Orakle - Eclats

Après sept ans d’absence depuis leur deuxième album « Tourments & Perdition », les français d’Orakle sont de retour ! Le 11 mai 2015, la sortie de Éclats annonce leur comeback dans le paysage. Sous le label Apathia Records (Pryapisme, Void Paradigm), ce nouvel album de huit titres et d’une durée de près d’une heure semble apporter un vent de nouveauté dans le style musical du groupe, n’en déplaise à certains puristes.
La première chose que l’on relève est la différence de style flagrante entre l’artwork de cet album et ceux des précédents : on s’éloigne des codes du black metal tels que arbres torturés ou forêts sinistres, pour passer à un buste énigmatique, réalisé pour l’occasion par le sculpteur français Robert Le Lagadec. Mais si cet artwork laisse supposer une peau neuve, tant figurativement que par sa différence avec les précédents, est-elle confirmée par le contenu de l’album ?

Dès les premières notes, le ton semble donné avec le titre « Solipse », qui annonce un chant alternativement saturé et clair, ce dernier étant dominant sur cet album contrairement aux précédents où il était beaucoup plus rare. Les riffs sont techniques et très travaillés, tout semble avoir été étudié au millimètre près. On note également une production beaucoup plus propre que sur ses prédécesseurs, avec notamment une ligne de basse parfaitement audible et mise en avant comparé aux précédents enregistrements ou elle se faisait plus discrète.


On s’aperçoit très vite de la richesse de ce contenu lorsque l’on se rend compte de la difficulté de classer cet album dans un style musical précis. Eux-mêmes se définissent comme étant de l’extrême progressif, et il est vrai que l’on retrouve majoritairement des sonorités propres au genre, rappelant des groupes tels que Tool, notamment sur le morceau éponyme « Aux Éclats », tant au niveau du chant que de l’instrumentation. L’introduction de « Nihil Incognitum » avec ses chœurs n’est pas sans rappeler certaines intros des suédois de Bathory, monuments et pionniers du black metal, et pourtant ce même titre se termine sur des sonorités évoquant le stoner ou le rock psychédélique. Le morceau « Bouffon Existentiel » quant à lui, présente clairement des influences death metal technique évoquant les bordelais de Gorod. Sur « Le Sens De La Terre », le groupe nous offre un titre de dix minutes commençant comme une ballade et qui monte peu à peu en intensité, jusqu’à un rythme plus soutenu et un chant saturé qui transporte l’auditeur de manière si prenante que ces dix minutes en paraissent moitié moins. Tous ces éléments font qu’il est très difficile de mettre cet album dans une case : même si l'on observe une dominance de metal progressif, il ne peut pas être réduit à ce seul style tant ses influences semblent nombreuses et ses sonorités diverses. La chose à retenir est l’aspect très technique des morceaux, où chaque riff semble avoir été affiné jusqu’à la perfection pour se marier au mieux avec un chant très mélodieux : on sent une finition à la limite du perfectionnisme.


Tout ce qui vient d’être dit semble pourtant s’opposer au style dans lequel le groupe évoluait lors de ses précédentes productions : le black metal atmosphérique. En effet, finis les riffs mineurs lancinants et les sons un peu « raw » propres au black metal. Les fans les plus puristes et les amateurs de leurs premiers enregistrements risquent de ne pas apprécier cette évolution qui pourrait être qualifiée de moins instinctive, pas « trve »...
Pourtant, malgré cette évolution inattendue, on ne peut que reconnaître la qualité de cet album, tant sur le plan musical qu’au niveau des paroles. Les textes peignent un tableau inquiétant et tourmenté, avec un cynisme et un pessimisme décomplexé : sur le morceau « Humanisme Vulgaire » qui conclut l’album, la phrase « le monde est un échec » est prononcée plusieurs fois, et semble assez bien résumer l’état d’esprit général de cette production.

En conclusion, on peut dire que la promesse d’une peau neuve annoncée par un artwork novateur est largement tenue, pour le bonheur de certains et la déception d’autres. Cette réorientation musicale peut expliquer ces sept ans d’absence, qui semblent avoir été utilisés à bon escient puisque le groupe revient en beauté, et maître d’un style qui n’était pas le sien. Cet album courageux et novateur est donc une réussite, et permet de faire voler en éclats la barrière entre les styles de metal avec élégance et audace.