Parkway Drive - Ire

 

Les vétérans du metalcore australien Parkway Drive reviennent cette année avec un cinquième album très attendu depuis trois ans: IRE (sous le label Epitaph Records qui les suit depuis leurs débuts). Fort de treize années de carrière, le combo de Byron Bay au succès planétaire a décidé de ne pas s'appuyer sur ses acquis et de repousser les limites de son metalcore vers un horizon plus éclectique, jonglant entre la violence la plus extrême et des sonorités mélodiques inattendues.

Ire était un des albums les plus attendus de la scène metal. Depuis le premier album Killing With A Smile en 2005, Parkway Drive a exploré tous les versants du metalcore, que ce soit avec le puissant Deep Blue en 2010 ou le mélodique Atlas en 2012. Après trois années de travail, les australiens décident à nouveau de nous retourner le cerveau en nous ébranlant les oreilles à coups de breakdowns et de growls puissants.

La première pépite "Destroyer" est entamée par des riffs épiques à la Iron Maiden. Les guitares sont très heavy et le chant laisse entendre la maîtrise quasi-parfaite de la voix de Winston McCall (qui a pourtant décidé pendant la prépartion de l'opus de prendre des cours de chant, chose qu'il n'avait jamais faite avant) tantôt growlée, tantôt hardcore. "Dying To Believe" est d'une violence sans égal. D'une rapidité fulgurante, le rythme de ce morceau est indéniablement hardcore. A l'écoute d'une telle prodigalité (breakdowns à n'en plus finir, paroles énervées et scandées à pleine haleine sans essouflement aucun), on comprend pourquoi Parkway Drive s'est érigé en leader d'un sillon metalcore-hardcore et a su dépasser les frontières de l'Australie. Le clip de "Vice Grip" publié en juin sur Youtube avant la sortie de l'album s'est retrouvé à la 88ème place des classements australiens, et a fait un tabac tout en suscitant une certaine polémique auprès des fans de la première heure. Les choeurs du chorus plutôt léchés donnent des allures d'arena rock du style Bon Jovi, mais après quelques écoutes, force est de constater que ces échos se fondent parfaitement dans la structure et la rythme du morceau.

Avec "Crushed", nous tenons une des pièces maîtresses de l'album. Après une intro un peu orientale et mystique, des sonorités épiques et chaotiques s'imprègnent dans la chanson. A la croisée entre un Korn et un Rage Against The Machine, les ambiances froides et métalliques autant que le growl rappé sont mis à l'oeuvre de paroles engagées et d'une actualité acerbe: " It's cash, blood and oil, in the age of the refugee, /They're trying to buy our minds, we ain't selling". A l'écoute de "Fractures", l'influence d'un Maiden se ressent de nouveau. Quelques choeurs viennent à nouveau renforcer la puissance de la chanson, non pour l'adoucir mais au contraire afin d'intensifier la puissance et la violence d'une pépite hantée par l'hérésie. "Writing On The Walls" s'annonce comme LA révélation de l'album. A la manière du metal symphonique, quelques violons et piano viennent apporter un souffle nouveau au paysage musical de Parkway Drive. D'une voix presque susurrée et chuchotée, une mélancolie durable s'instaure au sein du morceau, toujours au service d'une colère lyrique.

"Bottom Feeder" ainsi que "The Sound Of Violence" sont des morceaux moins surprenants que ce qu'Ire a apporté à l'auditeur jusqu'à ce stade de l'écoute. De facture metalcore classique, les riffs sont bien balancés, et efficaces sans être extraordinaires. L'intro de "Vicious" ressemble beaucoup au "One" de Metallica. Très heavy et old-school, la voix qui tend dans les graves et est moins growlée, fait songer à Iced Earth. La fin de la chanson est hypnotique, on se perd dans un metal aliéné et transcendant. Classique et hypnotique. "Dedicated" est un hommage à l'histoire du groupe et à ce qu'il a traversé, tout en breakdowns sincères et virulents, taillés pour les moshpits. Enfin, "A Deathless Song " clôt, un peu à la manière de "Blue And The Grey" sur Atlas, un album forgé à la dynamite avec de la guitare acoustique. Progressivement, chaque instrument se rajoute afin de servir une puissance mélodique souveraine.

Ire connaît déjà un franc succès depuis sa sortie en septembre. De nombreuses dates prévues aux Etats-Unis et un peu partout en Europe sont déjà sold-out, preuve que ce dernier opus fait l'unanimité auprès des auditeurs qui se ruent aux concerts des australiens. Bien connus pour leurs prestations live incroyables. Outre sa réputation de bête de scène, le groupe de Byron Bay montre que s'il a pris son temps pour réaliser son cinquième effort, ce n'était pas pour brûler la chandelle par les deux bouts mais au contraire pour cristalliser sa production afin d'obtenir un résultat flamboyant.