Raven - Interview - Lyon - Le Marché Gare - le 28/09/15

Nous avons profité de la première venue à Lyon des deux frères Mark et John Gallagher et de Joe Hasselvander, membres du power-trio Raven, un des groupes nés au sein de la NWOBHM, pour discuter avec eux du passé et de l'actualité du groupe.

Pour démarrer l'interview, je leur présente une version vinyle de Wiped Out, leur second album (sorti en 1982)  :

Que vous rappelle cet album  ? 

Crazy time ! On a réalisé tout l'album en une semaine: enregistrement, mixage. On voulait un album de dingue et on l'a eu  !

Aviez vous conscience à ce moment, avec Iron Maiden, Saxon, Tygers Of Pan Tang et autres, en faisant partie de la NWOBHM, que ce mouvement allait influencer nombre de personnes  ?

Non, aucunement. Pas de projection, nous étions dans l'instant présent. Personne ne pouvait prédire que ce mouvement allait prendre autant d'importance.

Après l'album All for one ( dont le duo avec Udo Dirkshneider ) vous signez aux US avec Atlantic. Sort Stay hard et de nombreux fans à ce moment disent que vous avez perdu votre âme. Êtes vous d'accord avec ce jugement  ?

Je pense que nous nous sommes rendus compte de certaines choses: nous subissions une pression particulière afin d'être plus "commerciaux".Encore plus sur l'album The pack is back. Les gens d'Atlantic voulaient que nous ressemblions à Kiss, Bon Jovi. Musicalement et visuellement. D'où un look différent et des morceaux un peu plus "commerciaux", plus "soft". Mais il y a quand même de bons morceaux sur ces albums. Nous avons eu des discussions entre nous, nous préférerions être nous même mais naïfs, nous avons suivi les conseils. Avant nous étions en studio trois jours et là nous y passions trois mois ! (Rires)

Il y avait plus de claviers, de choeurs, de production…

Oui, nous avons appris à dire non  !

Etait ce le "vrai" Raven à cette époque ? Etiez vous obnubilés par les passages radio et les radio hits  ?

Non, pas obnubilés mais il n'y a rien de mal à vouloir obtenir du succès, passer en radio ou être classés dans les charts. Nos morceaux à l'époque étaient une partie de ce que nous sommes. Etaient présents la structure des morceaux, la mélodie, la démence. Mais peut être qu'il y avait plus de mélodie que de folie. La balance est difficile. Et tout a changé quand ce fou (désignant Joe, le batteur) a intégré le groupe. Il a apporté le côté Heavy qui nous manquait. Et que l'ancien batteur n'apportait plus.Nous étions arrivés à un point où nous nous sommes dits: « Ok, faisons un album qui nous ressemble ».

A l'époque, vous aviez changé votre façon de composer et jouer votre musique..

Oui, à l'époque, tout était planifié, joué avec plus de "métier" que dans l'instantanéité. Nous avions un peu perdu notre spontanéité. Jouons et voyons ce que cela va donner. Et çà aurait toujours dû être comme çà  ! Repartons du début  ! 

Vous avez joué devant 70 000 personnes en première partie de Metallica, vous jouez maintenant dans des clubs ou tout au moins des salles plus petites. Quel est votre scène favorite ? Êtes vous les mêmes dans les deux cas ?

On aime les deux. L'approche de la scène est différente. En Stadium, il faut être un peu plus "calme" car la réponse du public est plus longue à venir qu'en club où la proximité avec les fans nous permet de dialoguer. En Stadium il faut créer l'ambiance. Mais nous sommes toujours nous mêmes.

Avec le recul, changeriez vous certaines choses dans votre carrière  ?

Non ! Comment peux tu apprendre si tu ne fais pas d'erreurs ? Tu dois apprendre pour progresser. S'il n'y avait pas eu "d'erreur" nous n'aurions pas rencontré Joe. Peut être que le groupe aurait alors arrêté.

Mark a été victime d'un accident (un mur s'est écroulé sur ses jambes en 2001). Avez vous pensé arrêter le groupe à ce moment  ?

Pour être honnête, on prédisait à mon frère qu'il ne pourrait plus marcher. La seule chose importante à ce moment a été sa santé. Nous n'avons pas pensé au groupe. Nous avons discuté entre nous et avons décidé de nous rapprocher avec notre famille de lui. Nous avons traîné de droite à gauche: il était en chaise roulante et c'était un avantage lorsque nous allions à Disneyland, nous passions en priorité ! ( NB  : il a fallu quatre ans à Mark pour recouvrer l'intégrité de ses jambes). Nous avons recommencé à donner des concerts avec lui en chaise roulante. Très bizarre. Puis avec des attelles. En 2005 nous avons pris part à des festivals et avons commencé à penser à un album qui a finalement vu le jour en 2006:  Walk through fire.

À vos débuts vous étiez présentés comme un groupe "fun",mais en listant certains de vos titres tels que  "Destroy The Monster", "No Surrender", "Life's a Bitch", "Extermination" il semblerait que ce ne soit pas tout à fait exact ! Vous êtes en guerre contre qui, contre quoi ?

Nous sommes en guerre contre les grosses sociétés, la finance, les hommes de loi, les banquiers: "The Monsters" .Et de plus c'était faux de nous présenter comme un groupe seulement "fun". Ecoute des morceaux du premier album tel que " Don't Need Your Money" par exemple. Mais en général, nous sommes plus positifs que négatifs comparés à d'autres groupes heavy. Dans le contenu et dans l'attitude. Nous sommes fous mais avec le sourire. Nous traitons aussi bien de sujets sombres que fun.

Quand tu es fan, c'est vrai qu'il est difficile d'imaginer que le groupe soit concerné par les problèmes actuels de société.

C'est vraiment intéressant de discuter avec les fans au sujet du dernier album. Ils le comprennent vraiment et parfois mieux que nous mêmes  ! C'est une vraie révélation.Ils comprennent le message.

Maintenant que vous vivez aux Etats Unis, vous tenez vous au courant de ce qui se passe en Europe ?

Oh oui ! Le monde est beaucoup plus petit avec Internet, la Télévision ...Et on se tient au courant de ce qui se passe dans le monde

Vous avez tourné un peu partout dans le monde, y a t il un public qui sort du lot  ? 

Les publics sont globalement identiques exceptés au Japon et au Brésil où ils sont complètement fous  !  Certains sont de vrais passionnés. Les anglais du sud et les américains sont plus "lents". Le public Metal est une tribu mais tout le monde est cool. A part les gens qui portent des costumes  ! (Référence aux banquiers, avocats, gens des maisons de disque) . « What you see is not what you get  ! ». Les Metalleux sont vraiment des gens authentiques.

Que diriez vous à un fan qui vous découvre  ? Comment vous définiriez vous  ?

Pas beaucoup de groupes nous copient. Difficile à faire  : je joue de la basse et chante à ma façon, Mark joue de la guitare à sa façon et Joe aussi est unique. Difficile de nous cataloguer. Nous somme Heavy et Rock’n’Roll. Au bout du compte, il y a deux types de musique  : la bonne musique et la "shit" music ! (Rires) Et nous ne faisons pas partie de la catégorie "shit music"  !

Quel est l'album préféré de vote discographie  ?

Le dernier ExtermiNation et Live at the Inferno . Ce dernier est celui qui nous représente le plus à un certain moment. Pour ExtermiNation nous voulions que celui ci soit le meilleur de notre carirère et il semble que nous y soyons arrivés car les réponses des fans sont toutes positives. Ils réclament tous les nouveaux morceaux en live. Il y a neuf albums entre les deux.

Vous avez changé votre façon de jouer, de composer, entre ces albums, non  ?

Oui, nous avons changé mais il y a toujours des éléments du début sans pour cela être " old fashion".Chaque album est différent. Sur le premier album nous avons appris à jouer ensemble, puis à jouer en studio, et ainsi de suite. On évolue à chaque fois. Maintenant nous savons ce que nous voulons comme éviter les chorus ou plans de batterie de quinze minutes. On ne fait pas du surplace. On va droit au but  : nous cherchons ce qui fonctionne, ce qui "tape", ce qui "tue". Il faut savoir tuer le morceau avant qu'il ne devienne ennuyeux. C'est le boulot du producteur. Maintenant nous n'en avons plus besoin, juste un ingénieur du son. On apprend l'un de l'autre. Nous avons réalisé une grande progression de  Walk through fire à ExtermiNation . Nous nous préparons à avoir beaucoup de travail pour le prochain album. Notre défi est de faire encore mieux  !

Vous êtes originaires de Newcastle, suivez vous les résultats de votre équipe de foot  ?

(En choeur !) Oui ! On a failli battre Chelsea ! ( Rires) Seulement failli ...

J'ai découvert des musiciens simples, vraiment sympathiques, pas éloignés des préoccupations de tous les jours et qui vivent vraiment leur musique. Je leur souhaite de pouvoir continuer à nous donner toujours autant de plaisir sur scène. Et si ce n'est déjà fait, jetez donc une oreille sur ExtermiNation, vous prendrez votre dose de heavy sans problème !