Live Report - Testament - No Return - Lille - Aéronef - 14/06/15

Il y a différents endroits où l’on peut perdre son pucelage. Pendant que certains privilégieront un endroit posé au calme, d’autres préféreront le faire dans les champs. Ce soir, Testament rompt cette coutume en faisant sa première fois à l’Aéronef. Comment se fait-il qu’un groupe de la trempe n’ait jamais posé ses bagages dans l’ex-Capitale Européenne de la Culture le temps d’une soirée ? Néanmoins, c’est chose résolue. Exodus, qui avait pourtant partagé beaucoup de nuits avec Testament au pays des Lumières sera délaissé au profit de No Return, une belle formation Francophone qui a l’honneur d’ouvrir pour ses aïeux. Le ménage Testament / No Return aura donc plusieurs choses à prouver ce soir, comme la crédibilité de leur union. Quand No Return devra démontrer au public Nordiste qu’il est bien prêt pour le Hellfest, Testament, lui, remet en jeu sa stature de référence mondiale du Thrash Metal. Et inutile de vous dire que les deux font déjà la paire. 

On est dimanche. Inutile de vous dire qu’il est parfois très ennuyeux d’aller à une cérémonie de mariage. Si la foule était tout de même au rendez vous pour célébrer l’union des deux formations, il est toutefois regrettable qu’il n’y ait pas eu plus de monde à la fête. Pourtant, vous y étiez tous conviés ! 

No Return ouvre le bal à 18h30. Cette performance, c’est un peu les préliminaires de la grosse soirée à venir mais aussi de leur Voyage de Noce à Clisson au Hellfest. Autant vous dire que la bande de Alain Clément n’a pas le droit à l’erreur. Malgré un court temps de jeu, les Mercenaires du Point de Non-Retour devront tout faire pour convaincre les Metalleux du Nord. Pas évident quand il s’agit d’ouvrir pour un groupe comme Testament… Pour ce faire, No Return a mis en avant les titres phares de son dernier album Fearless Walk To Rise en position stratégique pour garder l’attention des Headbangers dans la salle. Quand « Stronger Than Ever » ouvrait les hostilités, les riffs hachés ultra-mélodiques de « Submission Falls » finissaient le travail en beauté. Le groupe tenait également à revisiter d’autres morceaux comme « Inquitive Hegemony » (Inner Madness) mais aussi « New Item » (Manipulated Mind) jugés comme étant pertinents pour un apéritif peu copieux. Néanmoins, l’apport de « Vision Of Decandance », sans quoi un concert de No Return ne serait pas complet, avec ses faux airs de « The Four Horsemen » de Metallica, comblera nos attentes et rappellera à tout le monde que le groupe, au bout de 25 ans d’existence, n’a plus rien à prouver. Malgré quelques soucis de son, No Return peut donc se vanter de figurer dans le « Big Four » Français aux côtés de Loudblast, Mercyless et Agressor. Le rendez vous est dorénavant pris au Hellfest.

19H30, l’Aéronef joue à fond les titres de Slayer. Ainsi, on pouvait entendre « Mandatory Suicide » et d’autres titres du combo Americain. Contrairement à beaucoup d’autres groupes, Testament ne se contentera pas d’un léger back-drop et utilisera maintes icônes rappelant l’album The Legacy pour étoffer la décoration de l'espace scénique. 

Le premier titre « Over The Wall » annonce la couleur. Le groupe est en forme et ne le cache pas. Néanmoins, quelques soucis techniques se sont faits ressentir dès le début du concert. Le mixage des deux guitares est très mal agencé donnant du fil à retordre aux addicts du groupe. Les fans sur la droite étaient incapables d'apprécier les solos tandis que ceux sur la gauche pouvaient profiter pleinement de la dextérité d’ Alex Skolnick donc les premiers riffs étaient méconnaissables ce qui est assez déroutant en soi. L’ingénieur son se serait-il endormi sur la console ? Non, il a eu la mauvaise idée de mixer le son en stéréo. Quoiqu’il en soit, il fallait trouver une place adéquate pour bien profiter du concert, en définitive derrière la console. 

Cela dit, Testament n’a pas caché son plaisir de fouler, pour la première fois de sa carrière en trente ans (!), le planché d’une salle de Lille. Mentionner que Chuck Billy, comme à son habitude, est en voix et qu'il n'a pas hésité à faire du air-guitar pendant les solos hyper techniques d’Alex Skolnick est inutile. Serait-il un guitariste refoulé ? Seul l’avenir nous le dira. En tout état de cause, l’Amérindien tenait à exprimer sa gratitude envers ses nouveaux potes comme il le dit si bien entre les interludes. Il les a même laissés choisir quelques titres de la soirée ! « Do or Die » ou « The Preacher » ? « The Preacher » est l’heureux élu. Malgré le mix toujours assez brouillon, les classiques du groupe comme « Into The Pit », « Practice What You Preach » ou même « Disciple Of The Watch » passent très bien et amènent les Moshers à prendre leur pied dans le pit. La bonne ambiance est à son comble, non le seulement dans la fosse, mais aussi sur scène où Chuck ne cessera pas de présenter les musiciens de sa bande. À commencer par Gene Hoglan puis Steve Di Gorgio, victime des vannes du chanteur quant à sa basse à trois cordes. Instrument qui, pourtant, ne l’empêchera pas de faire une démonstration de ses atouts lors d’un vibrant de solo de basse qui débouchera sur le titre « Souls Of Black ».

Vous l’aurez donc compris, Testament a voulu faire plaisir à ses fans ce soir en favorisant l’interprétation de ses tubes et non pas de son dernier album comme il avait l’usage de faire pendant ses précédentes tournées. L’album The New Order fera de l’ombre à toutes les autres pépites consumées dans la soirée avec ni plus ni moins six titres exécutés ce soir en passant par le titre éponyme « The New Order » mais aussi « Eerie Inhabitants » et « The Preacher ». Au demeurant, Testament a tout de même assez pioché dans son répertoire pour que toutes les oeuvres studio soient au moins représentées par un titre. Quand « D.N.R. (Do Not Resuscitate) » et « 3 Days In Darkness » étaient les témoins de The Gathering, « More Than Meets The Eye » demeurait l’ambassadeur de l’album qui célébrait le retour triomphant du groupe, The Formation Of The Damnation

Le tout soulevé par une testostérone ambiante, le groupe peut être fier d’avoir délivré en ce jour saint un concert mémorable en dépit du rappel « Alone In The Dark » manqué par Eric Peterson… 

Même avec les quelques problèmes qu’a rencontrés la bande à Chuck, toujours est-il que l’alliance No Return / Testament a débouché sur le genre de soirées qui restent gravées dans le marbre. Ces deux formations ont toujours ce trop plein d’énergie qui embarrasse ces groupes non-originaux issus de la nouvelle vague de Thrash Metal, style vulgarisé sous le terme de Thrash Metal « Revival ».

Crédit Photo: François Lampin

Merci à l'Aéronef Spectacle Sans Gravité pour les accréditions.