Merge - Ineffable

Merge est un groupe de rock alternatif parisien influencé par la mouvance post-hardcore des années 90 et 2000. Le quintette voit le jour en 2012 et se fait rapidement repérer avec son premier EP Transmission. Après avoir tourné aux côtés de groupes à succès tels que Dance Gavin Dance ou Enter Shikari, le premier album du groupe Elysion est signé sous le label américain Red Cords Records et lui permet d'asseoir sa notoriété à l'international. Les parisiens ont concocté leur deuxième opus Ineffable au mythique studio anglais Motor Museum Studio sous la houlette de Al Groves (Elvis Costello, BMTH). 

Line-up: 

Max (chant)
Julien (guitare, piano, programming)
Charly (guitare)
Tim (basse)
Kazu (batterie)

Merge fait partie des groupes de rock de l'hexagone qui s'annoncent comme très prometteurs. Ne s'imposant aucune limite en termes de composition, les musiciens ont débuté en orientant leur production sur la vague screamo avant d'approcher un versant plus mélodique et rock. En introduisant une atmosphère sonore planante comme il avait commencé à le faire sur sa première pépite Elysion, le quintette déploie son univers intimiste à l'intérieur duquel il nous convie. 

L'album est introduit par un morceau très punchy à la fraîcheur accomplie "The Exit", proche de l'univers d'un des groupes dont Merge a déjà fait la première partie en concert: Circa Survive. La voix est épurée et envoûtante mais le chant n'en demeure pas moins puissant et écorché. La ténacité rythmique propage une intensité tout au long de la chanson. "The Password" introduit l'alchimie entre des sonorités électroniques et les riffs électriques pour un melting-pot organique. Tantôt les guitares rugissent, tantôt elles se font discrètes pour laisser imploser les riffs qui constituent le rythme par à-coups. C'est au tour du piano de se déployer pour accompagner la voix cristalline sur "Soaring" et "The Mirage", où le chant ploie sous la détresse et s'énerve sans growler pour autant. Les choeurs sont convaincants comme chez certains groupes qui en ont fait une de leur marque de fabrique, on pense par exemple à We Came As Romans. Avec le titre éponyme "Ineffable", Merge prouve qu'il peut allier sa puissance à une fragilité émotionnelle qui transpose dans chaque note une mélancolie saisissante, on retrouve un peu l'écrin de la sensibilité de Envy On The Coast. La mélodie livre en lecture sous-jacente une sensation de pesanteur omniprésente. 

Sur la seconde moitié de l'album, les guitares et la basse se réveillent en sursaut sur "Bloodstream". Le tempo est plus rapide, un peu pop-punk et l'atmosphère languissante s'efface sur ce morceau, ce qui fera sans aucun doute tanguer la foule en live grâce aux notes festives. La voix androgyne dans ses octaves les plus aigues sème la confusion dans le genre avec ses contours féminins comme les chanteurs d'Alesana ou Sleeping With Sirens en maîtrisent la portée. Les premiers riffs d'"Helen" sont d'emblée lancinants et se laissent délicieusement glisser sur le rythme à qui les fûts imposent une régularité fragmentée. Nous découvrons ensuite une reprise d'un morceau de Twenty One Pilots "Heathens", interprétée au piano dans une ballade à la portée lyrique intense, nécessairement moins hip-hop et pop que l'originale. On se dit que ce n'est peut-être pas un hasard de la part de Merge de reprendre un groupe à l'horizon musical aussi éclectique que Twenty One Pilots... Après les catchy et plus conventionnels "Recovery" et "Face It Now", l'opus se conclut sur une composition intrumentale énigmatique "In Details III – Futari no michi"où l'émotion sait comment se manifester lorsque les mots sont de trop face à la grandeur que convoque la création artistique.

 Suite à l'écoute d'Ineffable, on ne peut nier que l'album porte un titre qui lui sied très justement. En s'éloignant de la facilité musicale qui range bien des groupes à influence emo dans le même panier entamé par une impression de déjà-vu, Merge n'hésite pas à se mettre à nu. Grâce à des pistes qui démarrent lentement et prennent le temps d'introduire une atmosphère empreinte de pudeur, l'auditeur peut apprécier la respiration offerte par ce disque.