Live Report - Motocultor Festival - Jour 3

Troisième jour de festival et je ne sens déjà plus mes pieds. Il faut dire que les batailles de Mister Freeze et de journaux locaux à cinq heure du matin au camping ne sont pas de tout repos. Mais ça ne m’a pas empêché d’apprécier la dernière journée du Motocultor Festival et surtout les prestations majestueuses de Sepultura et Opeth après quelques boissons énergisantes ! Ouverture d’esprit requise ! 

Ce dimanche matin, les cartouchières et les riffs poilus étaient de sortie avec les deux premières formations qui ont la lourde tâche d’inaugurer la troisième journée de festivité devant des festivaliers à bout de souffle. Néanmoins, les Français de Hexecutor ont réussi sans peine à motiver le public et a montré ce que la scène Rennaise avait dans son froc ! Ce concert au Motocultor était aussi l’occasion pour les Bretons de montrer que le Thrash Metal Old School était encore d’actualité et que la recette marchait toujours ! Avec des titres comme « Hangmen Of Roazhon », « Soldiers Of Darkness », « Napalm Assault » et « Consecrated Slaughter », les Thrasheux se font plaisir à jouer la musique qu’ils aiment et le font bien ! Après une telle performance, nous comprendrenons désormais la raison de la disparition si soudaine des 300 exemplaires de leur premier EP ! Autre formation Thrash de la journée, les Lorrains de Deficiency qui n’amassent pas les foules malgré leur musique plus moderne que leur prédécesseurs. La bonne humeur sera tout de même à son comble et la poignée de festivaliers obéit à Laurent Gisonna quand il leur requiert d’ouvrir les hostilités dans le pit. Pour ce qui est du reste, saluons juste le courage du batteur qui a su remplacé Anthony Thomas pour cette date plus qu’importante. Bravo ! 

Dans la catégorie « pipi/caca/chatte/bite » de la journée, les nominés sont Cliteater et Gutalax (qui a finalement pu se produire après avoir bravé leur problème logistique) ! C’est après une bande sonore narrative très puérile mais pas moins distrayante que la formation de Joos Silvrants, Cliteater, délivre en bloc leur PornoGrind humoristique. Néanmoins, même si les bouffeurs de chattes ont saisi l’intérêt d’une telle musique et que le monde répond présent pour les acclamer. Nous ne pouvons qu’être assez déçus par la linéarité du concert proposé par ces gentlemen. Messieurs ! Vous savez bien que pour faire plaisir à une femme, il s’agit pas seulement de bouffer son clitoris, mais d’aller encore plus loin pour lui faire vivre un moment magique. Après le préliminaire de Cliteater, place à Gutalax et leur Death/Grind en pipi/caca. Pour les honorer, tout le monde s’était mis sur son trente et un et les brosses à chiotte étaient de sortie. Tout était fait pour rendre l’orgie mémorable, lancés de papiers chiottes et un groupe en vêtement de circonstance pour ramasser les déjections des autres membres du groupe. « Merci beaucoup mon amour », le multi vocaliste/growleux, Maty, tenait à saluer son public toujours aussi présent pour débattre de sujets qui lui semblent d’importance capitale car n’oubliez pas « tout est basé sur une histoire vraie ». Déroutant, mais amusant ! 

Difficile de retrouver ses esprits et ses sens après la performance de la formation de Black Shoegaze, Alcest, sur la Dave Mustage ! Il faut dire que rien n’a été laissé de côté pour mettre en joie les fans du quatuor qui se sont souvent déplacés de loin pour apprécier le caractère profond de Neige. Ce dernier reste toujours aussi humble et timide devant le succès qu’il rencontre « C’est la première fois que nous nous voyons, j’espère que l’on se reverra très prochainement ». Premiers accords de « Les Iris » joués et nous planons dans l’univers évasif de Alcest. La sobriété est à son comble et le groupe nous laisse apprécier sa musique et uniquement sa musique. Entendez par cela « L’Art pour l’Art » comme l’aurait dit Théophile Gautier en 1835. Et c’est cela que fait la force d’une prestation d’une formation comme Alcest, l’énergie positive hyper maitrisée ralliée à l’atmosphère bucolique permet à ses disciples de voyager au plus profond de leur être et de se purger grâce au pouvoir Cathartique les psalmodies « Autres temps », « Souvenirs » et « Délivrance ». Quelle puissance émotive ! 

Faire mieux que Alcest est le défi que s’est lancé le groupe Je avant de monter la Suppositor Stage. Le groupe Je compte bouleverser les fans en présentant sa conception de Black Avant Gardiste déjà présenté sur son premier album éponyme sorti en 2014. Malheureusement, malgré la lourdeur atmosphérique de leur musique, Je, ne rencontre pas le même succès que ses aïeux à voir le peu de monde qui s’est donné rendez vous devant la scène. Pourtant leur musique se prête à plusieurs délires atmosphériques sur des titres comme « Dsthymia » ou même « La ligne » joué de manière honorable. Il faut que la dire que la concurrence est rude cet après midi avec Dopethrone qui se produit au même moment sur la Massey Ferguscene… Une fois n’est pas coutume en Bretagne, il pleut de nouveau lorsque Muezli foule la scène principale du festival. Ce qui ne va pas empêcher les gagnants du Trempin du Motocultor de profiter du créneau horaire qu’il leurs est accordé pour faire découvrir l’intégralité de leur nouvel album ! Et pour le peu que nous avons à dire, c’est que les jeunes Nantais se défendent très bien sur scène avec leur Rock/Stoner/Grunge. Toutes les conditions étaient réunies pour passer un agréable moment avec leurs amis présents aux premières loges pour honorer la jeune formation. Une bonne découverte !

C’est toujours sous pluie battante que les Australiens de Ne Obliviscaris et leur Black Melodique prennent le relais des jeunes Nantais. Et comme il est agréable de constater que malgré les intempéries, les fans de la formation se soudent et se bornent à apprécier les parties techniques illustrées par l’hyperprogressivité de leurs morceaux à rallonge comme « Painters Of The Tempest (Part II): Triptych Lux » et « Devour Me, Colossus (Part I) de leur dernier album Citadel. De tels moments d’anthologie qui montrent que Ne Obliviscaris figure déjà dans la cours des grands grâce un son qui relève de tout sauf de l’amateurisme.  

Si bien que le nouvel album de Kataklysm, Of Ghosts and Gods est considéré comme un échec relatif à tout point de vue, pour rien au monde il aurait fallu snober la performance des Canadiens sur la Dave Mustage. L’énergie inculquée à la foule est toujours la même d’autant plus que Maurizio Iacono et sa bande, sûrement conscient de l’échec de leur dernier rejeton, n' accorderont qu’une place très infime à leur nouvel opus dans la setlist: à savoir deux morceaux, « The Black Sheep » et « Thy Serpents Tongue ». Pour ce qui est du reste, les fans seront dans leur élément pendant la performance de titres plus classiques comme « If I Was God… I’d Burn It » et « Crippled and Broken ». Si les Canadiens ont perdu leurs repères en studio, il faut avouer que la puissance délivrée sur scène est toujours la même et que son frontman est toujours fidèle à lui même et fait preuve d'un sens de l’humour de bon goût quand il s’agit de mettre de l’ambiance avec ses « tu veux que je parle en Anglais ou en Tabernacle » ou « C’est Kataklym, Tabernacle ! ». Espérons juste de Of Ghosts and Gods n’étaient qu’une erreur de passage. 

Il n’est jamais évident de passer avant Sepultura. Ce soir, le public a dû faire un choix entre se restaurer ou assister au concert de Krisiun qui recommence à faire parler de lui suite à la publication de son nouvel album Forged In Fury. Mais tout compte fait, la bande à Alex Carmargo a réussi à faire oublier l’appétit des festivaliers grâce à un Death Brutal « Rouleau compresseur ». Même le climat incertain présent sur le festival s'est prêté au jeu en étant en symbiose avec l’ambiance dégagée par la furie des riffs de « The Will To Potency » ou même « Blood Of Lions » qui amènent les festivaliers à s’entretuer. Et bien sûr, en tant que frontman bienveillant, Alex Camargo remercie ses alliés sans qui il n’aurait jamais été capable de construire une aussi belle carrière. Le bonhomme a l’air très ému de voir cette violence dans le pit. Mais à voir la baffe que lui et sa bande nous ont mise, nous n’avons plus qu’à espérer, dans le cadre du prochain concert du festival, que les ragots et les mauvais bruits qui courent à propos du sujet Sepultura ne sont que des futilités sans nom pour que l'image du Brésil soit pleinement honorée. 

Quand les rumeurs à propos d’une réformation du grand Sepultura cesseront-elles de pourrir notre fil d’actualité sur les réseaux sociaux ? Jamais. Bien que l’époque « Max Cavalera » est finie et définitivement enterrée pour de bon, les fans réclament encore et toujours que le leader de Soulfly reviennent à ses racines. Pour l’heure, c’est le Sepultura 2.0 qui est sur le point de se produire sur la Dave Mustage. Dès les premiers accords de « Troops of Doom », les moindres soupçons que l’on pouvait encore avoir sur la crédibilité de la bande d’Andreas Kisser s’estompent. Derrick est toujours et bien intégré à Sepultura et exploite le catalogue des frères Cavalera, « Propaganda », « Inner Self », « Arise », « Refuse/ Resist » et « Roots Bloody Roots » de manière à faire taire les pro-Cavalera. Son charisme et sa voix grasse n’y sont pas pour rien ! Mais les Brésiliens profiteront aussi de leur première apparition au Motocultor pour fêter les trente ans d’existence du groupe. « Nous essayerons de revenir au moins sur chacun des albums marquants de Sepultura » dit Derrick d'un ton solonnel. Mais pour l’heure, Sepultura a également été dans l'obligaion d’exploiter sa nouvelle panoplie de morceaux et a su montrer qu’il sait se renouveler et proposer de nouvelles recettes illustrées dans les récentes chansons du groupe, « Kairos » (Kairos) et « The Vatican » (The Madiator Between Head and Hand Must Be The Heart). Avec une telle performance, Sepultura a vu, est venu, a vaincu haut la main les préjugés. Il faut dire que Sepultura a trouvé un bon équilibre de vie (un chanteur, un guitare, un bassiste, un batteur) et que chacune de leurs apparitions fait preuve d’une rigueur à faire rougir de nombreuses formations. 

Pourquoi Trivium jouit-il d’un créneau horaire plus favorable que Sepultura ? Tout simplement car le groupe a su concevoir une communauté de fans solides qui se déplace en masse pour soutenir le groupe. La semaine précédente, dans le cadre du festival Alcatraz, Trivium n’avait pas pu faire profiter ses fans de son spectacle complet à cause de nombreux soucis techniques. Leur performance au Motocultor était donc l’occasion rêvée de revivre en mieux ce concert. Au final, malgré les soucis résolument réglés, Trivium s’est demeuré stable et a proposé le même concert que la semaine précédente. Un show millimétré mis en avant par une imagerie asiatique prônant l’arrivée du futur messie, Vengeance Falls, avec des morceaux catchy comme « Anthem (We are Fire » ou « Down From The Sky » à faire chanter en choeur tous les fans. Néanmoins, s’il est évident que Trivium nous a servi un concert de qualité, il est regrettable de voir que le groupe stagne dans une banalité musicale effacée par la mise en scène Hollywoodienne qui n'a pour seule vocation d'envoyer, ne serait-ce, qu'un chouia de rêve à ses fans.

Orange Goblin a fait l’objet de nombreuses sollicitations ces dernières années. Ça tourne, et ça tourne sans cesse. La preuve avec cette deuxième performances au Motocultor pour la troupe de Stoner Doom ! Et comme à son habitude, elle aura fait carton plein sur la Massey Fesguscene. Il faut dire que, partout où les Britanniques jouent, une rafale de riffs noir s’abat sur la messe dominicale des partisans du groupe dès les premiers accords de « Scorpionica » en passant par « Sabbath Hex » et « They Comme Back » ! Ben Ward est toujours aussi en voix et n’oublie pas de fêter comme il se le doit l’anniversaire de ce bouffeur de riffs gras qu’est Joe Hoare. Un concert tout aussi classe que pesant pour un groupe qui ferme la page Stoner Doom du Motocultor festival

Il aura fallu attendre que minuit sonne pour enfin voir la dernière tête d’affiche du festival accorder ses guitares et se jeter une dernière fois sur la scène principale. Opeth, revenu des abysses en 2014, avec un album en-de-ça de ce que le groupe avait l’habitude de nous proposer jonglera tout de même entre les titres de Back From The Abyss (mis en avant par un backdrop en triptyque de circonstance) et les grands classiques du groupe. Même si la setlist pouvait prêter au débat car il est évident que Opeth était dans la capacité de nous proposer des morceaux beaucoup plus ingénieux, il faut tout de même se rendre à l’évidence que le show que nous a pondu Mikael Åkerfeldt et ses sbires relève de l’ingéniosité pure et simple. Comment ne pas être sensible à la retranscription lyrique des parties progressives proposée par Fredrik Åkesson et Joakim Svalberg dans « Eternal Rains Will Come » et les choeurs de « Cusp Of Eternity » ? Quoiqu’il en soit, les fans du grand Opeth ont tout de même pu sécher leurs larmes sur le lacunaire « The Drapery Falls » et le Rushien « The Grand Conjuration ». Opeth est encore là, et arrive toujours à émouvoir ses fanatiques et pour le moment, c’est tout ce que l’on leur demande !

C’est sur ces mots que se conclut l’édition 2015 du Motocultor Festival. Même si l’organisation a eu du mal à se mettre en place dans les premières heures de l'évènement, nous ne pouvons que saluer encore et toujours l’initiative des bénévoles et des organisateurs qui se décarcassent sans cesse pour nous pondre le meilleur festival Metal Breton qui, espérons-le, ira toujours de l’avant pour proposer une de ces affiches dont seuls les programmateurs ont le secret.