Motocultor 2016 - Jour 2

Après une première journée bien éprouvante, nous retournons au campement où la fête ne faisait que commencer. Mais pas question d’être fatigué le lendemain matin… Une bonne 8.6., et la rédaction part se coucher la tête remplie de souvenirs mémorables. Et dire ça ne fera que crescendo le lendemain avec des groupes comme Neurosis, Mayhem ou même Jello Biafra !  

Nous commençons la journée avec Atlantis Chronicle. Souvenez-vous, le groupe avait engagé une belle campagne de promotion sur les réseaux sociaux pour annoncer sa venue au Motocultor. Oui, les membres d’Atlantis Chronicle veulent rentrer dans la cour des grands en mettant de grands backdrop. Mais cela est-il suffisant ? Peut-être pas. Certes, le Death Technique de la formation passe bien, mais dommage que le groupe souffre d’un son mal arrangé, il y a beaucoup de larsen… Mais pas grave, ça bouge quand même dans la fosse, et tous ceux qui sont « venus pour se briser la nuque » s’en donnent à coeur-joie. Tout comme T.A.N.K. qui s’était produit la veille au même endroit, au même moment, Atlantis Chronicle fait bonne impression. Maintenant, gageons que la formation grandisse après cette prestation ! 

Encore un gros dilemme ! Qui allons nous voir entre Regarde les Hommes Tomber et Agressor ? Difficile de faire un choix… Allez, on va voir Agressor car nous n’avions pas pu voir leur show en entier au Hellfest Open Air. Que nous ont-ils réservé cette fois-ci ? Un concert humble, honnête et précis assez intimiste car il est évident que Regarde les Hommes Tomber a piqué tout le public d’Agressor. Pas grave ! Alex est naturel à fond et sort des titres pour la plupart issus de Deathroat, Medieval Rites et Neverending Destiny. Le groupe a encore changé de guitariste, certes, mais la nouvelle recrue n’est pas un amateur, il exécute très bien les morceaux ce qui permet Alex d’être à l’aise sur scène et d’amadouer ses fans. « J’ai faim » a t-il sorti avant d’introduire « Someone To Eat »… Mais ça ne bouge pas ! Il aura fallu attendre qu'un festivalier ne sorte: « Ils sont malades les Metalleux ou quoi ? » pour qu’une partie des fans présents s’entretue dans le pit ! Bref, ce fut un concert honorable que nous ont servi Alex et sa bande ! 

Place à Infest ! Infest n’était pas programmé initialement, normalement c’était à Bl’ast de se produire ! Quoi qu’il en soit, cette annulation de dernière minute nous aura permis de découvrir un nouveau groupe. Certes, les structures des morceaux d’Infest sont assez répétitives, souvent ce sont quelques accords de base, et c’est dans la poche. Mais vous vous imaginez bien que d’autres choses étaient en jeu ce soir là. Avec des morceaux estampillés tantôt « Death », tantôt « Grind », il fallait que le groupe montre qu’il est capable de « foutre le bordel avec des morceaux constitués de deux accords ». Et ils ont réussi ! Bien à eux ! 

Comment résumer le concert de Get The Shot ? Attendez, j’ai pris des notes ! J’avais écrit « Putain de Hardcore qui renverse la petite scène avec un chanteur qui ne cesse d’alterner entre chant hardcore et chant rappé ». Attendez, je continue ! « Le chanteur va directement à la rencontre de son public et encourage à mosher sur des parties guitares bien grasses »… Merde, il commence à pleuvoir, et à pleuvoir très fort en fait… Nous allons sous un des chapiteaux pour voir ce que Fange a à nous raconter ! 

Fange, c’est simple, c’était totalement l’inverse de Get The Shot ! Le groupe a proposé un concert sous amphétamine ! En fait, ces quatre briscards sont riches d’un concept qui leur est propre ! Chez eux, c’est: « tiens, toi, tu te chargeras de gueuler dans le micro », « toi, là, tu bidouilleras sur des pédales à effet », « toi ? tu joues de la guitare ? Accorde là trois tons en dessous et on verra bien ce que ça donne ! », « oui, toi, le batteur, tu te contenteras de suivre les rythmes endiablés de notre guitariste ». Plus sérieusement, le concert était planant. Le groupe est dans son délire et son concert fait l’effet d’une pilule de LSD sur ses fans. 

Il pleut encore, mais nous rejoignons nos amis d’Agressor pour une petite interview. Et lors de notre retour, nous assistons à la fin du concert de Giuda. Giuda, c’était un peu l’O.V.N.I. Rock ’n’ Roll de la journée, c’est groovy à fond et la preuve que ça fait du bien: le soleil est revenu.

 

Place à Hypno5e ! Le groupe a fait l’objet de nombreuses spéculations ces derniers mois ! Ils sont partout, et ont trois excellents albums à leur actif: Des Deux l’une est l’Autre, Acid Mist Tomorrow, Shores Of The Abstract Line. Après les avoir vus au Hellfest l’année, il était donc assez prévisible que la prochaine étape pour eux était le Motocultor. Oui, les abords de la Massey Ferguscene sont blindés quand nous essayons d’assister au concert d’Hypno5e et surpris nous avons été lorsque nous avons vu que le concert proposé par la formation était identique à celui qu'elle avait proposé lors de sa dernière tournée: à quelques exceptions près, leur bassiste a été remplacé pour cette date, et nous n’avons pas eu droit aux bandes visuelles en fond. Pas grave ! Le concert fait mouche et les fans contemplent la bande sonore qui se joue devant leurs yeux. Les compositions varient entre Sludge Atmosphérique et Djent parsemé d’une couleur locale et les nombreux arpèges s’associent parfaitement avec les ruptures rythmiques des morceaux. Aucune interaction avec le public, il faut le laisser rentrer dans l’imaginaire du groupe, et ce ne fut pas chose difficile ! Il a remporté son pari haut la main, une nouvelle fois. 

Nous quittons plus tôt que prévu pour assister à quelques bribes du concert de Pipes and Pints, un groupe de Punk bien sympathique. Originaire de Prague, ils rendent visite aux bretons avec leur cornemuse et leurs morceaux marqués par une envie d’en découdre. Et c’est que ça bouge dans le pit ! En plus, la cornemuse a la particularité de rajouter un petit truc en plus à leurs morceaux, une sorte de couleur locale dont ne se seraient pas passés les bretons ! Vojta est en forme et n’hésite à interpeler son public à coup de « C’est ce que j’appelle un Wall Of Death », « Prenez votre temps pour le former », « Merci la France ! À chaque fois que nous venons chez nous, nous sommes très bien accueillis, le public est génial et les agents de sécurité font un travail de fou », oui, car il a bien fallu rattraper ces nombreux slammers en herbe ! Bon oui, c’est du Punk et les structures étaient semblables d’un morceau à l’autre. Mais avouez-le, vous avez bien apprécié ce concert ! 

Nous allons crescendo dans les surprises et nous rejoignons la Supositor Stage où un des groupes qui a remporté le tremplin du Motocultor s’apprête à se produire. Oui Sordid Ship s’apprêtait à faire tanguer à la scène principale avec son Hardcore. En fait, si à première vue, l’imagerie de ces briscards n’est pas à prendre au sérieux, il n’en est rien. Il était là le concept de leur show: imposer la joie et la détente avec un concept ressortissant à l’imagerie hawaïenne. Oui, transats et structures gonflables en tout genre étaient à l’honneur. Et c’est tous vêtus de tenues hawaïenne que ces bretons commence à arpenter la Dave Mustage… Mais en fait, à part ça, nous n’avons pas retenu grand chose de leurs musiques si ce n’est qu’elles dégageaient une belle énergie sur scène. On aura surtout été surpris par la tournure qu’a pris le concert. « On n’a pas assez de morceaux pour tenir quarante minutes donc on va faire des animations », oui, bon la course de slam sur un matelas gonflable était bien sympathique. Mais pourquoi n’ont-il pas fait en sorte que leur musique jongle avec l’imagerie et les sonorités hawaiiennes ? Quelques parties de ukulélé par ci par là auraient les bienvenues ! Quoi qu’il en soit, le groupe remporte son pari haut la main et c’est un chanteur qui gueule « ALOHA PUTAIN » qui s’en va gagnant.

Goatwhore ! Un peu de Black Metal ne fait pas de mal et noir, c’est noir chez le groupe ! Fort d’une imagerie des plus inquiétante et sombre, le groupe installe la pénombre sur un festival qui est dominé par le soleil ce jour, malgré les quelques pluies éparses… Cet après-midi, ils sont venus faire apprécier leur Black Metal. Mais ne vous y méprenez pas ! C’est un Black Metal qui défie les codes du genre qui est mis en exergue…. Les parties blast s’alterne avec des moments plus lourds. Un régal. En plus, leur chanteur est charismatique et pointe du doigt son public comme pour lui lancer un sort. Ce fut un concert de bonne facture, mais pourquoi la basse, surtout mal mixée, surplombe t-elle toujours les autres instruments sur la Supositor Stage ? 

Nous prenons une petite pause et nous retournons voir ce qu’il passe sur la Massey Ferguscene. Et quelle stupéfaction, suite à des événements indépendants de la volonté du groupe, Dalriada n’a pas pu se produire en temps voulu au Motocultor. C’est donc les malchanceux de la veille, Furia, qui ont été invités à se produire une nouvelle fois, mais cette fois-ci sur la Massey Ferguscene ! Sans intempéries à redouter, le groupe a pu jouer plus sereinement ses parties de Black/Atmosphérique. Mais dommage pour nous, dès notre arrivée, le concert prend fin et la populace se rassemble pour assister au gig de Gorod

C’est un Gorod totalement exténué que nous avons retrouvé au Motocultor… Il faut dire que les partisans du Techno Death ont fait treize heures de route pour arriver jusqu’à St Nolff, la veille ils s’étaient produits au Summerbreeze ! Et Gorod, en live tout comme en studio, ça dépote et ça envoie du pâté bien comme il faut. En fait, même s’ils n’avaient pas l’air très satisfaits de leur gig après le concert, le groupe a rempli son contrat en offrant à son public ce qu’il sait faire de mieux: une musique technique, agressive, mais qui n’oublie pas pour autant le caractère sensible qui rend sa musique unique. Oui, la technique est à l’honneur chez le groupe, mais c’est particulièrement vivant, et la foule répond régulièrement aux appels de Julien. Il s’entrechoque lors de nombreux pogos et il se fait slammer. En plus, le groupe a le temps aujourd’hui, ce qui n’est pas forcément toujours le cas. Il revisite un peu tous ses plus grands classiques et même un titre de Gorgasm (le premier alias de la formation), « Harmony Of Torture » (Neurotripsicks). Mais le plus important est de voir comment les nouveaux titres « Celestial Nature » et « Inner Alchemy » s’imbriquent avec les vieux morceaux de la formation… C’est chose faite. En tout cas, ça groovait bien comme il faut sur « Birds Of Sulphur » et « Programmers Of Decline » et l’on pouvait voir le bassiste s’éclater avec sa basse signature sur les parties tapées… Une technique de jeu qui verra son apogée sur le final « Disavow Your God ». Un excellent concert !

Après cet excellent moment, nous passons une interview et revenons à la fin du concert d’Agnostic Front, véritable icône du Hardcore à l’américaine. Malheureusement, nous arrivons assez tard sur les lieux du crime… On peut néanmoins vous dire que malgré un son pas à la hauteur d'un groupe de cette trempe, le public s’est bien amusé en se faisant slammer, et s’entre-tuant dans le pit sur ce petit best-of congru de petites surprises comme la reprise « Blitzkrieg Bop » de The Ramones. Les dernières notes auront fini par nous laisser une bonne impression !

Au tour de Mayhem de se produire sur la Dave Mustage ! Voir Mayhem en concert, c’est avant tout assister à une messe noire. Tout est là pour nous faire penser à cela, l’imagerie maléfique congrue d’un jeu de lumière qui rentrait en contact avec la brume épaisse. Tous les accessoires ressortissants à l’imagerie occulte que le groupe véhicule étaient également présents, dès le début du spectacle. Et c’est que le groupe a su faire oublier sa mauvaise réputation « live » puisque la foule est au rendez-vous ! Est-ce que parce que le groupe a décidé de jouer en intégralité son album culte De Mysteriis Dom Sathanas ? Peut-être bien ! Malheureusement, bien que l’affiche vende du rêve, il ne passe pas grand chose sur scène et les secondes deviennent des heures une fois que les trois premiers titres soient passés (« Funeral Fog », « Freezing Moon », et « Cursed in Eternity »)… Oui, oui, à part l’introduction assez grandiloquente, certains diront « kitch », aucune surprise ne sera au rendez-vous. Et encore, s’il ne s’agissait que de cela. Le son est médiocre et ne donne d’importance qu’à la batterie. Oui, on n’entendait que cela. On vous le jure. Une raison pour toutes qui nous a amenés à nous restaurer plus tôt que prévu !

Encore un dilemme. La rédaction va t-elle succomber à la tentation et assister une nouvelle fois au concert de Cult Of Luna ou bien va t-elle écouter son coeur de rockeur en allant voir Jello Biafra ? Très bien. Allons voir les deux gigs ! Cult Of Luna remplit la tente de la Supositor Stage et fait voyager ses fans avec une musique que l’on pourrait qualifier de « Post Rock Atmosphérique » ! Et c’est que ça marche. Le crédit donné aux arrangements sonores prends tout son sens sur scène et vite le public est en trans… Vous savez le genre de transe qui fait perdre la raison des fans à un tel point que la rédaction s’est vu demandée en mariage lors de l’interprétation de « Ghost Trail ». Oui ! Revenons aux choses sérieuses. Le concert des Cult Of Luna dépasse les normes du Rock, et joue sur la subtilité. Vous savez, ces deux batteries ont amené ce petit truc en plus: les batteries se répondent et laissent planer les accords de guitares, qui voyagent à travers un fond vert brumé ! (Encore une concert qui a dû donner du fil à retordre à nos amis les photographes !)

Je me réveille brusquement et je cours assister à la deuxième moitié du concert de Jello Biafra and The Guantanamo School of Medecine. Bon, le monsieur n’est plus à présenter, c’est une véritable icône du Punk. Bref, le concert battait son plein quand nous l’avons rejoint et clairement, ça sentait l’authenticité à des kilomètres. Le bonhomme, vêtu d’un t-shirt « Nazy Trump Fuck Off », a fait part de ses revendications toujours plus humanistes, en interprétant des tubes des Dead Kennedys (« California Über Alles », « Nazi Punks Fuck Off », « Holiday In Cambodia »…) et quelques autres issus de sa carrière solo. Un beau concert, bien naturel qui plus est n’a pas subit les caprices de la Supositor Stage. Le Rocker, plus très jeune, assure le show, chante ses paroles comme jamais et n’hésite pas à aller à la rencontre de son public en faisant chanter ses fans dans son micro ! On aura surtout retenu le message humaniste qu’a véhiculé le punk avant d’introduire « Nazi Punks Fuck Off » concernant la montée des extrémismes notamment aux U.S.A. en prouvant par A+B l’incohérence du projet de Trump. Ça purge et ça se veut communicatif. Un excellent concert. 

Beaucoup attendaient Neurosis, et beaucoup n’étaient venus que pour eux ! En fait, ces gens n’ont pas eu tort, le groupe fait un sans faute depuis quelques années maintenant… À chaque fois, ils proposent un set complet faisant l’amalgame de leurs meilleurs albums (A Sun That Never Sets, Souls of a Zero et même Times Of Grace)… Mais bien sûr, beaucoup était aussi venu pour voir si les petits derniers issus de Fires Within Fires allaient tenir le choc. Et ça passe bien puisque « Bending Light » et « Broken Ground » s’imbriquent ultra bien au reste des morceaux proposés ce soir. En plus, le son est particulièrement bon ! Le groupe nous a donné une raison de plus de s’intéresser à son oeuvre. Ce qui sera chose faite. 

Il est minuit passé, et Soilwork prend enfin le relais. Oui, Soilwork sur la petite scène. Beaucoup de monde était étonné de voir le groupe se produire dans ces conditions. Pas grave, le groupe s’est adapté et nous a proposé un concert poignant et intéressant pour différentes raisons. Il fait froid, mais rien n’a arrêté Björn Strip quand il a fallu réveiller ses partisans. Comment faire dans ce cas ? Prenez quelques morceaux issus du dernier album et entremêlez-les avec d’autres plus ancien comme « Overload » et « Late For The Kill, Early for The Slaughter » et montrez-ainsi à votre public que votre style a bien évolué depuis. Oui, car il est bien là l’enjeu de Soilwork aujourd’hui: prouver que le style du groupe n’est pas réductible à un terme mais qu’il s’étend bien au delà du Death Mélodique. Quoi qu’il en soit, malgré le son qui a fait des siennes, le concert était dense et puissant. Oui, Dirk n’est plus là ! Difficile de trouver un digne successeur, mais le jeune gars de 24 ans aura fait l’affaire bien qu’on ait vu qu’il n’avait pas la frappe du nouveau batteur de Megadeth. Oui, jouer sur une petite scène n’est pas évident, surtout à 1 heure du matin lorsque tout le monde décide de rentrer au campement. Mais Soilwork l’a fait et a prouvé qu’il était toujours une formation humble, mais qui mérite amplement le succès qu’il rencontre aujourd’hui. 

C’est sur cette impression que nous rentrons au campement. La rédaction a encore plein d’étoiles dans les yeux, et ne cesse de prendre du bon temps avec ses amis en découvrant d’excellent groupe. Faut-il en dire plus pour vous prouver le Motocultor est certainement l’un des meilleurs festivals que nous connaissons ? Réponse dans le prochain épisode !