Moonreich - Pillars Of Detest

Le 19 septembre 2015, un nouveau rejeton grimaçant du Black Metal voyait le jour. Conçu par Weddir (Moonreich, Glorior Belli) et produit par « Les Acteurs de l’Ombre Productions », Pillars Of Detest est le petit dernier d’une fratrie déjà bien garnie : un premier EP en 2009 soit un an après le début du projet (Zoon Politikon), un premier album en 2011 (Loi Martiale), un second EP en 2012 (Curse Them), et l’album n°2 en 2013 (Terribilis Est Locus Iste) ; autant dire que le benjamin va devoir se tailler une place au milieu des frangins qui, ne nous mentons pas, sont déjà bien costauds. Du haut de ses huit titres et ses 49 minutes de Black Metal parisien, il pourrait pourtant bien devenir le leader de sa fratrie issue du projet solo de Weddir : Moonreich.

 Le premier titre de l’album, « Ad Nauseam », commence par un arpège mystérieux lors d’une intro plutôt lente et atmosphérique. C’est de courte durée, puisque le rythme décolle d’un coup, avec l’entrée fracassante du scream hargneux de Weddir. On constate tout de suite que le chant est légèrement en retrait par rapport aux instruments, et avec un léger effet d’écho, ce qui donne un ton limbique pouvant évoquer les Finlandais de Horna. La batterie est relativement nuancée et pas trop écrasante, la basse est tout à fait audible et tient un rôle non négligeable, ce qui n’est pas forcément le cas général du Black Metal : beaucoup de points positifs se dégagent dès le début de l’écoute, tant au niveau du son que de la technique. On enchaîne sur le titre « Believe And Behead » qui repart sur un blast soutenu pour un titre violent avec des riffs enchaînés avec brio. « Long Time Awaited Funeral » entre en matière plutôt délicatement avant l’arrivée du scream qui marque le début des choses sérieuses. La batterie présente des alternances de blasts sur ce morceau, ce qui n’est pas pour déplaire. On relève aussi des passages plus lents, notamment à la fin du titre, ou des effets sonores sont ajoutés ce qui donne une grande profondeur à ce morceau, durant lequel Weddir nous gratifie à plusieurs reprises de grunts longs et caverneux, comme on les aime. Qui dit Black Metal dit Satan, cet album ne fera pas exception à cette règle puisque le thème est abordé par la chanson « Sheïtan », qui est un morceau instrumental, le seul sur cet album. Ce titre est assez troublant si on l’écoute attentivement : il semble décrire un décor tourmenté avec des riffs lancinants auxquels viennent peu à peu se greffer d’autres arrangements. Le morceau se termine sur un fadeout qui laisse la place à une sorte de vocalisation étrange, un mantra sinistre qui pourrait être une parodie macabre de chants tibétains. Succulent ! Le tempo réaccélère sur le titre éponyme « Pillars Of Detest – World Shroud ». Très différent du titre précédent, on y retrouve du blast à foison, des riffs efficaces et ravageurs, et une certaine variabilité de tempo pendant sept minutes 31 (ce qui en fait un des titres les plus longs de l’album). Notons que la moitié de ce titre est uniquement instrumentale. On continue avec notre rythme de croisière sur « All Born Sick » et « Freikorps », deux titres corrosifs et agressifs à souhait. Ce dernier est aussi un titre long du haut de ses sept minutes dix, et on constate une construction similaire que sur le morceau éponyme : la moitié de la chanson est instrumentale. Elle se finit sur des voix litaniques s’exprimant en latin, probablement celles de prêtres ou de moines puisqu’on entend également des sons de cloches graves. L’album se termine sur le titre « Death Winged Majesty », le plus long de la production avec ses neuf minutes 47, qui commence par trois notes énigmatiques sur la première minute du morceau. Certains riffs de cette chanson lui confèrent un côté épique et puissant sur certains passages, et par moments certaines sonorités iront jusqu’à rappeler les Norvégiens de Satyricon ! Pendant la dernière minute et demie du morceau, une voix grave semble invoquer ou incanter quelque chose, puis un hurlement déchirant se fait entendre, et laisse sa place à des riffs angoissants et répétitifs jusqu’à une fin nette et propre.

 

Weddir a de quoi être fier de son petit dernier ! Cet album combine la hargne et la maîtrise, et l’on sent qu’il a été pensé jusque dans les moindres détails. Très efficace et agréable, on ne voit pas le temps passer sur les titres les plus longs, ce qui n’est pas toujours évident. Que se soit au niveau de la voix ou de la qualité du son qui nous offre des lignes instrumentales claires et audibles, on sent une grande maturité dans cet album, pourtant issu d’un projet récent. Compte tenu de ce fait et du nombre de productions déjà enregistrées, il est évident que Weddir est une bête de travail, et cela se ressent sur cet album qui a de bonnes chances de devenir un opus phare du Black Metal français. Le Royaume de la Lune n’a pas fini de nous surprendre, et on compte sur eux pour continuer sur cette lancée qui leur assurera une ascension certaine aux côtés des Maîtres français du Black Metal. Hail !