Mötley Crüe - Alice Cooper - Saint Asonia - Düsseldorf (ISS Dome) - 14/11/2015

Et voilà, nous y sommes. Ce soir, nous disons un dernier au revoir à Mötley Crüe, la légende du Sunset Strip et du Glam Metal qui a décidé de tirer sa révérence peut-être un peu tôt. Normalement, cet au revoir aurait pu nous briser le cœur car il n’est jamais facile de se dire que c’est la dernière fois qu’on voit un groupe qui compte tant pour nous. Au vu des évènements de la veille, notre peine est toute relative et nos pensées sont ailleurs. Du coup, le show de ce soir va prendre des allures de bouffée d’air frais et de libération. On comprend, après avoir attendu dehors 40 minutes pour investir les lieux que nous vivons pour ce genre de moments. Voir nos groupes favoris, le partager avec des centaines (des milliers dans le cas présent) d’autres personnes qui ont la même passion et pour qui ces moments sont d’or.

 Après une longue attente à l’extérieur comme nous l’avons mentionné ci-dessus, nous parvenons enfin à rentrer dans l’ISS Dome encore très peu garni pour l’occasion puisque tout comme nous quelques minutes auparavant, la plupart des spectateurs sont encore dans la file d’attente dehors. Saint Asonia, le groupe d’ouverture ajouté sur le tard, finit tout juste son set quand nous arrivons devant la scène. Malgré un public restreint, le combo semble heureux de l’accueil qui lui a été réservé.

Nous passons donc directement aux choses sérieuses puisque les techniciens d’Alice Cooper préparent la venue du maître du Shock Rock qui est bien plus qu’une première partie, c’est un invité « très spécial ». Après trente petites minutes d’attentes, le rideau à l’effigie du Coop masquant la scène tombe et le groupe nous balance « The Black Widow », baigné dans des effets pyrotechniques. D’entrée de jeu on se rend compte qu’Alice est très en forme vocalement parlant ce soir. En une petite heure de jeu, le groupe ne va avoir le temps que de balancer des hits et c’est tant mieux car le public ne demande que ça et répond au Alice Cooper Band comme s’il était la tête d’affiche de la soirée. Il faut dire qu’il est dur de résister à un enchaînement constitué de « No More Mr. Nice Guy », « Under My Wheels » et « I’m Eighteen ». Alors bien sûr, le show et la setlist sont similaires à ce qu’on a pu voir sur les festivals l’été dernier mais franchement on ne s’en lasse pas.

Comment résister au lancer de billets du Coop sur « Billion Dollar Babies » ou à son lancer de colliers sur un « Dirty Diamond » ultra efficace ? Franchement, c’est impossible. C’est bien simple, il y a un gimmick pour chaque morceau. De plus, les musiciens qui entourent Alice sont vraiment tous excellents et charismatiques, ils ne restent pas dans l’ombre de leur leader. Chuck Garric et Ryan Roxie n’hésitent pas à venir haranguer les premiers rangs et à se placer aux avant-postes. Quant à Nita Strauss, elle porte décidément bien son surnom de « Hurricane », car elle est partout, elle ne cesse de remuer dans tous les sens, elle tape les soli comme une damnée et surtout son sourire et sa bonne humeur sont éblouissants. Voilà qui tranche radicalement avec la froideur de sa prédécesseure Orianthi. Même Glen Sobel (qui a récemment dépanné Tommy Lee dans Mötley Crüe) a droit à son moment de gloire avec un petit solo après « Dirty Diamond ». On s’étonne de voir « Poison » arriver si rapidement dans le set mais cela n’est que pour faire monter l’ambiance encore d’un cran. Le groupe reçoit même un drapeau français sur scène que Chuck Garric n’hésitera pas à exhiber fièrement sous les applaudissements de la foule.

Le délirant « Feed My Frankenstein » (dont la basse est interprétée sur la version album par nul autre que Nikki Sixx) voit Alice passer sur le grill avant « The Ballad Of Dwight Fright » où Alice est malmené par l’infirmière Sheryl (qui n'est en fait nul autre que sa femme). Cela ne peut que signifier une chose, il est temps de guillotiner le maître des horreurs. Un moment culte qu’on regarde toujours les yeux ébahis, même après toutes ces années. Chuck Garric passe donc au chant le temps d’une version écourtée mais reprise en chœur de « I Love The Dead ». La kermesse arrive avec un « School’s Out » d’anthologie et entrecoupé comme toujours depuis des années par un extrait de « Another Brick In The Wall ». Effet garanti. C’est donc dans un déluge de bulles de savon que se termine cette prestation sans faille. L’occasion pour Alice Cooper de présenter toute sa formation et de conclure son set par un « je suis Paris ». Un moment rare et solennel pour un artiste qui ne sort normalement jamais de son personnage. À n’en pas douter, nous pourrions rentrer à la maison maintenant que cela n’aurait rien de surprenant tant le groupe a livré un set évidemment plus que digne d’une tête d’affiche.

Setlist Alice Cooper :
Intro
The Black Widow
No More Mr. Nice Guy
Under My Wheels
I'm Eighteen
Billion Dollar Babies
Poison
Dirty Diamonds
Go to Hell
Feed My Frankenstein
Ballad of Dwight Fry
Killer
I Love the Dead
School's Out

Des dizaines de techniciens s’attèlent à préparer la (gigantesque) scène de Mötley Crüe et on se dit alors que le groupe aura peut-être un peu de retard sur l’horaire prévu. Que nenni ! La salle est désormais presque comble et c’est subitement, à la surprise générale que le grand drap noir tombe et que l’intro retentit. Avec les bruits de moteurs qui rugissent, aucun doute là-dessus, c’est « Girls, Girls, Girls » qui pointe le bout de son nez dans une ambiance complètement débridée. Première constatation et pas des moindres, Vince Neil semble bien en voix et le son est fort mais clair et puissant. La scène est totalement ahurissante, on ne sait pas où donner de la tête. Les Nasty Habits version 2015 sont là pour faire les chœurs (préenregistrés ?) mais aussi aguicher le public avec des danses sexy et des tenues légères. C’est vrai quoi, que serait Mötley Crüe sans les femmes ? 

Sans prendre le temps de dire ouf, le groupe enchaîne avec « Wild Side », autre tube de Girls, Girls, Girls qui fait encore monter l’ambiance et la température d’un cran. Vince et Nikki arpentent bien la scène tandis que Mick Mars, handicapé par sa maladie fait le maximum possible pour ne pas prendre racine sur scène. Un bel effort de sa part mais on ne lui en aurait de toute façon pas tenu rigueur tellement son jeu est irréprochable. Seul petit regret, on peine à voir Tommy Lee derrière son kit plongé dans les fumées, mais nous aurons l’occasion de nous rattraper un peu plus tard. Mötley va ensuite nous servir une version très très solide de « Primal Scream » (qui je dois l’avouer m’a rarement enthousiasmé auparavant) où Nikki Sixx s’amuse à jouer avec son pied de micro suspendu. D’ailleurs je suis un peu surpris de voir un Nikki Sixx au visage si fermé, celui-ci harangue certes les premiers rangs mais avec un sérieux qu’il n’a pas toujours affiché de manière aussi marquée. Peu importe, le leader de Mötley fait le taff et une fois que la machine à tubes est enclenchée, il est dur de l’arrêter. Encore une fois sans temps mort le groupe enquille « Same Ol Situation » et « Don’t Go Away Mad ». La soirée prend de plus en plus des allures de fête ! Certains ont pu se plaindre du prix du billet (83 euros dans la fosse) mais au vu des moyens déployés pendant ce show, on comprend tout de suite mieux. Nous assistons tout simplement à un déluge de pyrotechnie et de feux d’artifices et on ne peut que regretter que Mötley se soit très largement concentré sur les Etats-Unis ces dernières années et qu’il n’a pas ramené plus souvent de telles productions par chez nous.

Après la reprise culte du « Smokin’ In The Boys Room » de Brownsville Station, nous avons droit à un des moments les plus heavy du set avec « Looks That Kill » qui fait secouer de nombreuses têtes. On est par contre plus surpris de voir « Mutherfucker Of The Year » dans la setlist du soir quand des brûlots comme le légendaire « Too Fast For Love » ne sont pas interprétés. En revanche, le quartet nous offre un moment que l’on n'attendait plus avec leur version de « Anarchy In The Uk » reprise par tout le public. Un grand moment. C’est une nouvelle fois dans une orgie de pyrotechnie (Nikki Sixx est muni d’une basse lance flammes) que le groupe interprète « Shout At The Devil » (dans sa version 1997) avec un final ultra intense qui voit Tommy Lee martyriser ses fûts. La plateforme sur laquelle se trouve Tommy commence à se surélever et nous comprenons tout de suite que nous allons avoir droit au fameux solo de batterie dont les images ont déjà fait le tour du monde. Ici, ce ne sera pas différent, tous les smartphones et les appareils photo sont évidemment de sortie pour immortaliser tout cela. Au son de musique électronique dont le père Lee est très friand, celui-ci survole la foule alors que son kit fait des tours sur lui-même du haut vers le bas. Arrivé à mi-parcours, Lee ne peut s’empêcher d’exprimer son enthousiasme et affirme qu’il s’agit du rêve de toute une vie. L’enthousiasme du batteur fait plaisir à voir, Tommy est décidément aussi cool que taré !

 

Après un solo de Mick Mars, le groupe au complet fait son retour avec « Saints Of Los Angeles » qui est véritablement devenu un hit, au même titre que les morceaux des années 80. La fin du set approche malheureusement avec « Live Wire » où Vince fait chanter le public et « Dr. Feelgood ». Très attendu, « Kickstart My Heart » vient mettre une dernière fois le feu aux poudres. Nikki et Vince montent sur des plateformes pour terminer la chanson en survolant la foule dans une pluie confettis et après avoir remercié l’ISS Dome (d’ailleurs, à part avoir remercié le public plusieurs fois, il n’y aura eu que très peu de communication entre les morceaux), le groupe tire sa révérence et plonge la salle dans le noir. Fort heureusement, les quqtre enfants terribles sont de retour, après avoir traversé la fosse pour rejoindre une petite scène se trouvant au milieu de la salle. Un piano y est installé et cela ne peut signifier qu’une chose : « Home Sweet Home ». Tommy entonne la chanson au piano, celle-ci sera reprise en chœur par le public et jouée dans une version toute en sensibilité par le groupe. À ce moment précis, on se rend compte qu’il s’agit là de nos derniers instants avec le Crüe, même si la musique qu’ils nous laissent ainsi que les souvenirs seront toujours là. On ne peut donc que regretter que le groupe nous ait quitté si tôt (après 1h30) alors que de nombreux morceaux manquent évidemment à l'appel.

Setlist Mötley Crüe :
So Long, Farewell (Intro)
Girls, Girls, Girls
Wild Side
Primal Scream
Same Ol' Situation (S.O.S.)
Don't Go Away Mad (Just Go Away)
Smokin' in the Boys' Room (Brownsville Station cover)
Looks That Kill
Mutherfucker of the Year
Anarchy in the U.K. (Sex Pistols cover)
In the Beginning/Shout at the Devil
Louder Than Hell
Drum Solo
Guitar Solo
Saints of Los Angeles
Live Wire
T.N.T. (Terror 'N Tinseltown)/Dr. Feelgood
Kickstart My Heart
Rappel :
Home Sweet Home

Au final, quelle soirée incroyable ! Abasourdis et choqués par les évènements de Paris, nous nous sommes rappelés très vite pourquoi tous ces gens s’étaient réunis au Bataclan vendredi soir… Pour passer un bon moment, pour rêver, pour vivre sa passion à fond et dans ce qu’elle a de plus beau. Alors rien que pour eux ce soir, il fallait profiter de chaque instant et le vivre au maximum. Mötley et Alice Cooper ont tous deux livré une prestation sans faille et se sont montrés en grands patrons du Rock n’Roll qu’ils sont et nous ont montré que la musique a le pouvoir de faire le bien. Ceux qui y voient le mal n’ont rien compris et ce qui est arrivé vendredi ne doit plus jamais se reproduire. Peace, love, Death Metal, Paris & au revoir Mötley Crüe.