Live Report - Motocultor Festival - Jour 1

En ce chaleureux mois d’Aout, nous avons troqué notre guitare contre une corne de brume, et ce n’est pas pour n’importe quel évènement puisque c’est le Motocultor festival qui a été dans la ligne de mire de la rédaction de Metal Cunt. Ce festival, qui ne cesse de faire parler de lui depuis quelques années maintenant, a su conserver son identité bretonne tout en franchissant ses frontières hostiles et s’ouvrant ainsi au reste de l’Hexagone. Il faut que dire que malgré les problèmes financiers que rencontre le festival, le site ne cesse tout de même pas de prendre de l’ampleur en proposant chaque année son lot d’innovations comme la fameuse troisième scène, la Messey Ferguscene. Quelques pointures des genres Metalliques les plus extrêmes sont présents à la foire, de quoi laisser entrevoir une édition mémorable. 

« La Bretagne, ça nous gagne ! » Comme le dit le fameux adage, mais la météo de la région n’a pas été forcément au beau fixe quand les premiers accords de Nesseria résonnent dans l’enceinte même du festival. La formation, qui a été contrainte d’ouvrir pour le festival sur la Suppositor Stage (annulation de Gutalax et changement d’horaire de Psychup oblige) sous une pluie battante, n’oubliera pas d’ironiser sur le mauvais temps qui s’acharne sur eux en proposant malgré tout un Hardcore engagé traitant de sujets modernes. Mais s’il y a bien un groupe dont la tempête n’a pas effrayé, c’est bien les extravagants Psykup, qui ont relevé le défi de faire oublier les intempéries grâce à une musique ingénieuse et inventive. La recette, si raffinée soit-elle, est pourtant simple. Mélangez une petite dose d’humour avec des passages rythmiques solides et des alternances de chants clairs et gutturaux performés par un Julien Casarinno plus déterminé que jamais à montrer que sa musique est accessible à tout le monde et le plat est servi ! « On n’est pas là pour lire un bouquin de Philosophie » s’exclame t-il, mais cela n’exempte pas le fait que son Metal Expérimental ressemble plus à de la musique d’intellectuels qu'autre chose. Pari réussi pour les Autruches !

Si les vieux de la vieille ne sentent pas encore capable d’adhérer à une telle musique, le Heavy Speed des Killers replongera ses fans trente ans en arrière avec leurs plus vieux tubes « Fils de la Haine » ou même « Maître du Metal ». Malgré une basse surplombante et une guitare assez en retrait, il est évident que les Killers ont encore quelques cartes à jouer devant un public qui se diversifie de plus en plus. En mettant en évidence les recettes qui ont fait son succès dans les années 80’s: des riffs d’Enfer et des refrains entêtant à faire hurler à tue-tête les plus addicts d’entre nous, le groupe a réussi à conserver une grosse partie de son public. Si les Tueurs conservent leur grande forme d’antan, Ancient Rites ne nous laissera pas moins dubitatif. Les Flamands, pourtant estampillé de Black Folk sèmeront le doute quant à la crédibilité de leur prestation. Malgré la bonne humeur de leur frontman, Gunther Theys, qui prend la peine de parler en Français devant son audience, manquera d’assurance et délivrera un chant approximatif sur une musique plus ou moins conforme à ce que l’on pourrait être en droit d’attendre. Une semi-déception, mais à voir l’ambiance qu'il y avait dans le pit, Ancient Rites est loin d’avoir fini de faire parler de lui !  

Le temps de nous ressourcer, nous nous retrouvons devant Mars Red Sky qui se produit sur la Massey Ferguscène. Après leur signature chez Listenable Records pour leur deuxième album, Stranted In Arcadia, les Bordelais sillonnent le monde à la découverte d’un nouveau public. Pour ce qui est d’aujourd’hui, un retour en France était nécessaire afin de faire découvrir leur musique hypnotisante après un passage remarqué au Hellfest en 2014. Et le peu que nous avons à dire, c’est que le power trio a marqué des points à tous les niveaux. Grâce un son plus que pur, la basse vrombrissante de Jimmy Kinast et la frappe contrôlée et tamisée de Mathieu Gazeau feront tâche de mettre en avant les poèmes de Julien Pras. Mais Mars Red Sky en concert, c’est avant tout un concert naturel sans artifice pendant lequel l’auditeur est en osmose avec une musique aérienne qui n’est pas sans rappeler Cream et Jimi Hendrix. En un mot, ressourçant !

Après le doux fleuve de Mars Red Sky, retour à la Dave Mustage avec les Thrasheurs de Heart Attack qui commencent encore tout doucement à se faire un nom au sein de la communauté Metal après la sortie de leur premier album Stop Pretending en 2013. Il s’agit là d’une musique jouée avec les tripes prônant l’innovation d’un genre. La prestation de Heart Attack n’oubliera pas en mettre en avant cet aspect pendant l’interprétation de titres comme « Stop Pretenting » ou même le tout-nouveau « Long Black Heart ». L’alternance chant hurlé/chant clair et les parties plus mélodiques ordonnent le public de s’entre-tuer lors trois circle pits organisés par son charismatique chanteur/guitariste Kévin Geyer. Qui n’a pas été surpris par cette livraison de puissance ? À voir le monde le présent au pied de la Dave Mustage, personne ! Et c’est une fois l’audience conquise que Kévin remercie ses fans d’avoir honoré la dernière date de leur tournée d’été et d’être toujours autant à les suivre. Car vous le savez aussi bien que moi, la carrière d’un groupe ne se fait pas qu’à quatre, mais tous ensemble. 

Quelle déception d’avoir raté Rise Of The Northstar et les Sticky Boys ! Deux formations qui, à mon humble avis, poursuivent leur conquête du succès de manière honorable en raflant d’innombrables fans partout où ils passent, à voir les commérages des festivaliers sur le site. Un remède pour me remettre de cette frustration ? Les Islandais de Sôlstafir et leur Metal Amosphérique qui parviendront à faire évacuer ma peine grâce une performance méritant mes plus hauts éloges. Leurs musiques spirituelles non dénuées de touches personnelles passent très bien en live et font l’apologie de l’ouverture d’esprit révélée grâce l’hyper progressivité du titre « Otta » et ses parties de Banjo émoustillant les parties cognitives de notre être. « Goddess Of The Ages » parvient, par l'intermédiaire des chants hyper lyriques de Aðalbjörn Tryggvason et la lourdeur psychanalytique des parties rythmiques, à tranformer l’environnement des spectateurs. Pour faire court, les classieux Sôlstafir ont su se démarquer et surtout surprendre un public pourtant amassé devant la Dave Mustage dans l’unique but d’assister aux concerts de Finntroll et Eluveitie. Ce n'est pas pour rien que Sôlstafir emmagasine toujours autant de fans d'année en année.

Le public était servi comme des rois avec le Brutal/Death d'Aborted avec des titres comme « Kill The Living », ce qui m’a amené à relativiser sur un des plats qui m’avait laissé sur ma faim au Hellfest. C’était Finntroll. Il faut dire que la Temple une fois comble ne permet pas d’apprécier un de leurs festins à sa juste valeur. À St Noff, c’était tout autre chose! Le caractère humain du Motocultor me rassasiera une fois pour toute avec un set différent à celui du Hellfest et dégarni du caractère gargantuesque de la Temple. Ici, tout avait l’air plus familial mais non moins festif pour autant. Il faut dire que partout où Finntroll passe, une orgie se déclenche instantanément dans le pit grâce à leurs innombrables classiques « Mordminnen », « Solsagan » et bien sûr « Trollhammaren » que l’on ne présente plus. Finntroll grâce à ce concert confirme encore une fois sa stature de fer de lance du courant Folk Metal grâce à sa personnalité toujours aussi gnomesque et sombre. Le tout aidé par une qualité sonore et la débauche ne pouvait qu’être à son plus haut niveau. À voir si le second joker de la scène Folk de la journée, Eluveitie, pourra faire aussi bien que Finntroll.

Mais pour l’heure, le temps est au Hardcore avec Sick Of It All qui ne cesse de montrer une mine des plus radieuses depuis la sortie de son dernier album Last Act Of Defiance. Ce n’est pas les vingt neuf années de carrière de la bande à Lou Koller qui les a empêchés d’enterrer l’ambiance Folk qui s’était installée sur l’autre scène. Au contraire ! « Ladies and Gentlemen, This is New York Hardcore ! » hurle le charismatique Lou Koller. Il profite du court temps de jeu qu’il lui est proféré pour faire une rétrospective de sa carrière en n’oubliant pas de saluer leur pote de Madball qui se produiront un peu plus tard dans la soirée. Le déplacement jusqu’en 1989, l’année de la sortie de Blood, Sweat, and No Tears, semblait plus que nécessaire pour remettre les pendules des fans de Folk Metal à l’heure avec des titres comme « Injustice System » ou même « My Life ». Mais le bougre donnera également une place importante à ses killer-tracks, « Uprising Nation », « Get Bronx », « Step Down » et bien sûr « Us Vs Them ». Ça court, ça jumpe, ça claque et ce, toujours après 29 ans de carrière ! 

Place à la première tête d’affiche du Week-End, Eluveitie, de se produire sur scène deux ans après leur dernier passage au Motocultor. Venus pour faire la promotion du très controversé Origins jugé assez commercial, les pères du Folk Metal avaient tout à prouver. Mais décidément, le sort s’acharne sur les Suisses tant la qualité sonore de leur prestation laisse à désirer. Avec une basse surplombante, les parties Folkorique de « King » ou « Nil » restent en retrait donnant ainsi l’effet d’un brouhaha général. Faute à l’agencement du groupe et de ses huit membres qui donnent du fil à retordre à l’ingénieur-son qui se tue pour rendre le concert homogène et appréciable. Mais encore est-il que Anna Murphy et ses copains font l’impasse sur un nombre de leurs morceaux les plus vifs et les remplacent par les morceaux les plus mainstream comme « Quoth The Raven », «Neverland », le classique « Inis Mona » et le nier « l’Appel des Montagnes » interprété en français sur le coup. Comment faire oublier ces choix de mauvais goût ? Faites l’éloge de la Bretagne Natale des festivaliers et dites leurs qu’ils sont vos frères, et leur adhésion ne sera plus qu’une question de temps. Quand la frustration s’empare des fans…  Eluveitie, il est temps de te reprendre ! 

« L’honneur de la Suisse a été bafoué sur l’autre scène, c’est à nous de redorer le blason de notre pays » lance Tom G. Warrior d’un air agacé ! L’ancien frontman de Celtic Frost n’est pas en reste quand il s’agit de basher ses compatriotes de Eluveitie. Si Triptykon demeure encore récent, ses membres ont plusieurs cordes à leur arc pour terminer la journée sur une apothéose d’émotions morbides. Une ambiance ténébreuse et apocalyptique qui voit la lumière grâce la sobriété et le charisme de Tom G Warrior et de ses comparses qui ne cesseront de jongler entre le sublime et le grotesque sur de plus anciens titres de Celtic Frost comme « Procreation (Of The Wicked) » et « Circle Of The Tyrants ». Mais les fans plus récents ne seront pas en reste devant l’avalanche de sensations lourdes et épaisses de la prestation des tranches malsaines tout droit sorties de Eparistera Daimones (« Goetia » et « The Prolonging ») et Melana Chasmata (« Altar Of Deceit » et « Tree Of Suffocating Souls »). Hypnotisant !

La première journée a tenu ses promesses. Même la pluie a fini par se dissiper au fûr et à mesure laissant ainsi aux festivaliers la possibilité d’apprécier tous les concerts à leur juste valeur. Un festival qui s’avère être encore prometteur pour les deux journées à venir.