Scorpions, Europe - Zenith de Lille - Le 21/11/15

Beaucoup de fans avaient bravé les averses et combattu le froid avec hargne afin de se retrouver au pied de la scène. Ces aficionados ont tout fait, ne serait-ce, pour approcher de plus près les Allemands de Scorpions. De retour dans la région trois ans après leur dernière prestation au Zenith de Lille, les porte-paroles de la cause du Hard Rock ont décidé dans le cadre de leur tournée anniversaire d’inviter Europe en tant qu’invité d’honneur. Vous l’aurez donc compris, avec un tel package, le spectacle affichait complet quelques mois avant le début des hostilités… Et la foule a répondu présent à l’appel et ce, malgré les tristes évènements qui ont secoué la communauté Rock/Metal ces derniers jours. 

Des rumeurs circulaient à propos d’un éventuel retard de la formation scandinave. Mais ce fut plus de peur que de mal ! Les membres d’Europe ont foulé le plancher de la salle à l’heure prévue en ouvrant sur l’incisif « War Of Kings ». Et quelle claque ! L’intensité transmise sur l’album est intacte même si quelques arrangements sonores manquent parfois de rigueur. Toutefois, le son est bon et nous pouvons apprécier les riffs du dernier album en date, War of Kings, avec « War Of Kings », « Hole In My Pocket » et le mélodique « Days Of Rock n’ Roll » où Joey se verra équipé d'une guitare afin d’accompagner un John Norum véritablement en forme ce soir ! 

S’il est évident que la bande à Joey Tempest s’est vue dans l’obligation de ménager ses efforts afin de ne pas concurrencer Scorpions, cela ne l’a pas empêchée de s’amuser et de prendre son pied comme à chacun de ses concerts. Le charismatique frontman n’hésite pas à jouer avec les photographes présents dans le « pit-photo » et à faire valser son pied de micro ! Il faut dire que le chanteur est sur un terrain connu. Il le fait savoir à chaque moment clef du concert. La Tempête va à la rencontre de son public pour le faire chanter dans son micro et l’inviter même à effleurer les cordes de sa guitare sur « Days Of Rock n’ Roll ». 

Le concert est homogène ! La setlist varie les intonations. Quand les titres « Superstitious » et « Scream Of Anger » s’inscrivent dans la veine du Hard Rock sans fioriture et encouragent les fans à se défouler, le moment d’accalmie instauré par la ballade « Carrie » a été l’occasion pour beaucoup de fans de s’extérioriser en chantant à tue-tête le refrain du tube. Un beau moment de communion. 

Mais bien sûr le concert d’Europe n’aurait pas été parfait si les deux gros classiques de son répertoire: « Rock The Night » et « The Final Countdown » n’avaient pas été interprétés ! Ces deux tranches ont même fini par enthousiasmer le public qui avait fait le déplacement juste pour apprécier le show des Allemands. Bravo ! 

Que faut-il retenir de cette prestation ? Bien que bridée, elle a réussi à échauffer un public exclusivement venu pour Scorpions. Néanmoins, il est assez regrettable que les nouveaux titres, pourtant très bons, ne suscitent pas (et ne susciteront jamais) le même enthousiasme que « The Final Countdown », destiné à coller la peau d'un groupe qui a pourtant plus d’un tube dans son sac. 

De retour pour toujours ! Quand la pochette de Return To Forever occulte l’espace scénique, nous prenons plaisir à la contempler et à la décrypter. Il aura fallu attendre 21H30 tapante pour que les premiers bourdonnements de « Going Out With a Bang » issu du nouvel album résonnent dans l’enceinte du Zenith. Rudolf Schenker et Matthias Jabs s’élancent sur l’avancée scénique prévue à cet effet et enthousiasment les fans présents au premier rang. S’il est évident que Return To Forever n’a pas pleinement rempli son contrat et frustré une poignée de fans du combo, il faut avouer que les titres « We Built This House » et « Rock 'n’ Roll Band » se fondent bien dans le répertoire des Allemands. 

« Back To The Future » ! Dans le cadre de la tournée visant à célébrer les cinquante années d’activité du groupe, la jeune formation de Hanovre tenaient à ressortir de ses cartons quelques reliques afin de surprendre les connaisseurs et les nostalgiques présents dans la salle. Quelle fut notre joie de revoir des titres comme « Top Of The Bill » passer la main à « Steamrock Fever », « Speedy’s Coming » et enfin à « Catch Your Train » pendant le premier medley. Un régal pour les oreilles et les yeux ! Les illustrations scéniques mettaient même en avant la période « Uli Jon Roth » ! À quand une reformation temporelle avec le Jimi Hendrix Allemand ?  

Les musiciens en herbe étaient également dans les starting-blocks ce soir ! Partout où Matthias Jabs saisissait sa guitare, les sens de chacun  s'émerveillaient. Et les mélomanes en auront eu pour leur argent puisque de nombreux instrumentaux se sont accumulés dans la soirée. Quand « Coast To Coast » a vu comme à son habitude Klaus Meine au poste de guitariste, l’hyper mélodique « Delicate Dance » invitera John Norum (Europe) à soutenir dans sa besogne le musicien à la guitare zébrée. Néanmoins, il est toutefois dommage qu’une telle importance ait été accordée aux instrumentaux alors que les Scorpions ont dans leur catalogue de nombreux classiques... qui ont été boycottés ce soir. « Coming Home », « No One Like You » ou bien « We’ll Burn The Sky » font partie de ces titres que l'on aurait bien voulu voir à la place de « In The Line Of Fire ». Dommage...

Néanmoins, si « In The Line Of Fire » pouvait être la démonstration de trop, le solo de batterie de Kottak, « Kottak Attack », était fortement attendu ce soir. Tout grâce à un cogneur qui, sur sa batterie sur-élevée, n’a pas hésité à reprendre les sections rythmiques des grands classiques du Rock comme « Rock and Roll » de Led Zeppelin. Ce marteleur de tambours n’hésitera pas à se dévergonder en exhibant fièrement ses tatouages pour prouver une fois pour toute son dévouement à la cause du Rock n’ Roll. La classe James ! 

Scorpions aime la France et la France le lui rend bien. Pendant « Make It Real », c’est sur un fond Bleu, Blanc, Rouge que les musiciens ont arpenté la scène du Zenith. Un hommage à la France qui a été réitéré lors de l’exclamation de Klaus Meine: « Nous sommes présents pour célébrer la joie de vivre » ! Lors du medley acoustique comprenant « Always Somewhere », « In The Eye Of The Storm » et « Send Me An Angel », le symbole de la Tour Eiffel revisitée façon « Hippie » s’était dessiné sur les écrans géants. C'était un peu leur façon d'honorer la mémoire des victimes des attentats du 13 novembre dernier... Un gros moment d'émotion qui en a touché plus d’un dans la salle. 

Le concert frôle la perfection, mais ne l'atteint pas ! Pourquoi ? Certes, le concert était très bon et les illustrations scéniques mettaient la lumière sur tous les titres de la setlist. Mais, le temps est passé par là et la machine à tubes qu’est Scorpions commence à montrer quelques signes de faiblesse... La faute à ces petits manquements qui ont fait que le concert aurait pu gagner en perfectibilité. La preuve lors du titre « Blackout » où Rudolf Schenker, toujours armé de sa guitare « pot d’échappement », a délaissé son masque à l’effigie de l’album au profit d’une simplicité visuelle. Les fans jusqu’au-boutistes auront pu être déçus, mais il faut avouer que voir « Blackout » en live fait toujours son petit effet. 

Et bien sûr, un show de Scorpions, ce sont des balades et des tubes attendus. Quand les premiers sifflotements de « Wind Of Change » ont été saisis, c’est tout un public qui s’est émerveillé en contemplant le chant de l’oiseau Meine. Il est agréable de constater que ce titre comme les autres « Still Loving You » ou bien « Rock You Like Hurricane » n’ont pas perdu de leur superbe malgré leurs trente-et-une années d'ancienneté. 

Cette soirée a tenu toutes ses promesses et les fans ont été ravis. Avec un Europe toujours plus pertinent à chaque album, il leur a été plus aisé avec War Of Kings de couronner comme il se doit le roi Scorpions. Sans rancune !