à disposition sous le calligramme de Tankard pour faire plaisir à ces messieurs. Quoi de mieux pour motiver la troupe d’Andreas Geremia ? Rien. Car comme à son habitude, la chope aura été synonyme de fête malgré une setlist presque inchangée depuis le Motocultor. Il faut dire que leur sélection de titres va à l’essentiel et représentent au mieux les histoires véhiculées par la troupe. C'est l’histoire d’un type qui se réveille avec la gueule de bois pendant « The Morning After » et qui a failli y passer, Tankard lui avait même préparé un hommage, le vicieux « R.I.B. ». Andreas Geremia, en tant que narrateur confirmé, n’oubliera pas de montrer ses atouts en se déambulant un peu partout sur le plancher pendant « Rapid Fire (A Tyrant’s Elegy) ». Un tel charisme est toujours à l’origine de nombreuses aventures sentimentales ! Ce qui est sûre, c’est que l'historiographe n’est pas rentré bredouille ce soir vues les deux jolies représentantes de la gente féminine qui ont été invitées sur scène pendant « A Girl Called Cerveza ». Et dire que notre pinte s’est vidée sans que nous nous en sommes rendus compte quand les derniers accords joyeux de « Empty Tankard » ont résonné. Énorme !      

Entombed A.D. était sûrement l’une des formations la plus attendues en ce deuxième jour de festival ! Il faut que dire que nous avions craint le pire ces derniers temps avec Lars Petrov. Néanmoins, l’excellent Back To The Front a rassasié tous les fans du combo Suédois malgré les quelques soucis judiciaires qui ont poussé Lars Petrov a changé le nom de son groupe. Au placard les problèmes, et laissons place au show avec « Pandemic Rage » qui ouvre la bataille de manière implacable. Lars n’a pas perdu de son charisme et est toujours plein d’humour lorsqu’il s’agit de se moquer de la radio Française. Les bandes sonores, extraites de la radio France Bleu Nord, étaient l’occasion rêvée pour les Metalleux de se divertir pendant les temps morts du concert. Néanmoins, l’intérêt de ce concert était également de voir si les riffs salaces et lourds des différentes oeuvres d’Entombed prennent toutes leurs intensités en live. Nul doute n’était permis lorsque l’horde de Metalheads s’est mise à headbanguer de manière synchronisée pendant les classiques « Stranger Aeons », « Wolverine Blues », « Supposed To Rot » ou même le final « Serpent Speech ». Un show d'une telle qualité avec des musiciens qui ont la banane et la pêche, on en redemande tous les jours ! Entombed A.D. est décidément bien revenu au front ! 

Je ne vous cache ma joie de revoir Schmier à la tête de son nouveau projet, The German Panzer. Cet alchimiste, ce visionnaire qu’il a été pendant les grandes années de Destruction est l’origine même d’un nombre important de classiques, et rien que pour cela la foule aurait du être présent ce soir devant la scène à l’acclamer tel un messie. Pourquoi la foule n’était pas au rendez vous ? Trouvais t-elle que son nouveau projet était un peu trop kitch à son goût ou bien avait-elle juste envie de se reposer avant de se faire décarcasser ? Un seul mot. Incompréhension. Car le concert que nous a livré le Panzer a littéralement écrasé ses partisans et ce, même s’il ne s’agissait là que du troisième concert des Teutons (et le premier en France). Certes la recette est simple, mais met en avant les capacités guitaristiques hors normes d’Herman Frank (Ex: Accept) sur des titres comme « Death Knell » congrus de solos qui suscite une exosmose chez guitaristes en herbe dans la salle. Soutenue par un guitariste rythmique, la section rythmique Schmier et Stefan Schwarzmann (Ex: Accept) est solide et montre des musiciens francs, vivants et incarnant la pleine moelle de leurs tubes, « Mr. No Brain », ou même « Panzer » et autres blocs de leur premier essai Send Them All To Hell. Un concert intimiste, certes, mais une franche réussite toutefois. 

« Partout où Carcass passe, personne ne trépasse, tout se casse, mais ne se remplace pas » me lançait un ami quelques heures avant la prestation des britanniques. Le vilain jeu de mot pris à part, l’adage révèle bien la réputation sans faille que Jeff Walker a su redonner à son poupon, son projet, sa Carcass depuis sa réformation. Alors pourquoi ne pas en faire profiter la salle Varlet pour l’ultime concert de l’édition 2015 du Gohelle Fest ? Les habitués de Carcass n’étaient pas perdus avec une setlist semblable à celles proposées quelques semaines auparavant à l’Alcatraz et au Motocultor. Toujours est-il que Jeff Walker et ses sbires font preuve d’une constance et montrent une forme toujours aussi radieuse quand il s’agit de corrompre les âmes sensibles des Metalheads pendant les riffs languissants et hyper-progressifs de « Buried Dreams » et des les amener à s’entre charcuter pendant « Incarnated Solvent Abuse ». Petite nouveauté à noter néanmoins, l’ajout des bandes visuelles pendant un des titres phares du dernier album « The Granulating Dark Satanic Mills », toujours aussi efficace en live grâce à son refrain progressif construit en différents mouvements et ses parties ultra-mélodiques. Mais les fans des premières heures de Carcass ne seront pas en manque devant les medleys revisitant « Exhume To Consume/Reek Of Putrefaction », « Black Star/Keep On Rotting In The Free World » ou même le final « Heartwork ». Autant vous dire qu’après un telle prestation, les fans seront rentrés chez eux avec d’innombrables souvenirs en tête avec en prime quelques acouphènes et quelques mâchoires bloquées ! 

Fin de festival oblige, la foule est invitée à regagner son domicile. Mais avant cela, un des organisateurs de l’évènement, véritablement ému par cette aventure humaine, tenait à remercier la fidélité du public en lui donnant rendez vous l’année prochaine. Toujours motivés à bloc, ces passionnés de Metal que sont les programmateurs, ont montré que l’audace et le culot pouvaient les amener à faire de grandes choses. Et la seconde édition du Gohelle fest en est bien la preuve. À l’année prochaine !