Michael Schenker - Interview

Revenu au top avec l’avènement de son projet « Temple Of Rock », Michael Schenker poursuit son chemin dans le hard rock d’école accompagné de Francis Buchholz et Herman Rarebell, la section rythmique historique de Scorpions. Un groupe auquel le guitariste sera toujours lié (ne serait-ce que familialement) et dont il parle beaucoup plus que de son nouveau DVD live : On A Mission – Live In Madrid ou même que de son propre groupe. Un homme en quête de vérité ?

Comment vas-tu ?
Michael Schenker (guitare) : Je vais très bien. Il fait un temps superbe ici (ndlr : le bougre est en Angleterre) !

Parle nous un peu de ce nouveau DVD.
Nous étions en pleine tournée lorsque notre management nous a proposé d’immortaliser celle-ci avec une technologie spéciale. Comme une sorte de test si tu préfères. Nous avons pensé que le meilleur endroit pour le faire serait Madrid, j’ai toujours voulu enregistrer un live là-bas. Nous avions aussi pensé à Paris mais il était plus simple pour tout le monde de le faire à Madrid. Nous n’avions qu’une seule chance et la soirée a été magnifique. Le public a été fantastique ! Quand je suis allé en studio pour faire quelques overdubs j’ai réalisé qu’il était impossible de changer quoi que ce soit. En changeant une note l’ensemble du produit ne tenait plus debout.

Pourquoi publier un live aussi vite après Live In Europe (2012) ?
C’est le premier DVD filmé avec cette technologie par une boîte allemande (ndC : nous n’en saurons pas plus sur cette fameuse technologie) et on nous a proposé d’en bénéficier. Comment refuser alors que nous étions en pleine tournée ? Nous avons simplement cherché le meilleur endroit pour le faire. Après quatre ans ensemble, deux albums c’était une manière de montrer ce que le groupe vaut à ce moment précis. Le prochain album est en pleine composition et je suis en train de travailler sur de nouveaux concerts. Temple Of Rock est désormais reconnu comme un projet à part entière et par conséquent mon travail passé disparaît de nos setlists. Ce qui me va très bien ! Avec le prochain album nous ne jouerons plus mes vieux morceaux, seulement des titres de TOR. Dans le même temps, je suis en train de monter un show avec plusieurs chanteurs pour jouer mes classiques. Nous le ferons pour la première fois au Sweden Rock sous le nom de « Michael Schenker Fest ». Je serai alors accompagné de Robin McAuley, Gary Barden et Doogie White. De cette façon les vieux fans pourront se faire plaisir et les nouveaux pourront découvrir mon plus vieux matériel.

N’a-t-il pas été trop compliqué de réunir tous ces chanteurs et de travailler sur ce set ?
Je ne sais pas, nous l’avons juste fait (rires).


Ta collaboration avec Robin n’a pas très bien fini et il génial de savoir que vous allez travailler à nouveau ensemble. Les albums que vous avez faits ensemble sont géniaux !
J’ai rejoué un ou deux titres de ces albums et j’ai recroisé Robin de temps en temps. La situation n’est plus la même aujourd’hui et je suis heureux de le retrouver. Temple Of Rock va réellement devenir un groupe à part entière qui montrera qui je suis désormais tandis que les sets à plusieurs chanteurs feront honneur à mon passé. Le plus beau est que ce sont les chanteurs qui ont, à la base, enregistré toutes ces chansons, à l’exception de Phil Mogg (UFO) et Klaus Meine (Scorpions). Mais qui sait peut-être que Phil pourra nous rejoindre à l’occasion.

Récemment tu as déclaré que tu n’avais plus rien à voir avec les Scorpions, depuis qu’Herman et Francis jouent avec toi vous avez joué pas mal de leurs morceaux. Pourquoi cette déclaration ?
(Rires) Oui ! J’ai découvert récemment que Rudolf (Schenker, son frère et guitariste de Scorpions) était un fin manipulateur. Je l’ai vu abuser de ma générosité au fil des années et je ne le crois plus. Tu dois savoir que j’avais un contrat avec les Scorpions et lorsque je les ai quittés après Lovedrive (1979) j’étais ravi de partir. Je ne voulais plus en entendre parler et je n’ai pas lu les crédits de l’album. Avec ce disque j’ai ouvert la porte des États-Unis au groupe et ils voulaient me garder. Ils ont viré Mathias (Jabs) pour me réintégrer, j’ai essayé de travailler avec eux et après deux semaines je n’en pouvais plus. Rudolf m’a appelé au bord des larmes pour le faire. J’étais déjà connu en Amérique grâce aux hits d’UFO, « Too Hot To Handle », « Lights Out » et « Only You Can Rock Me ». Au moment où nous avons fait Strangers In The Night (1979) j’avais vingt-trois ans ! Je connaissais déjà la sensation que procure le succès et je ne voulais pas faire partie de ce cirque. Je suis donc parti pour monter mon propre groupe et les Scorpions ne voulaient pas me laisser faire. Rien à voir avec eux, je voulais simplement faire ce que je voulais. J’ai refusé de jouer avec Ozzy Osbourne, Aerosmith, Deep Purple et Whitesnake pour la même raison. Ils ont dû inventer je ne sais quelle histoire pour que Mathias revienne après mon départ, alors qu’ils l’avaient viré afin que je prenne sa place. Il y a peu de temps, j’ai été contacté car ils veulent publier un livre sur l’histoire de Scorpions et celui-ci est bourré de mensonges ! Par exemple, quand je suis parti Rudolf m’a appelé et m’a demandé s’il pouvait me « piquer » mon design de guitare ainsi que les crédits de « Coast To Coast ». Ce que j’ai accepté sans vraiment me demander pourquoi il me demandait tout cela. La raison est simplement que mon nom les intéressait et une fois qu’il est devenu une gêne, ils ont voulu le faire disparaître. J’ai écrit l’intro de « Holiday », l’ensemble du morceau repose sur cette intro et mon nom n’a jamais été cité comme contributeur de ce morceau. Ces deux compositions sont parmi les plus faciles à jouer de mon cru et Rudolf n’étant pas un bon guitariste, il n’a pas hésité à faire croire que tout cela venait de lui. Ces titres font partie de leurs concerts depuis trente ans et ils n’ont jamais avoué qu’ils me les avaient en quelque sorte pris. J’ai eu la chance d’expérimenter pendant trente ans, j’ai même pu monter mon propre label et toutes ces activités ont fait que je n’ai jamais pris le temps de vérifier mes droits en tant que compositeur. Le grand public ne sait même pas que j’ai joué sur Lovedrive ! Rudolf a volé mon image et ma musique et il ne souhaite pas rétablir la vérité. A travers ce livre, il veut répandre une version de l’histoire qui est fausse. Je suis très déçu de Rudolf, particulièrement lorsque je vois toute les saloperies qu’ils ont faites dernièrement. Ils annoncent la fin de leur carrière et finalement les voilà qui continuent encore et encore. Ils se moquent des fans ! J’ai écrit des choses sur Lonesome Crow (1972) notamment des passages de « In Search Of The Peace Of Mind ». A l’époque de Lonesome Crow je n’avais que quinze ans ! Les autres ont profité de mon jeune âge et de mon inexpérience. Tous les crédits leur sont revenus ! Ils ont avoué mon implication sur le disque après mon succès avec UFO. Uli Jon Roth leur a apporté le succès en Europe et après son départ je leur ai offert les États-Unis. Le succès du groupe s’est construit sur le travail d’autres musiciens ! Dans les années 80, ils n’avaient plus besoin d’écrire de vrais morceaux, ils leur suffisaient de simplifier mon travail et celui d’Uli pour faire des singles. C’est une époque durant laquelle la musique est devenue commerciale et il suffisait d'enrober le tout d'un joli emballage. Après une première période « musicale », une deuxième « commerciale », il a suffi au groupe d’en arriver à la politique avec « Wind Of Change » pour s’asseoir définitivement sur le monde. Depuis, ils n’ont fait que réutiliser les mêmes recettes, ils ne créent plus (rires). Tout le monde sait qu’ils ne composent même plus. Les chansons qui apparaissent sur leurs derniers albums ont été écrites par d’autres depuis longtemps. Scorpions n’a plus rien à voir avec de la musique. Klaus est le seul que l’on peut encore sauver, sans parler de Kottak (James de son prénom, batteur des Scorps) ou du bassiste (ndlr : Pawel Maciwoda) mais les autres n’ont plus rien à apporter musicalement. Ils pensent qu’ils sont les maîtres du monde mais ils ne savent même plus jouer ! Si tu creuses un tout petit peu, tu vois très bien que Rudolf ne sait pas faire quoique ce soit de profond avec son instrument. Il a pris la grosse tête et abuser de son propre frère ne semble pas le déranger. Il est complètement accro à l’argent et à la reconnaissance.


Tu parles du grand public et si effectivement tu n’as jamais eu un succès commercial avec MSG, Eddie Trunk (That Metal Show) n’a pas hésité à clamer son amour pour MSG et UFO. Il t’a invité sur son plateau à de nombreuses reprises et des gens comme Kirk Hammett ou Mike Mccready ont partagé toute l’influence que tu as eu sur eux. Réalises-tu l’impact que tu as eu sur toute une génération de guitaristes ?
Tu sais le succès ne me manque pas, je n’ai jamais couru après. A l’époque j’étais très content du succès que Rudolf pouvait avoir, je le suis moins depuis que j’ai réalisé à quel point il ment et se sert des gens. Quand j’ai commencé dans les années 70, je ne savais même pas ce que je faisais, je ne réalisais pas l’impact que mes créations pouvaient avoir. Aujourd’hui je vois comment les choses se sont produites. Dans les 70’s, je me suis présenté au monde de la musique, dans les 80’s d’autres ont simplifié mon travail, c’est là que j’ai quitté le navire pour expérimenter. Le temps passé loin des spotlights m’a permis de me développer en tant que personne et j’ai fini par vouloir monter sur scène. Je n’ai jamais aimé monter sur scène et en 2008 d’un seul coup j’ai voulu jouer. J’en suis à un point où je peux juste m’amuser et pousser mon projet à un autre niveau. 2008 a été une année importante mais ce n'était qu’une étape vers aujourd’hui. Encore maintenant, je continue à aller de l’avant. Je vais peut-être donner moins de concerts mais de plus gros et qui sait ce qui se passera ensuite ? (sourire téléphonique)

Pour finir j’aimerais avoir ton avis sur la nouvelle génération de guitariste. Durant des années on a parlé de « guitar heroes », ce terme a presque complètement disparu depuis les années 2000. Était-ce juste une mode ou penses-tu qu’il n’existe plus de héros parmi la jeune génération de guitaristes ?
Je n’ai rien à voir avec un guitar hero, je joue juste ma musique et elle n’est que l’expression de ce que je ressens.


Line-up :
Doogie White (chant)
Michael Schenker (guitare)
Wayne Findlay (guitare/claviers)
Francis Buchholz (basse)
Herman Rarebell (batterie)
Discographie (uniquement sous le nom Temple Of Rock) :
Temple Of Rock (2011)
Live In Europe (DVD-2012)
Bridge The Gap (2013)
Spirit On A Mission (2015)
On A Mission : Live In Madrid (DVD- 2016)