Live Report - Mass Deathtruction 2015

Véritable institution en Belgique, le Mass Deathtruction n’en finira jamais de faire parler de lui ! Tous les ans, l’évènement propose son petit lot d’innovations en peaufinant des affiches originales et dans l’air du temps. La preuve cette année avec une édition consacrée au Black Metal et au Folk Metal. Avec treize concerts programmés durant lesquels ces deux sous-genres (pourtant si proches) se sont affrontés, l’organisateur avait misé gros. Et vu la populace qui s'est précipitée vers la billetterie à l'ouverture des portes, le pari était déjà remporté d’avance.   

Chauffer le public à l'heure de l'apéro, c’était le défi que s’était lancé Lemuria, la première formation à se produire sur scène. Et ce fut une réussite à tous les niveaux ! Il faut dire que leur Black Folk Metal, certes usuel, a su décoincer l'ambiance d'entrée de jeu. Grâce à une ambiance et des samplers folkloriques facilement assimilables aux plus grands du genre, la formation Belge a prouvé qu'elle n’avait pas de soucis à se faire quant à son avenir. Une belle découverte. 

La formation Nordiste DunkelNacht ne cesse de faire parler d’elle et cela n’est pas pour nous déplaire. Les Lillois enchainent les dates à succès et ont posé leurs flightcases à Louvain-la-Neuve pour le plaisir des amateurs de Black Metal. Bien sûr, dans le cadre du MassDeathtruction, DunkelNacht ne s’est pas seulement contenté de jouer ses morceaux les plus connus comme « Rebirth Of The Black Procession » (Revelatio), mais en a profité pour présenter un nouveau morceau de leur nouvel album dont la sortie est prévue pour 2016. En quelques mots, c’est une prestation très honnête congrue d’effets visuels qui a permis aux fans de Black Metal de s’engouffrer dans l'univers malsain des Lillois. Mention spéciale à leur charismatique chanteur, M. C. Abagor, qui a entretenu une relation de qualité avec son public. 

Si Lemuria avait présenté la face ambiante du Metal Folklorique, c’est une toute autre facette qu’a exploitée Drakum. En effet, la formation pue les chansons paillardes à des kilomètres et illustre une joie de vivre encore inégalée dans le festival. Caleb et Üri Bokskog passent leur temps à se taquiner et installent une atmosphère détendue et festive dans le corps de ferme. Tout ça grâce à ces mouvements de foules en rafale qui ont enseveli une grande partie des fans de Folk pendant les titres du nouvel Ep de la formation, Trollmin. Un concert réussi de A à Z pour les Espagnols.

Vouloir se démarquer lorsque l’on joue du Black Metal peut être un calvaire, le style a l'air si hostile à toutes sortes d'innovations. Pourtant Saille a misé sur un Black Metal imagé afin de se démarquer des autres formations de la trempe. C’est en travaillant un spectacle total qui mêle une musique soignée et mélodique à des jeux de lumière que la formation Belge a voulu faire bonne impression. Et le travail a porté ses fruits puisque les tonalités epiques et lyriques de Saille en a dépaysé plus d’un dans la salle. En associant les titres de leur dernier album, Eldrich, et des lights faisant l'effet d'une Catabase, la formation de Jonathan Vanderwal (le chanteur) a su marquer des points là où il fallait ! 

Le duel est serré entre le Folk et le Black. Mais les membres d'Aktarum comptent bien faire pencher la balance de leur côté avec leur Folk Metal festif rappelant les intonations invoquées par Lemuria. Néanmoins, rien ne semble se dérouler comme prévu dès les premiers accords de « Game of Trolls », l’ambiance ne prend pas tout de suite. Il aura fallu attendre le troisième titre, « Light Up The Torches », pour voir quelques fans se prendre par le bras et valser. Leur « TrollMetal », comme ils le disent si bien, est bien interprété et insuffle la bonne humeur. Encore mieux ! Thomas, armé de son clavier portatif, gagne des fans à chaque fois qu'il pianote les notes de l’ultra mélodique « Troll Forest ». Le concept force le respect et les fans en redemandent encore. Et pourquoi ne pas célébrer une dernière fois leur adoration pour les Trolls avec l’ultime reprise « Trollfest » de vous-savez-qui ? 

C’est grimés de maquillage que les mercenaires de Mor Dagor se sont emparés de l’innocence des fans présents dans la salle. Eux qui sont principalement venus pour promouvoir Redeemer, leur nouvel album, avaient la lourde tâche de succéder à Aktarum. L’heure est au recueillement devant le Black/Death de Mor Dagor. Les partisans auront pu apprécier les quelques tranches « No Mercy », « Perished » et même « Spiritus Sanctus Mancun » dans de très bonnes conditions. La bande a Schmied a montré qu'elle était loin d’être novice en la matière ! Leur spectacle est construit, homogène et l'ambiance se situe entre l'angoisse et l'oppression. Et personne dans la ferme n’est resté insensible face aux jeux de lumière infernaux qui collaient parfaitement aux blasts de Torturer. Un bon concert !

Finsterforst était attendu ce soir. Et malgré le départ de leur chanteur/accordéoniste, Johannes Joseph, la prestation a été maintenue. La formation a juste été dans l'obligation de combler son absence. C’est pourquoi Oliver Berlin, le chanteur principal, a dû alterner chant clair et growlé. C'est pour cela que son chant clair manquait parfois de rigueur. Mais ce manquement n’était qu’un leurre. Puisque les Finsterforst, tous vêtus d' accoutrements sobres ont réussi à faire voyager leurs spectateurs grâce à leur Black Forest Metal illustré sur leur nouvel album Mach Dich Frei ! La prestation se veut très honnête et la setlist a été construite afin que tous les moments forts se distinguent des autres. Dès lors, nous comprenons la raison pour laquelle leurs aficionados, n’ayant pas prévu le départ si furtif des Allemands, ont réclamé un ultime morceau. Sans succès ! 

Après le dépaysement de Finsterforst, c’est au tour de Negator de se produire. Ce concert, qui était leur tout premier en Belgique, a tenu toutes ses promesses. Pour faire court, Negator est resté fidèle à lui-même en jouant ses musiques les plus ténébreux comme « Panzer Metal » et « Gloomy Sunday » ! Ces tranches, associées à un jeu de lumière des plus cohérents et à des musiciens charismatiques, ont permis à Negator de sortir la tête haute de ce qui était leur dernière performance avant une pause indéterminée !

Tÿr a su profiter d’un créneau horaire fort appréciable ce soir ! Il s’agissait là d’une des formations les plus expectées de la journée et de nombreux fans avaient souvent fait le déplacement de loin pour soutenir leurs aïeux. Après cinq bonnes minutes de musique folklorique en fond sonore, le bande à Heri Joensen foule enfin le plancher et insuffle la joie de vie. Bon point. Mais quelle fut notre désolation de voir un groupe affaibli et manquant cruellement de vivacité en live alors qu’ils disposent de musiques fort appréciables en format MP3. L’incompréhension est totale ! La batterie sonne creuse et Heri semble avoir du mal à alterner guitare et chant. Pourtant les fans sont dans les startings-blocks et s’éclatent sur leurs chants épiques (« Blood Of Heroes », « By The Sword In My Hand », « Lady Of The Slain ») en créant de l’animation dans le pit. Pour nous, il était juste désolant de voir qu'une telle formation n'était pas à la hauteur des autres groupes moins populaires qui se sont produits dans la journée. 

Nader Sadek ou le projet qui aura fait autant d’adeptes que de détracteurs ce soir ! C’est sur un décor champêtre que la formation Égyptienne s’est défoulée avec de nombreux arbres disposés un peu partout sur la scène. C’est surtout le frontman accoutré d’une moumoute et équipé d'une tête d’enfant (en plastique, rassurez vous) qui a surpris les non-initiés. D'un point de vue purement musical, leur prestation avant-gardiste aura plu tout comme leur dernier album The Malefic: Chapter III relativement bien accueilli par la critique. Néanmoins, nous ne pouvons qu'être pris de méfiance quant au comportement assez étrange du frontman qui dégage ses pulsions écologiques et morbides à la fois ! Le bougre s'en est même pris à un des arbres présents sur scène. Peut-être était-ce en réaction de la COP21 ? Personne ne le saura... Pour faire court, il s’agissait là d’un concert gênant et déstabilisant sans être mauvais pour autant.  

S’il y a bien un groupe que tout le monde attendait ce soir, c’est Nargaroth. Pourquoi ? Car la formation de Kanwulf, l’unique membre officiel de la formation, a su synthétiser toutes les émotions véhiculées par le Black Metal. Tristesse, Joie, colère, Mélancolie… Vous l’aurez donc compris, c’est une horde de sympathisants qui était venue se faire purger de leurs maux. Il faut dire que la formation se fait rare en Belgique... Pendant le concert, certains étaient absorbés à un point qu’ils se sont mis à verser quelques chaudes larmes après que Kanwulf ne lance « I know you will be a good father » avant d’inaugurer « Seven Tears are Flowing To The River », un grand moment. Bien sûr, Kanwulf, n’ayant aucun album à promouvoir a fait le choix de revisiter un bon nombre de titres du classique Black Metal Ist Krieg: A Dedication Monument (« Black Metal Ist Krieg », « Possessed By Black Fucking Metal » et « Seven Tears Are Flowing To The River ») et d'autres morceaux comme « Herbstleyd », « Amarok III » et « Sommer ». Tous ces morceaux profitaient d’arrangements sonores ! Que ce soit les deux guitares ou même la batterie, tout était fait que les fans plus calmes intériorisent pendant que d’autres totalement possédés par la musique de Kanwulf titubaient dans le pit. La messe est dite ! 

C’est la troisième fois de l’année que nous nous retrouvons devant Finntroll. Et nous ne pouvons qu’être admiratifs devant la constance dont fait preuve les Finnois. Certes, le show est toujours le même d’une date à l’autre et les fans ont eu droit à ses classiques comme « Mordminnen », « Trollhammaren » et autres « Häxbrygd ». Il est évident que Finntroll était la tête d’affiche qui convenaient le mieux à la foire ! En effet, les Trolls en sont conscients, les alliages de Folk festif à des sonorités plus sombres a encouragé toute la salle à se ruer dans le corps de ferme. Et ils ont eu raison puisque leur performance force le respect de « Blodsvept » à « Under Bergets Rot » où les deux publics différents (celui du Black Metal et du Folk Metal) s’en sont donnés à coeur joie dans la foule où tous se sont entremêlés ! C’est donc sur cette belle image de communion que l’édition 2015 du Mass Deathtruction s’est refermée ! 

L’édition 2015 du Mass Deathtruction fut une réussite à tout point de vue. Dès l’ouverture des portes à 11 heures jusqu’à la fin, de nombreux festivaliers s’y étaient donnés rendez-vous pour ce qui était, pour beaucoup d’entre nous, le dernier festival de l’année. Après, en ce qui concerne une éventuelle victoire d'un des partis, il n'en est rien ! Car nous ne pouvons que féliciter tous les groupes (hormis Tÿr) qui ont honoré leurs convictions. À l'année prochaine !