Obituary, Exodus, Prong, King Parrot - Lille - l'aéronef - le 22/10/16

C’est la guerre ! Annoncée il y a déjà quelques mois maintenant, la tournée « Battle Of The Bays » s’annonçait déjà exceptionnelle ! Le package « Obituary/Exodus » accompagné de Prong et King Parrot se devait de retourner l’Aéronef ce soir ! Alors aucune excuse n’était tolérée ! Tout le monde était invité à se rendre sur le ring pour fracasser quelques crânes ! 

Le choix d’Obituary en tête d’affiche peut être assez surprenant. Surtout quand l’on s’imagine qu’Exodus raflerait l’adhésion de tout un public Thrash avec ses rythmiques débridées par rapport à Obituary pour qui le show se concentrerait plus sur des alternances entre mesure et démesure, modéré et immodéré… 

Nous arrivons à 18 heures sur les lieux, les metalheads se sont déjà bien appropriés les abords de l’Aéronef ! L’heure était donc à l’Apéro, à l’échange et au partage des souvenirs que les fans entretenaient avec les groupes présents sur l’affiche. Pour certains, il s’agissait là d’une grosse surprise de voir Prong à Lille puisqu’il faut l’avouer: la formation se fait très rare dans le nord. Elle se contente souvent d’un simple arrêt sur Paris laissant ainsi ses fans provinciaux orphelins... Quant à Exodus et Obituary, c’est une toute autre histoire. La rédaction est bien habituée. Ils sont partout, mais elle ne louperait pour rien au monde une de leurs prestations tant la qualité des shows est monstrueuse. 

Une fois entrés dans la salle, nous nous ruons vers l’espace merchandising, faisons nos affaires et saluons quelques têtes. Nous nous retrouvons enfin devant la scène où King Parrot commençait à brancher ses guitares. Aucune annonce, les australiens déboulent  et envoient ce qu’ils savent faire de mieux, un Death/Grind parsemé de touches Punk/Hardcore. Et si la formation ne nous avait pas pleinement convaincus en studio, elle a montré qu'une toute autre dimension était en jeu sur scène. Le concert est particulièrement vif et le son impeccable. 

Aucun temps mort, King Parrott enchaîne les morceaux de Bit Your Head Off et Dead Set, des titres où l’humour gore est de circonstance ! Le groupe s’amuse et le fait savoir. Ça jump, ça court et ça montre son postérieur. Mais ne vous y méprenez pas ! Derrière cette mascarade et ce ton jovial se cache un groupe qui sait clairement où il va. La preuve en est, les premiers mouvements de foule se forment instantanément dans la fosse. Matt « Youngy » Young n'y est sans doute pas pour rien ! Il déverse un flot d’énergie et de liquide sur le public si bien que certaines personnes en ont perdu la raison ! Oui, vous l’avez sans doute vu, ce quarantenaire totalement sous l’emprise des cris du frontman... Il avait totalement perdu la tête ! Il n’arrêtait pas de crier ! 

Prong à Lille ! Une véritable denrée rare sur les Terres-du-Nord ! Beaucoup de mes proches ne cessaient de me dire du bien à son sujet ! Il faut dire que le groupe, véritable pionnier du Neo Metal, avait fait parler de lui au début des années 90 en tournant avec un certain Faith No More après avoir publié Beg To Differ. Certes, le groupe n’était peut-être pas le plus attendu de la soirée… mais un bon nombre de ses fans n’avait fait le déplacement que pour voir Tommy chanter quelques-uns de ses classiques et quelques titres issus de ses derniers albums, Songs From The Black Hole et X - No Absolutes

Le power trio enclenche la machine sur « Eternal Heat » issu de Carved Into Stone. Premier constat, le son est particulièrement propre bien que le frontman ait souvent été amené à signaler quelques problèmes concernant les retours ! Quoi qu’il en soit, cela ne perturbe pas le concert. En confondant leurs classiques et leurs titres plus récents, les trois membres de Prong voulaient sûrement montrer qu’ils étaient toujours dans le coup. Et ce n’est pas « Unconditional » qui nous contredira. La recette est restée intacte et le titre, pourtant de 1991, n’a aucunement vieilli et fait des émules au sein du public ! Ça claque ! La prestation frôle la perfection et il est agréable de voir que Tommy n’a pas perdu son charisme d’antan. Si ses allocutions étaient sommaires, il n’a pas oublié de saluer le public lillois comme il se doit. Les petits « Merci Lille », « Nous vous aimons » étaient quand même bien sympathiques à entendre… Mais que s’est-il passé niveau public ? Pendant la première partie du set, ce dernier semblait amorphe et ne portait que très peu d’attention au groupe. À croire que les titres « For Dear Life », « Ultimate Authority » et « Beg To Differ » n’intéressaient guère le public. 

Heureusement que les fans de la première heure étaient là pour mettre l’ambiance ! Ils ont emmené dans leur sillage une petite partie de la fosse à s’entrechoquer lors des derniers titres de la soirée: « Cut and Dry » et « Whose Fist Is This Anyway ? ». Mais bien sûr, si ce dernier a bien fonctionné dans la fosse, ce ne fut qu’un leurre comparé au succès recueilli par « Snap Your Fingers, Snap Your Neck » issu du même album que « Whose Fist Is This Anyway ? ». Bref, c’est le carnage et tout le monde prend son pied dans la fosse. Le constat est donc sans appel, Prong a assuré, mais le concert paraissait un peu froid. Peut-être est-ce parce que les fans n’étaient venus que pour Obituary et Exodus ? On ne sait pas. 

« Exodus ! Exodus ! Exodus ! », une petite bière au bar et voilà que je me retrouve avec une armada de vestes à patchs qui n’attendaient qu’une chose: foutre un bordel dans la fosse, exploser quelques mâchoires et tourbillonner dans le pit. Mais en attendant, nous prenons notre souffle et observons bien la foule et nos futurs copains de jeu. Il y avait les pères de famille qui conseillaient à leur fils de faire attention car « Exodus, ce n’est pas comme Prong, il y a du mouvement » et les autres qui chantaient « Screaming For Vengeance » (la musique passait en fond sonore)… Pendant ce temps, la rédaction se préparait physiquement et voilà que les lumières s’éteignent. 

Les arpèges de « The Ballad Of Leonard And Charles » retentissent dans la salle. Et quelques secondes après, les premiers accords gras prennent le relais, et le public qui semblait assoupi se réveille, commence à danser, salue Steve « Zetro » Souza et ses comparses ! Gary Holt est toujours absent, mais son successeur, Kragen Lum, assure toujours autant. Quand va t-il être officialisé ? On ne sait pas, et pourtant il le mérite tant sa prestation n’a rien à envier à Gary Holt ! Le concert se poursuit et c’est un véritable best-of que propose le groupe. Mais pour l’heure, il faut promouvoir quelques titres récents comme « Blood In, Blood Out ». Quelques roulements de batterie et une rythmique agressive, le public n’a pas le temps de reprendre son souffle qu’un raz-de-marée de slammeurs s’empresse de déferler sur les fans présents au premier rang. Ça décoiffe. En parlant de Blood In Blood Out, le groupe n’a pas oublié d’interpréter l’autre titre phare de la galette: « Body Harvest ». Ce dernier est introduit par Steve comme un morceau qu’il adore interpréter en live car la thématique abordée (collectionner des restes humains) est très intéressante. Nous aussi avons pu collectionner quelques restes humains ce soir… 

Et pourtant, le public est loin d’avoir dit son dernier et Steve « Zetro » Souza non plus ! Le frontman avoue être surpris et heureux à la fois par l’accueil que lui a réservé le public nordiste. Il faut dire que ça faisait au moins 31 ans que le groupe n’avait pas posé ses flightcases dans la région. Pour marquer le coup, le groupe est remonté dans le temps en interprétant une belle panoplie de titres issus de son premier album, Bonded By Blood ! Pas moins de quatre morceaux: « Bonded By Blood », « Piranha », « And Then There Were None » et « Strike Of The Beast » ont été joués ce soir, de quoi raviver la flamme des nostalgiques de l’ère « Paul Ballof ». Incroyable. Ces titres, devenus de véritables hymnes, continuent de faire vibrer le sol et les lillois qui s’improvisent un tournoi de catch dans l’enceinte de l’arène de l’Aéronef. Mais, rassurez-vous, d’autres titres tels que « Deranged » et autres « Blacklist », War Is My Shephard » ont également reçu un excellent accueil. Le son est excellent. Ça tambourine les trouffions, c’est hyper carré et enfin, chaque musicien donne le meilleur de lui-même ! Le public est enragé et transpire comme jamais…

La violence est donc au rendez bien que le groupe ait fait l’impasse sur « A Lesson In Violence »… Mais attention, le bon vieux père Retro appelle chacun des metalheads à bien se comporter dans le pit et faire attention aux coups portés. Il serait bien trop dommage cette fêt ne se termine en bain de sang… Et pourtant, cela ne l’a pas empêché d’organiser un énorme Wall Of Death lors du rappel: « Toxic Waltz ». Bref, le concert d’Exodus a rempli toutes ses promesses et nous leur donnons donc rendez-vous lors d’une énième tournée des festivals. À bon entendeur. 

PS: Steve Souza était particulièrement en forme ce soir et visiblement ravi de rencontrer de nouvelles personnes, ce qui l'a amené à faire venir un jeune sur scène. Pas mal ! 

Obituary est partout ! Et surtout, il est incroyable de voir que le groupe arrive toujours à se greffer à des tournées mémorables. Souvenez-vous, l’année dernière, à la même époque, il y avait cette fameuse tournée qui rassemblait Voivod, Napalm Death, Carcass et Obituary sur la même affiche. C’était à l’occasion du Deathcrusher Tour ! Quelle purge ! C’est un peu la même chose en 2016 avec cette tournée ! Le public se restaure, prend l’air et revient plus en force que jamais dans le pit, qui commence pourtant à se vider dès que les frères Tardy ne foulent la scène de l’Aéronef ! Le groupe instaure une ambiance lourde dès l’instrumental « Internal Bleeding » suivi de près par « Words Of Evil » et « Chopped In Half ». Encore une fois, la rigueur est au rendez-vous, rien n’est laissé au hasard, et c’est surtout l’alternance entre parties endiablées et solennelles qui feront mouche dans le public ! Certes, le pit est bien moins impressionnant que celui d’Exodus… Mais nous avons eu affaire avec ce genre de gaillards qui connaissent les morceaux sur les bouts des doigts et qui boivent à coup de chopes les cris de John Tardy ! Fabuleux ! 

Pendant tout le gig, le groupe aura su varier les parties plus lourdes et frénétiques, et n’a cessé de jongler entre instrumentaux et parties chantées. Malheureusement, cela a donné l’impression que John Tardy manquait de souffle de temps à autres. Il semblait quelques fois manquer d’assurance sur ses parties. Pas grave. Ça suit comme il faut derrière ! Le plus surprenant étant la constance dont fait preuve le tandem Donald Tardy et Terry Butler, c’est carré et ça bute comme il faut sur « Dying », issu de Cause Of Death. Moment particulièrement transcendant où il a été possible de discerner les différentes alternances entre caisse claire et ride pendant la deuxième moitié du morceau. Détonnant. 

Le dernier album de la formation avait déjà bien tourné sur notre platine et il faut l’avouer, la qualité était bel et bien revenu. Darkest Day était carrément moyen,  mais Inked In Blood a montré une formation qui avait su se remettre en question…Les dernières pépites issues de ce méfait n’ont laissé personne indifférent dans la salle notamment les titres « Visions In My Head » et « Centuries Of Lies ». Ça bute bien fort et les fans s’en donnent à coeur-joie. 

Nouveau show, nouvel EP, le Ten Thousand Ways To Die… Rien ne semble arrêter Obituary. Et le nouveau morceau « Loathe » a été mis en avant bien comme il faut ! Le concert étant découpé en deux parties distinctes, le groupe a prouvé que le nouveau titre, rempli de lourdeur, s’inscrivait bien dans la suite logique de Inked In Blood. Obituary en live, c’est aussi une belle pioche de titres issus de Slowly We Rot. Vous savez, ces morceaux, précurseurs du mouvement Death Metal, hyper gras, lourdeur, bien dégueulasse comme il faut: « Til Death » et « Slowly We Rot ». Ils se sont chargés de conclure un gig déjà chaud bouillant. Et ce jeu de lumière ! Le backdrop, pourtant simple en apparence, s’associait bien au jeu de lumière composé de teintes de couleurs: rouge, jeune, bleu… Il y en avait pour tout le monde et les effets de couleur laissaient apparaître un logo plus vif que jamais. Quel show ! 

Quelle soirée ! Et tout le monde sera d’accord pour dire que le combo Obituary/Exodus était particulièrement excellent, et pertinent, à un détail près. Oui, il aurait peut-être plus rigoureux de placer Exodus après Obituary. Car il faut avouer que les rythmiques lourdes d’Obituary n’étaient pas au goût de tout le monde, conduisant les fans de Thrash à vider la salle de manière assez prématurée…