Poumon - Apocalypse Needs You

Poumon est un combo à coloration fortement Do It Yourself qui puise ses influences dans le noise, le sludge, le stoner et, fait capital: les séries Z. Nous ne saurons donc pas étonnés de constater que la quartette composée de deux paires de frères originaires de Saint-Etienne/Valence met parfaitement en valeurs les liens du sang par le biais de l'hémoglobine présente tout au long de l'écoute de l'album. Une production qui fera suinter vos tympans en vous faisant réaliser, que oui, l'Armageddon existe, il arrivera à son terme et le programme qui nous le prédit porte un nom: Apocalypse Needs You.

Line-up :

Lorrain de Villoutreys (batterie)
Hugo de Villoutreys (guitare)
Daniel Arnoux (synthés, guitare, chant)
Pierre Arnoux (basse, chant)

Apocalyspe Needs You est la première autoproduction des 4 enfants terribles de la Loire plus connus sous le nom de Poumon. Avant toute chose, cher lecteur, il faut savoir que si tu es une âme sensible, et que tu es sujet aux attaques cardiaques, tes poumons à toi ne vont plus fonctionner, et ils iront alimenter LE Poumon à sa source qui, en une quarantaine de minutes, changera radicalement ton existence.

La pépite explicite Preacher débute sur une bande qui vous déshonorera et vous fera sentir névrotique, comme dans un huis-clos, et ce, où que vous soyez. L'instrumental qui lève le voile sur le début de l'album avant l'annonce fatale du chanteur fait au peuple récitant une révision de l'enfer "listen to me you sinful people, we are going to pay for all our faults, and the punishment will be terrible" est extrêmement puissant. Les synthétiseurs et la batterie s'emmêlent dans un désordre curieusement bien ficelé, et qui pastiche un intérêt des zombies tout aussi marquant qu'un grand film qui serait réalisé à cet effet.

Oui, si l'absolu de la zombie-movie existait, il faudrait que ce soit la corporation transpirante, lancinante, que constitue Poumon qui l'illustre en BO. I Set Fire To Your House est un bijou DIY qui prouve que la formation de nos frères est inclassable. Post-Rock et noisy, cette pépite est un courageux alliage de sonorités modernes et old-school impossibles à estampiller, et c'est une aubaine pour le groupe, qui n'aura pas à être rangé dans une case. Lourdes et omniprésentes, les guitares savent également fretter modérément, avec retenue, pour une équité remarquable. La basse, quant à elle, souffle sur vous tel un mistral et la batterie domine les morceaux grâce à sa rythmique qui vous prendra constamment au dépourvu. Serait-ce la marque de frabrique du groupe ? La voix, punk et enrouée, angoissante, décrie parfaitement une atmosphère vénéneuse, venimeuse où il est bien précisé que "quelques minutes foutront en l'air ta vie (" a couple minutes to fuck up your life"). Fait qui s'avère véritable à l'écoute de cette chanson.

Le curieux titre The Revenge Of A Dishonored Horse vous rendra impatient. Un chant onirique et langoureux, qui nous bercerait presque au début du morceau qui s'éveille ensuite pour laisser place à un volcan en ébullition, ou bien à l'explosion de la Cité reproduite sur la pochette d' Apocalypse Needs You réalisée par le groupe lui-même. Un chant d'une technicité que l'on a envie d'applaudir, ou bien de gémir en se mettant à genoux et en implorant Lucifer de, avant qu'il nous entraîne dans sa viscérale chute, pouvoir encore écouter ce morceau quelques dizaines de fois. Bien professionnel pour une progéniture ensemencée dans les conditions d'un live que l'on peut avoir l'occasion de comparer aux Deftones et à ChinoMoreno pour ce coup-ci. Les instruments nous rendent languissants, comme le bidon d'essence qui attend l'allumette.

A Candlelit Dinner nous fera nous rendre compte à quel point l'aventure auditive d'Apocalypse Needs You est parsemée de paysages mélodieux variés, enrichissants, détonnants. Pourquoi achèteriez-vous un bouquin pour découvrir les divers styles musicaux alors qu'avec forces images sonores, Poumon illustre très bien cet éclectisme ? Une voix qui ne se prend pas au sérieux démarre sur quelques riffs jazzy, le tout pour nous surprendre un peu plus grâce à des paroles aidées par l'humour de son/ses (?) auteur(s) : "Tonight i'm cooking my wife, It will be delicious with some red wine"; le tout pour un repas auditif intéressant.

Zombie Tic Attack se laisse entamer dès les premières notes par une intro instrumentale qui n'est ni moins chaotique, ni moins structurée que peut l'être celle de Preacher. Une voix toujours aussi saignante qui honore la série Z on ne peut plus à merveille par la ponctuation des "Tick attack, tick attack", le tout se clotûrant par un métal que nous qualifierons de mélodique.

Run Little Bastard semble dès le début, vouloir accorder une minute de souffle à son auditeur avec des instrus plus rock que les précédents morceaux, et une voix qui se fait presque indie. Totalement éclectique on vous dit. Mais espérer une ballade aurait été exagéré: le tout grimpe en fusion pour une colère marquée dès le refrain ; " Why the fuck are you playing with scissors?" où chants clairs et criés s'alternent.

A l'écoute de Do It, Abraham, Do It, onressentirait la souffrance de quelqu'un marchant sur des clous. A la fois lent et lourd, cette pépite ne vous laissera aucun répit. Les instruments se réveillent les uns après les autres, comme des rescapés de guerre, ce qui nous révèle ce que nous pensions déjà: un pourmon abusé par la nicotine se porterait peut-être mieux que "l'innocent boy" dont il est question dans notre prévision apocalyptique auditive en question. Worms est, quant à lui, le morceau le plus long du groupe, qui en profite pour se faire langoureux et irritant et de plus en plus mélodique et lent au fur et à mesure de la chanson regorgeant de synthés suggérant une plainte.

En revanche, Fukushima Mon Amour redouble d'une énergie convergeant avec une névrose, la névrose qui indique, que oui, il faut bien clotûrer l'album, alors autant le faire avec brio et en mettre plein la vue. Oui, notre mélomane en aura eu pour ses oreilles et oui, il guette bien au coin de la rue l'appararition d'un assaillant vert prêt à lui sauter dessus à tout moment. La composition de ce dernier morceau qui s'avère être le plus surprenant, disjonctant de l'album, serait adéquate pour rythmer une course poursuite.

Apocalypse Needs You est certainement le meilleur titre choisi pour un album qui transpire la fin du monde à chaque nanoseconde. L'apocalypse a besoin de nous et elle nous le fait savoir. Si Baudelaire et Mary Shelley avaient été amants, le produit de Poumon aurait été sans nul doute été leur avorton, avec une note humouristique supplémentaire. Le Do It Yourself existe encore au XXI ème siècle, et si vous n'en êtes pas encore persuadés, il vous suffit d'écouter ce petit joyau de quarante minutes qui, en plus de cela, vous convaincra que la scène metal underground français n'a pas à rougir de ses musiciens. L'Amérique n'a qu'à bien se tenir.