Edu Falaschi - Moonlight


Nous n'avions que très peu de nouvelles d'Edu Falaschi suite à son débarquement d'Angra après une prestation catastrophique au Rock In Rio 2011. Le chanteur a depuis subi quelques opérations de la gorge et a pu repenser à monter sur scène et à chanter de nouveau. Almah (autre groupe du vocaliste brésilien) a donc sorti Unfold en 2013 mais qui est passé relativement inaperçu par chez nous, Almah n'ayant jamais eu les opportunités pour réellement percer. Il y a quelques mois, il a chanté quelques chansons en compagnie de son ancien groupe lors de quelques dates au Brésil. En cette année 2016, Edu est donc de retour avec ce qui est annoncé comme son premier album solo (c'est vrai qu'il s'agit du premier à porter son nom), quand bien même Almah était lui aussi considéré comme un projet solo à ses débuts.

La pochette aux teintes bleutées qui arbore un piano à queue met directement la puce à l'oreille. Il ne s'agit ici pas d'un album de Metal mélodique comme le chanteur nous y a habitué tout au long de sa carrière mais d'un album où le piano et les violons occupent toute la place. Edu a en effet décidé de revisiter quelques morceaux d'Angra (ainsi qu'un d'Almah) dans des versions orchestrales, au piano et donc dépouillées de tout effet « métallique ». Helloween avait un peu fait la même chose avec son album Unarmed mais de façon un peu plus "fun" et avec certaines versions différant complètement des originales. Vous conviendrez qu'il s'agit là d'un procédé assez habile pour tenter de relancer une carrière qui stagne méchamment, même si nous doutons fortement que cela sera suffisant. 

Non pas que l'album soit mauvais, bien au contraire mais est-ce que les fans d'Angra attendent réellement un tel album ? La prise de risque est assez minimale au début puisque cette galette démarre avec « Nova Era », sans doute le plus grand classique d'Angra enregistré avec Edu, ainsi qu'avec « Bleeding Heart » qui est déjà une ballade à la base. Force est de constater que ces deux versions sont quasi identiques aux versions d'origines, le piano et les orchestrations ayant simplement remplacé les instruments Metal traditionnels. Dommage, puisque la bio nous vend des versions jazzy de ces morceaux, joués et réarrangés par certains des meilleurs musiciens du style au Brésil. Ce n'est pas entièrement faux quoi qu'il en soit puisque certains morceaux vivent une deuxième jeunesse comme « Wishing Well » (Temple Of Shadows) qui comporte véritablement des passages jazzy, non sans perdre la patte Angra. Là où Edu transforme l'essai, c'est sur « Arising Thunder », chanson assez Speed Metal du médiocre Aqua, qui montre ici un nouveau visage de par son côté très apaisant.

Au rayon des bonnes surprises, il y a également « Breathe », l'unique morceau d'Almah et ses percussions à la vibe très brésilienne. Assurément un des meilleurs moments de ce Moonlight. Les fans les plus old school ne cracheront pas non plus sur « Angels And Demons » (2005) dont certains passages nous rappellent immédiatement le sublime Holy Land, sorti pourtant neuf années auparavant.

Il est étonnant de constater que cet album d'Edu se nomme Moonlight, puisqu'il s'agit du tout premier morceau composé par André Matos (son prédecesseur dans Angra) qui était connu pour jouer de nombreuses parties de piano classique sur scène avec le groupe. Le chanteur en proposa d'ailleurs une version revisitée sur son premier album solo (Time To Be Free), intitulée « A New Moonlight ».

Alors si ce Moonlight comporte quelques moments sympathiques et une prestation honnête d'Edu, qui ne cherche à aucun moment à atteindre des notes vertigineuses, il nous rappelle surtout – et avec amertume – que Angra se conjugue désormais plus au passé qu'au présent (et encore plus depuis l'arrivée de Kiko Loureiro dans Megadeth). Un constat d'une tristesse infinie quand on connaît le lien incroyable que le groupe avait réussi à établir avec son public à la fin des années 90.

Toujours est-il que cet album vous permettra de vous relaxer si vous aimez votre sieste du dimanche après-midi avec un fond sonore, et cela est dit sans méchanceté aucune... Ceux qui verront le verre à moitié plein diront que cela fait donc déjà une bonne raison de mettre ce disque dans sa platine. Les autres retourneront écouter les vieux Angra (et Almah), ce qui en soit est une bonne chose aussi !