Mammoth Storm - Fornjot

Encore une fois la Suède se fait la pourvoyeuse d’un combo d’une très grande qualité. Mammoth Storm est son nom. Comptant dans ses rangs Daniel Arvidsson (Draconian), le trio nous offrent après une démo et un Ep deux titres prometteurs, Rite Of Ascension, ce somptueux Fornjot, premier album de Doom/Stoner/Sludge metal rageur, monolithique, atmosphérique et aux mélodies omniprésentes. Fornjot comblera d’aise les fans encore sous le choc de l’arrêt de Cathedral, une partie de l’optique musicale de Mammoth Storm prenant ses racines dans les décombres encore fumants laissés par le groupe de Coventry.

Line up

Daniel Arvidsson - Bass, Vocals

Christer Ström - Guitars

Emil Ahlman - Drums, Organ

 

« Augurs Echo » « Vultures Prey » « Sumerian Cry » « Fornjot » « Horns of Jura » « Hekla »... Six titres, six invitations à un voyage épique, une immersion dans un univers de noirceur, oppressant et onirique. Là où Fornjot tire son épingle du jeu, réside dans la philosophie de Mammoth Storm, le groupe tisse une épaisse toile de Doom Metal imparable et de premier choix, mais n’en reste pas là, le trio s’ouvre à de nouveaux horizons sonores dans un style pourtant extrêmement codifié, prenant le parti de mettre la musicalité comme figure de proue de Fornjot. Mammoth Storm prend indéniablement une voie novatrice en incluant une dimension mélodique et atmosphérique omniprésente et empreinte de Prog rock psyché et de Post-Rock/Metal. « Augurs Echo » à la tâche d’ouvrir l’album et d’emblée on est conquis par l’aspect planant, épique et mystique de la démarche musicale du groupe, une longue plage instrumentale massive à la mélodie aérienne (que l’on retrouvera un peu plus tard comme fil rouge du titre) ouvre les presque douze minutes que dure le morceau et ce titre contient en lui l’essence de leur musique. Le chant de Daniel Arvidsson rageur et guttural vient s’appuyer sur l’instrumentation déjà envoutante pour nous plonger davantage dans un monde de sensations aux effets hypnotiques.

« Horns Of Jura », « Fornjot », « Hekla » perpétuent à merveille la lourdeur des ambiances et la noirceur de leur propos et insufflent à chaque instant un caractère unique et universel à cet album. « Sumerian Cry », magnifique instrumental d’inspiration quasi Tribal/Folk nous porte vers les rivages de « One Road to Asa Bay » de Bathory.
Le son massif et précis de la production permet aux instruments d’exister, de former un tout et de sonner comme un seul, une seule et même entité sonore d’une part grâce à la qualité de jeu de Daniel, Christer et Emil mais aussi par l’âme et l’implication mise dans l’interprétation. Ces mecs vivent et ressentent leur musique et partage avec nous le trip quasi métaphysique, onirique qu’est l’écoute de cet album. Fornjot nous détache du monde, nous absorbe pour nous laisser là, bouche bée, avec la sensation d’écouter un groupe majeur, essentiel au renouveau et à la continuité d’un style qui a pourtant connu bon nombre de combo de qualité. 

Pour ceux d’entre vous qui ont vu et apprécié “Le guerrier silencieux, Valhalla Rising“ de Nicolas Winding Refn, avec Mads Mikkelsen et bien vous tenez avec Fornjot la bande sonore idéale du film.  Fornjot peut prétendre à devenir l’égal pour Mammoth Storm de ce qu’a été à l’époque Forest Equilibrium pour Cathedral. Fornjot est une une oeuvre magnifique, envoutante, émotionnellement intense, procurant le plaisir simple mais entier de pouvoir lâcher prise avec le réel et d’élever nos esprits au-delà de notre propre conscience étriquée.