In Theatrum Denonium - Théâtre de Denain - 12/03/16

Personne n’y croyait, et pourtant Nord Forge n’a pas lâché l’affaire ! Tout le monde se souvient des Metallurgicales ! Mais tout cela, c’est du passé… Ou pas, avec la nouvelle initiative du collectif: In Theatrum Denonium (ou Au Théâtre de Denain pour les initiés). Eh oui ! Le nouveau festival de Denain n’aura plus lieu au complexe sportif, mais bien au théâtre municipal ! Et tout a été mis en oeuvre par Julien et ses potes de Nord Forge pour rendre l’événement inoubliable.

Pas fan de théâtre ? L’affiche aura quand même réuni les fans de Black Metal et de ses dérivés. L’association a tout fait pour faire assimiler théâtre et musique extrême. Melechesh, Celeste, Regarde Les Hommes Tomber et D E L U G E semblaient les mieux placés pour convenir à l’ambiance pieuse d'une salle qui s’était mise sur son trente-et-un pour accueillir les spectateurs comme il se doit.

Welcome To Hell… It’s the Phantom Of Opera… Bien que les hostilités prennent du temps à s’amorcer, le public est au rendez-vous ! Mieux encore, le festival affichera complet à la fin de la soirée !

C’est D E L U G E qui foule le plancher en premier. Certes, le groupe n’est pas connu et s’est ajouté à l’affiche à la dernière minute mais il faut constater que les mecs font bien le job. Pendant ces quarante minutes de jeu, ils auront pu présenter leur album, Aether, sorti via les Acteurs de l’Ombre en octobre dernier. 

D E L U G E ne lésine pas sur la qualité. Tout est parfait et les membres jouissent d’une acoustique des plus agréable. C’est vrai ! Ce n’est pas tous les jours que l’on joue dans un théâtre ! Ainsi, leurs titres ont pris une nouvelle dimension sur scène. C’est à dire que les bandes sonores houleuses, qui faisaient figure de transition entre les morceaux, plongeaient les spectateurs dans un songe métaphysique. Ainsi, ce n’était pas seulement des titres qui s’enchainaient mais une véritable histoire qui se profilait devant nos yeux…

Le célèbre metteur en scène Antonin Artaud refusait le langage, D E L U G E aussi. Le groupe n’a pas communiqué avec son public de tout le concert. Mais ça faisait partie de leur mise en scène ! C’est la musique et leurs instruments qui parlaient pour eux en quelque sorte ! Néanmoins, dommage que leur concert paraissait parfois linéaire… Peut-être était-ce dû à l’étrangeté du concept proposé par D E L U G E ? C’était un beau concert certes, mais un peu trop long… 

Nous ne cachions pas notre joie de revoir Regarde Les Hommes Tomber. Programmer un tel groupe, c’est flirter avec qualité. Et à croire qu’une partie de la fosse s’était passée le mot, la salle est pleine. Pour le deuxième acte, la salle est plongée dans l’obscurité… 

Comme à chacune de leur performance, Antoine et ses sbires ouvrent sur « L’Exil » et « A Sheep Among The Wolves » tirés de leur nouvel album Exile. Premier constat, le son est bon comme toujours au théâtre et Regarde Les Hommes Tomber transpirent le professionnalisme. Et il est agréable de voir que Thomas, également frontman chez War Inside, gagne en rigueur et en charisme à chacune de ses performances… Il n’hésitera pas à s’emparer de son micro et à le frôler pendant l’interprétation de titres comme « Ov Flames, Sins & Flesh » et « … To Take Us ». Quelle classe ! 

Le public était dans les starting-blocks. Bien que le Post Black Metal saupoudré de touches Sludge ne se prête pas aux mouvements de foule, les animations dans le pit se sont multipliées quand certains ont préféré contempler le jeu d'Antoine et Romain, en étant assis, là, bien comme il faut ! Quoi qu’il en soit, que vous soyez assis ou debout, un concert de Regarde Les Hommes Tomber, ça s’apprécie ! 

Le groupe avait fait tout pour rendre leur prestation romanesque et fantastique. Des bougies avaient été disposées sur les amplis. Était-ce un clin d’oeil aux feux de la rampe (utilisées dans les théâtres à l’italienne pour éclairer la scène au XVIIIème siècle ! ) ? Le public est vite dépaysé et l' encens qui a été brulé ne fait que décupler cette sensation. Plus qu’un simple concert, c’est un spectacle où tous les sens sont conviés ! Et ça marche puisque c’est tout purgés que nous ressortons de ce concert. C'était vraiment intense. Regarde Les Hommes Tomber est un groupe qui monte, et maintenant, nous savons pourquoi ! À bon entendeur… 

Nous avions vu Celeste au Noise Dreamer Zone 2015 et nous en étions ressortis autant ébahis que dubitatifs. Il faut dire que le concept a tout pour plaire comme il a tout pour se faire des détracteurs. Ainsi, le public averti s’est mélangé à une foule de curieux dans l’enceinte du théâtre municipal de Denain. Le concert est tout simplement dithyrambique et Celeste est fidèle à lui-même. 

Celeste s’inscrit dans la continuité de Regarde Les Hommes Tomber puisque le groupe a insufflé les ténèbres dans tout l’opéra. D’autant plus qu’il était impossible de reconnaître et de mettre des visages sur les protagonistes, tous équipés de lasers frontaux. Le show prend une dimension assez surréaliste. Elle n’aura certainement pas laissé indifférents les fans de Melechesh impatients de voir leur groupe préféré se produire sur scène. 

Et le concert est bon. Le concept, bien qu’étrange, tient la route dans une salle comme celle-ci. Les guitares criardes des sept morceaux sélectionnés (« D’errances en Inimitiés », « Laisse pour Compte comme un bâtard », « Sans crainte de s’avouer un jour naufragée, « Empreinte d’Érotisme (X) », « Dans ta Salive sur ta Peau » entre autre…) ont purgé toute la salle. Peut-être qu’elle ne s’attendait pas à voir un jour l’apocalypse se jouer devant ses yeux… Une fois nos fantasmes les plus dérangeants exprimés, le cauchemar prend fin et les lumières refont surface. Visiblement, Celeste aura laissé plus de traces que nous l’aurions pensé… Surprenant. 

Il est inutile de vous dire que Melechesh était la formation la plus attendue de la soirée. Et même la fosse aménagée dans le théâtre n’a pas réussi à contenir ce flot de Metalheads… En vingt ans de carrière, le groupe fascine toujours autant et ce n’est pas Enki, leur dernier album, qui coupera le groupe dans son élan. Il réitère le projet du groupe pour l’avenir: déchaîner les passions partout où il passe. 

Bien que la formation se soit faite attendre, Ashmedi et ses sbires (dont Kevin Paradis qui officie en tant que batteur live) débarquent. Et quelle claque ! Les fans qui ont pris leur mal en patience s’en donnent à coeur joie dès « Pendulum Speaks », premier extrait de leur dernier rejeton, où il aura été possible de voir les membres du groupe affublés de vêtements traditionnels. 

Le son est parfait et la violence se fait clairement ressentir dans le pit pendant « Tempest Temper Enlil Enraged » et « Ladders To Sumeria »… Un peu de violence ne fait pas de mal ! On aura même vu quelques fans se faire slammer… Incroyable dans ce genre d'endroit, mais vrai ! 

Mais le Black/Thrash de Melechesh est différent de tout ce qui se fait dans la scène Metal. Le groupe international (mi- Israélite, mi- Néerlandais) n’a pas oublié ses origines et détient toujours ce petit « truc » en plus qui fait du bien. Vous l’aurez donc compris, les sonorités orientales s’associaient bien avec la chaleur du pit. Ce n’était pas seulement Ashmedi qui était trempé jusqu’aux os, mais tout le monde: faire la danse du ventre laisse quelques séquelles... Certes, la recette est simple sur des morceaux comme « Triangala », mais ça fonctionne à merveille ! Pourquoi les en blâmer ? 

Le concert passe vite et les derniers morceaux « Multiple Truths », « Ghouls Of Nineveh » et « Rebirth » s’enchaînent sans que la fosse ne s’en rende compte. C’est donc un concert honnête, authentique et dynamique que Melechesh nous a servi ce soir. Bravo ! Vous revenez quand vous voulez les gars ! 

On ne va pas y aller par quatre chemins. Contre toute attente, In Theatrum Denonium a rempli toutes ses promesses. Sans pour autant avoir fait table rase du passé, l’association Nord Forge a prouvé qu’elle était capable d’organiser des événements riches et pertinents. À cette heure, nous ne pouvons que les remercier de faire vivre la scène Metal, ici, dans notre chère région, fraichement renommée Hauts-de-France.