Maïeutiste - Maïeutiste

Après une démo de trois titres autoproduits en 2007, les Stéphanois de Maïeutiste reviennent sur le devant de la scène avec leur dernier album éponyme, sorti le 18 septembre dernier. Eheuje, Keithan, Grey, James, Temüdjin et Jeff nous ont concocté un mélange assez puissant : 76 minutes de son et pas moins de onze titres, dont certains très long comme nous le verrons dans cette chronique. Produit par « les Acteurs de l’Ombre producions », ce nouvel opus contient les titres de leur précédente démo (Socratic Black Metal), ainsi que des nouveautés qui valent largement les 5 ans de travail qu’ont nécessité cet album.

 

L’opus démarre avec une intro instrumentale très lente lui conférant un style plutôt doom metal ; qui tranche violemment avec le morceau suivant, « In The Mirror » qui commence très rapidement et violemment par un bon scream caverneux comme on les aime ! On constate très vite que chaque instrument est audible, le son est équilibré tout en gardant une texture très légèrement « raw » à la mode du black metal, mais sans tomber dans l’enregistrement de garage. Ce morceau comporte une moitié très rapide et une autre plutôt doom. On a donc une cohabitation entre des blasts effrénés et des riffs lents et plaintifs, avec sur le dernier tiers du morceau des chœurs conférant une petite touche folk à l’ensemble. Cette première chanson semble donc très riche en influence et donne un excellent pressentiment pour la suite ! Dans « Reflect – Disappear », on retrouve un morceau bien violent et pur black metal qui termine de nous faire entrer dans l’univers du groupe. Le titre se termine sur des hurlements inquiétants puis laisse sa place à « Purgatoire », qui est le deuxième titre instrumental de la production. Il y a beaucoup à dire sur ce titre tant il est étrange et inattendu. Il commence par des percussions lentes qui s’accélèrent peu à peu, rejointes par un genre de mantra tibétain, entrecoupé par des coups de toms et de cymbales habilement placés par Jeff. Des voix masculines plus aigues évoquant des prêtres ou des moines et s’exprimant en latin rejoignent l’ensemble, donnant un coté mystique au morceau. Une guitare sèche et un violoncelle finissent par remplacer tout ceci pour une mélodie répétitive à l’effet hypnotique sur laquelle on est envahi par des sensations un peu étranges pour peu que l’on se laisse porter par la musique. Avec un peu d’imagination, on ressent presque la présence d’une quelconque entité pas spécialement amicale dans la pièce. À certains moments, ce morceau pourra évoquer le morceau « Min Hyllest Til Vinterland » des Norvégiens de Satyricon par son côté énigmatique et profond mais relativement dépouillé. Ce titre est une preuve supplémentaire que le black metal recèle des perles de subtilité et d’inventivité. Le morceau se finit par un fadeout, puis par un retour des percussions rapides qui annoncent le morceau imminent.

« The Fall » contraste violemment avec le titre précédent et nous fait l’effet d’un seau d’eau glacée dans la figure en guise de réveil : le rythme reprend son cours soutenu à la sauce black metal, avec toutefois des passages plus lents à la guitare acoustique. Sur « Absolution », la grosse caisse, les cymbales et la basse de Temüdjin nous accueillent sereinement, puis s’ajoutent les guitares sèches de James, Grey et Keithan qui jouent en parallèle pour un effet à la limite du jazzy ! Le grunt de Eheuje fait finalement irruption et on repart sur un black metal saignant à souhait avec riffs violents et blasts à en faire de l’épilepsie. Puis soudain, blanc : reprise lente avec guitares et saxophones qui ne manqueront pas d’évoquer le groupe Norvégien de jazz metal Shining sans toutefois empiéter sur leur registre. Sur les 50 dernières secondes, on repart sur un ambiance black metal jusqu’à une fin nette et propre. Ce titre laisse une drôle d’impression, ce qui le rend assez intrigant. Le morceau suivant, « The Eye Of The Maïeutic Art », démarre sur des sons plutôt heavy avant de virer au black metal. Malgré un titre assez long (neuf minutes sept secondes), les variations de tempo et une succession de passages violents et plus contemplatifs permettent d’éviter la monotonie qu’on rencontre parfois sur des chansons de ce format. En effet, on peut qualifier ce titre d’épique où l’on surprendra un frisson dans son dos : bien pensé, finement exécuté, il passe très vite malgré sa longueur relative.

Dans ce même format, le titre suivant commence sur une ambiance plus doom, ou des voix plaintives cohabitent avec le growl de façon réussie. Certains passages peuvent évoquer le titre « God Of Emptiness » de Morbid Angel. On peut relever un gros travail sur les ambiances, avec des larsens, une batterie qui sait se faire discrète et reprendre d’un coup en blasts effrénés ce qui en fait un titre surprenant et très satisfaisant. Pour le morceau suivant « Death To Free Thinkers », les musiciens ont utilisé la même recette qu’à plusieurs reprises sur cet album : une intro à la batterie et guitare sèche, rejoints par la basse. Lorsque le morceau démarre, un chant clair bientôt soutenu par des chœurs confèrent un ton folk au morceau pour une ambiance épique. « Annonciation » est un autre titre instrumental, relativement doux avec une guitare nonchalante soulignée par la basse pour une ambiance plutôt rock, avec un sympathique solo à la fin. Enfin, le bouquet final et morceau le plus long de la production : « Death To Socrates ». Ces onze minutes de chanson commencent avec des sonorités heavy / thrash pour une intro « Black’n Roll ». On retrouve un chant clean et des chœurs ce qui donne une fois encore un effet folk au morceau, qui ne manquera pas de nous évoquer les géants Suédois de Bathory, pionniers du Black-Folk ou Viking Metal. Grunts, blasts, ce morceau passe très vite malgré sa longueur et l’on n’est pas lassé par les riffs aériens et les complaintes lancées au ciel.

 

Un pur régal : Maïeutiste s’impose comme un groupe de talent au sein de la scène black metal française avec son premier album. Le talent, l’originalité et l’inventivité des musiciens sont évidents dans cet album aux multiples facettes ! Des chemins tortueux du doom aux montagnes du black metal en passant par le folk et les sonorités heavy, cette production est très riche et pleine de surprise, ce qui fait que les 76 minutes passent très vite et l’album laisse une excellente impression. Sur chaque morceau, on ressent un travail de perfectionniste à chaque arrangement ; tout semble réglé comme du papier à musique avec un grand savoir-faire. Ce premier album vient assurément de poser les bases solides d’une carrière prometteuse qu’on aura plaisir à suivre !