Otep - Generation Doom

 

Ot3p ou Otep, projet musical de Néo Métal Californien mené par la charismatique et engagée chanteuse Otep Shamaya revient cette année avec son septième album, Generation Doom (Napalm Records). Né en 2000 à Los Angeles, Otep a de suite séduit le public de L.A et Sharon Osbourne qui via son parrainage a permis au groupe d’être de la Ozzfest aux éditions 2001, 2002, 2004. Seul membre permanent du projet, la chanteuse gère le groupe tel un skipper en plein raid solitaire offrant donc un line up très changeant au fil des albums. Les années 2000, période bénie du Néo ont vu fleurir les groupes du style comme les vendeurs de muguet au premier mai au pied de chaque feu rouge, mais Otep tout comme les Limp Bizkit, Deftones, Coal Chamber, Korn ou System Of A Down a donné au style ses lettres de noblesse outre Atlantique. Les albums précédents et surtout Atavist (2011) m’étaient passés un peu à côté, pas totalment transporté, les idées étant trop linéaires et pas franchement inspirés, j'étais resté sur ma faim, car House of Secrets (2004) et Ascension (2007) furent de vraies révèlations. La question est donc de savoir si Generation Doom replace le groupe dans cette légitimé acquise avec ses deux premiers albums et la réponse est clairement oui...

line up

Otep Shamaya - Chant

Guests - Guitare, Basse, Drums


Musicalement Generation Doom s'avère être nettement plus enthousiasmant que ses deux prédécesseurs. Le Nu Metal originel et inspiré des débuts est clairement revenu estampiller l’ensemble des compositions, s’habillant d’arrangements donnant du neuf à écouter, un relief salvateur à l’album, le rendant clairement sombre mais absolument trippant.Generation Doom est solidement attaché aux racines musicales d’Otep mais on y trouve avec plaisir des options indus/metal/rock (Marilyn Manson, NIN...) sur « Zero, « Lords of War »et la très dispensable cover de Lorde « Royals », vraiment pas interéssante pour le coup et dont on se demande la raison de sa présence sur un album dont la qualité de création est réel. Passons...

« Equal Rights-equal lefts » ou « Down » se font groovys et organiques à souhait, avec un chant rageur associant Rap et Trip Hop/rock hypnotique. 

Une chose est sur, ceux n’ayant pas accroché au Néo ou aux styles apparentés ne vont pas changer d’avis... et pourtant la formule transgenre de Generation Doom se révèle pertinente, inspirée et intelligente dans son d’écriture. Otep met en avant une fusion subtile de ses références, associant aux titres des sonorités Death Métal/Rock comme sur « Generation Doom » et « God is A Gun » Plus soft avec « No Color » ou « Lie », mettant en avant des arrangements electro/Pop atmosphérique. « In cold Blood » et son refrain ultra accrocheur enfonce le clou est apparait être un véritable single, tout y est, puissance, mélodie, ambiance et partie vocale accrocheuse.

Nul doute que Head aurait pu sans mal intégrer ce titre dans son projet post Korn, Love & Death tant l'ambiance y est sombre et dérangeante. Ces trois titres formant une "respiration", un d’îlot de pseudo quiétude car même sur ces titres plus posés, les ressorts émotionnels se veulent tumultueux et tourbillonnants. Le chant, que celui-ci soit clair ou screamé, est completement maitrisé par Otep Shamaya, le groove, les placements et les options vocales tombant en accord parfait avec la musique.
Le groupe ne cherche pas à révolutionner le style, mais l’authenticité est bien là, et qui plus est, Generation Doom nous est ammené sur un plateau, l'album est un tout, réussissant le parallèle entre sa conception musicale et les textes. Les maux sociaux sont omniprésents dans l’écriture d’Otep Shamaya, une écriture profonde et poétique, constat d’une société en totale perte d’humanité comme autant de pamphlet rageur et sans appel, ses prises de positions notamment pour la cause animal sont bien connues aux States. 

 Generation Doom se révèle être un album enthousiasmant dans la carrière d’Otep, celui-ci trouvant force et richesse grâce à des arguments novateurs, justifiés et réfléchis. Otep s'éloigne donc du carcan et des stéréotypes musicaux du Néo Métal pur jus. Malheureusement, il y a fort à parier que le groupe n’aura peut être pas l’opportunité de se produire sur le continent Européen, cultivant cette frustration de ne pouvoir profiter du groupe live et là c’est bien dommage car le charisme et la prestance d’Otep Shamaya prennent une ampleur encore plus captivante sur scène.

“Je sors et vous laisse derrière moi,

 si fatiguée à me forger une vie.

 Fuyant avec une arme à feu chargée,

 il y a un nom sur la balle, j'ai peur que se soit le mien...”   

Otep Shamaya/On the Shore