Sangdragon - Requiem For Apocalypse

 

Choisir Sangdragon comme patronyme pour un groupe de Black Symphonique peut être paradoxal à cause de la connotation Folklorique et épique du mot Dragon qui ne renvoie pas du tout à l’imagerie Black Metal. Néanmoins, il s’agit bien là du troisième volet d’une série d’albums composés par la seule et même personne, Vincent Urbain. Projet initié par le groupe Daemonium: Opera Of The Ancient War Spirit en 1993 puis Akhenaton en 1995, il est achevé par Sangdragon en 2015 avec Requiem For Apocalypse produit par Stéphane Buriez. L’Apocalypse est-il de tout repos selon Sangdragon? 

Faire une trilogie de concept albums n’est pas une chose simple. Il s’agit de mettre les morceaux dans un ordre logique et pertinent afin de déboucher sur une histoire cohérente et homogène. Mais ici, c’est une réussite car l’album s’y prête totalement. L’auditeur est pris de visions chevalresques apocalyptiques qu’il ne quittera qu’aux dernières notes de « Winged Blade ». Naturellement, l’histoire a un début et une fin simplement exprimés par la naissance et la mort dans Requiem For Apocalypse. Quand « Waterborn » évoquera directement une éventuelle progéniture, une fin morbide fermera progressivement l'album avec « Thy Foe’s Funeral » avant de se conclure de manière héroique et glorieuse sur l’apothéose ultra mélodique de « Winged Blade ». Les deux parties de l'aventure sont ralliées par la transition « Back To Dust » qui, par son caractère transitoire et son mid-tempo, évoque un passage obligé. Les différents titres sont des étapes que nous pouvons associer à un itinéraire particulier dans lequel l’itinérant est plongé dans un univers épique et fantaisiste à la fois. Mage, Roi, Dragon, Elfe, tout est là. Et ce serait un doux euphémisme que de dire que les membres de Sangdragon ne se sont pas inspirés des trilogies de Tolkien. L’escale « Father of All Kings » ne démentira pas cela. Les tons solennels et épiques pris par les protagonistes évoquent une lutte entre différents antagonismes. Un combat apocalyptique s’ouvre à nous.  

Si l’histoire de l’album est cohérente, la question du style de musique proposé par le groupe est plus problématique, ce qui n’est pas un mal en soi car c’est un album riche d'influences diverses. Pourquoi ? L’auditeur qui s’attend à écouter un album de Black Metal Symphonique pur peut être dérouté. Même si les instruments qui appartiennent à  l'orchestre symphonique dominent les titres de l'album comme «Krakenkyr » qui pourrait figurer dans un album d’Ensiferum, les diverses sources d'inspiration du groupe effacent les caractéristiques du Black Metal. Je pense notamment au titre «Deep Dark… Descent » où les sonorités apocalyptiques et la lutte entre la voix gutturale de Vincent Urbain et les chants lyriques féminins crééent une sorte d'alchémie entre plusieurs genres de Metal. Le véritable premier morceau de l’album « Front of Steel » s'y prête totalement. Les premiers riffs possèdent des allures de Speed Metal et sont vite suivis par des moments plus homériques. Mais rassurez vous! Des morceaux plus agressifs prennent souvent le relais de titres plus doux. Écoutez l’agressif « Rotten Inside » qui suit de tout près « Father Of All Kings » ou même l’impitoyable « The Silent Plague » précédé par « Back To Dust » plus lent. Soulevées par une production digne ce nom, les tonalités de l’album qui sont en perpétuel conflit rendent l’album dynamique et agréable à écouter.

L'Apocalypse est-il de tout repos selon Sangdragon ? Clairement, non. En proposant un ultime album d'une telle qualité, la bande à Vincent Urbain conclut dignement une trilogie inaugurée, il y a de ça, plus de vingt ans. C'est donc avec impatience que nous attendons d'eux qu'ils profèrent leur Epic Black Metal comme la formation sait si bien le faire lors d'un éventuel passage dans le Nord de la France.