Satyricon - Nemesis Divina


Vingt ans. C’est le temps qui nous sépare de la toute première édition de Nemesis Divina, à une époque où Satyricon était encore considéré comme l’un des plus grands groupes de black metal. À l’occasion, donc, du vingtième anniversaire de cet album, Napalm Records propose une version remasterisée de cette production majeure des légendaires Satyr et Frost. L’opportunité pour nous de nous plonger, ou de nous replonger, dans la période faste du groupe norvégien.

Peu importe ce que nous pensons de Satyricon, nous ferions preuve d’une mauvaise foi à toute épreuve si nous n’affirmions pas qu’il s’agit d’un groupe pionnier de la deuxième vague du black metal. Dans un style autrement plus accessible que les quelques Mayhem ou Darkthrone, notamment sur cet album Nemesis Divina, Satyricon est parvenu à se faire un nom sur la scène black metal internationale et à conquérir un public très large.

Malheureusement, et comme sous-entendu précédemment, les albums suivants proposés par le groupe norvégien furent loin de satisfaire les fans puristes, toujours plus déçus par le brutal virage musical emprunté. S’il n’est ici nulle question de revenir sur ces albums, force est de constater que Satyricon n’est plus le groupe qu’il a été dans les années 90. Les plus jeunes d’entre nous, moi le premier, n’ont probablement pas connu la fantastique époque de la trilogie médiévale de Satyricon, composée des albums Dark Medieval Times, The Shadowthrone et Nemesis Divina. Ce dernier est considéré comme la pièce maîtresse du groupe, et c’est à ce titre que nous pourrons jouir de sa réédition à partir du 20 mai prochain. Redécouvrir le groupe ? Sans nul doute. Le ranimer ? Rien n’est moins sûr.

Si la qualité de Nemesis Divina n’est plus à prouver, nous sommes contraints d’admettre que le travail de remasterisation n’est pas à la hauteur des attentes exprimées vis-à-vis d’un groupe comme Satyricon. Le rendu général de l’album est, certes, plus fluide, mieux travaillé et procure des sensations globalement plus pénétrantes à l’auditeur, et le titre "Mother North" apparaît en effet plus que jamais comme le titre mémorable du groupe.

Mais là où cet album déçoit, c’est dans sa perspective à offrir quelque chose de nouveau sur le plan musical aux adeptes du genre. Aucun titre bonus n’est à signaler, pas même une malheureuse piste live inédite tirée d’un concert donné durant la période d’opulence du groupe. Pour un album de cette envergure, c’est plus que frustrant. Quoiqu’il en soit, n’importe quel adepte de black metal se retrouvera dans cet album, devenu un classique du genre. Les titres "Du Som Hater Gud" et "Immortality Passion" constituent à peu de choses près ce que Satyricon savait faire de mieux, et la magnificence de "Mother North" vous transportera vingt ans en arrière, à une époque où le black metal proposé par le duo Satyr - Frost n’était pas aussi décrié que maintenant.

Au moment de sa sortie, Nemesis Divina était considéré comme un album très innovateur sur le plan musical. Satyricon était en effet l’un des premiers groupes de black metal à inclure des sonorités au clavier, et c’est l’une des raisons pour lesquelles cet album eut un franc succès. La réédition de cette excellente production permet avant tout aux plus jeunes de se rappeler au bon souvenir des prometteuses années de Satyricon. Mais cette entreprise apparaît surtout comme une tentative de la part de Napalm Records de raviver la flamme brûlant autour du groupe norvégien. Pour y parvenir, il aurait sans doute fallu proposer autre chose qu’un simple réédition édition de l’album, et cela ne redorera sûrement pas le blason de Satyricon.