Sixx AM - Utrecht (Tivoli) - 14/06/2016

 

Cela fait maintenant cinq ans, depuis la sortie du fabuleux This Is Gonna Hurt que nous attendons la venue de Sixx AM en Europe. Pour cela, il aura encore fallu attendre la sortie de deux albums, Modern Vintage (2014) et le tout frais Prayers For The Damned, mais surtout le départ de DJ Ashba de Guns N' Roses et la fin de carrière de Mötley Crüe. Maintenant, les trois membres de Sixx AM n'avaient plus aucune excuse pour ne pas consacrer tout leur temps à ce groupe qui leur tenait de toute façon plus a cœur que tout le reste. S'il ne s'agit pas ce soir de la première date en Europe du combo, il s'agit néanmoins de sa première date en tête d'affiche et en salle sur notre continent. Autant dire que cette prestation est donc très attendue et que des fans d'un peu partout ont fait le déplacement.

Nous découvrons donc la belle salle du Tivoli d'Utrecht, sorte de théâtre et découvrons avec le plus grand étonnement qu'il n'y a pas de crash barrière. Les fans pourront donc être au plus près de leurs idoles et n'ont qu'à tendre le bras pour presque les touchers, ce qui semble surréaliste pour ceux qui ont vu Mötley ou GNR dans des grandes salles ou en festivals.

Vu son catalogue et le côté parfois théâtral de sa musique, Sixx AM pourrait se permettre de faire des « an evening with » et ainsi se produire seul à l'affiche mais le groupe compte bien franchir les étapes une par une sur le vieux continent et nous avons donc droit ce soir à une première partie. Ce sont des locaux du pays, Life's Electric qui sont chargés d'ouvrir pour le trio ricain. Autant dire tout de suite que Sixx AM est tellement attendu que le quartet est accueilli dans l'indifférence la plus totale puisqu'il recueille à peine quelques applaudissements. Pourtant, le public sera bien forcé de constater que les néerlandais en ont sous la semelle. Ceux-ci nous servent un gros rock calibré US, qui n'est pas sans rappeler parfois Godsmack, avec une maîtrise que beaucoup n'auraient pas soupçonné. Le son est bon et le groupe fait preuve d'expérience dans sa tenue de la scène et parviendra même à gagner un peu plus de soutien de la part du public tout au long du set. Vocalement, le chanteur de la formation arrive bien à passer de parties mélodies à des parties plus agressives. Le seul problème de Life's Electric aujourd'hui, c'est de s'être produit devant un public qui attendait autre chose (ou justement qui n'en pouvait plus d'attendre) car avouons-le, notre esprit était déjà ailleurs.

La salle est désormais très bien remplie puisque le balcon et les escaliers sont pris d'assaut et que seules quelques places au fond de la fosse subsistent. C'est vers 21h que l'attente insoutenable prend fin et que les fans peuvent laisser éclater leur enthousiasme. Après une intro symphonique qui n'est pas sans nous rappeler les grandes heures d'un certain Angra, le trio fantastique (accompagné de Dustin Steinke à la batterie et des superbes Amber et Melissa aux chœurs) rentre sur scène avec « This Is Gonna Hurt » qui lance les débats du bon pied même si le son, très brouillon à ce moment du set, laisse à désirer. Nikki Sixx prend tout de suite place aux avant-postes et shoote sans ménagement dans la veste qu'une fan avait posé sur la scène, ce qui en fait pas de doute quant aux intentions du bassiste, il est prêt à en découdre. Le transcendant « Rise » continue de faire monter la pression et l'intensité du concert. C'est simple, à ce moment là, le public et le groupe semble déjà en communion parfaite. Il faut dire que la fosse reprend toutes les paroles, se pressent vers les membres du groupe, qui en haranguant les premiers rangs, ne demandent que ça. Le moins que l'on puisse dire, c'est que Sixx AM est aussi proche de son public sur scène que ce qu'il avait laissé entendre dans les thèmes de ses chansons. James Michael, en forme éblouissante dans son rôle de maître de cérémonie, est parfaitement en voix et gomme rapidement les petites inquiétudes que l'on pouvait avoir. Il faut dire que James est à la base un producteur et pas un musicien live, celui-ci a dû travailler et engranger de l'expérience pour pouvoir obtenir la même puissance et la même justesse tous les soirs en live qu'en studio. Et ce travail commence à porter ses fruits, notamment grâce à la choriste Melissa Harding qui est sa coach vocal ! Comme tous les grands frontmen, James chante ses paroles en regardant son public droit dans les yeux (quand bien même ils sont masqués par des lunettes de soleil) quand il ne leur tape pas dans les mains. Nikki Sixx et DJ Ashba ne sont bien sûr pas en reste puisqu'ils échangent leur place d'un côté à l'autre de la scène pendant tout le concert et pour le plus grand plaisir des fans. Ils viennent jouer sous les nez des premiers rangs qui pourraient toucher les cordes de leurs instruments s'ils en avaient envie ! Ashba vient même jusqu'à jouer debout sur un poteau à côté des escaliers menant au balcon. D'ailleurs, on remarque bien que Nikki Sixx prend beaucoup plus de plaisir ce soir que lors de la tournée d'adieu de Mötley Crüe, ce qui ne me semble pas anodin. Il faut dire que quand on dispose de morceaux comme « Live Forever », sur lequel le son s'améliore enfin, on ne peut pas vraiment se tromper car tout y est... Refrain imparable qui prend aux tripes, solo lumineux de la part d'un DJ Ashba qui prouve qu'il n'est pas seulement le mec qui a remplacé Slash (des années après) dans GNR... De plus, la complicité entre les membres du groupe est criante, on ne compte pas le nombre de sourires et d'accolades qui sont échangés tout au long du set. Pour la première fois du set, le groupe n'enchaine pas sans temps mort et James prend la parole pour annoncer « une ballade » alors que les roadies amènent un piano sur scène. Il s'agit bien évidemment du morceau « Skin » que l'on s'étonne de retrouver si tôt dans le set puisque le groupe avait l'habitude de le jouer après les rappels. Encore une fois, James Michael seul au piano et au chant, livre une performance à couper le souffle avant d'être rejoint par tous ses comparses pour un final en électrique et à la batterie, pas présent sur la version studio. L'accalmie continue avec un « Dead Man's Ballet », premier extrait de The Heroin Diaries, à l'ambiance très théâtrale qui n'est pas sans rappeler l'ambiance des films de Tim Burton. Le ton se durcit à nouveau avec le « Rammsteinien » « Everything Went To Hell » qu'un James Michael plus grossier qu'à l'accoutumée dédie : « à la connasse qui m'a arraché le cœur de la poitrine ». Mais cela n'est que du spectacle et traduit encore une fois l'envie d'en découdre du combo et de ne pas faire de quartier ! La fin du morceau voit Amber rejoindre James pour un court affrontement entre voix féminine et voix masculine. Alors si nous soupçonnons que les filles font malheureusement parfois plus de la figuration qu'autre chose (certains chœurs sont clairement samplés), leur apport est parfois primordial comme sur la fin de « Goodbye My Friends » où la voix de Melissa Harding fait des merveilles. Et que dire de celle-ci, aux bords des larmes, lorsque James Michael dédie « Rise Of The Melancholy Empire » aux victimes d'Orlando, non sans rappeler que ce morceau avait été inspiré par les événements survenus à Paris le 13 novembre 2015. Le message reste le même : « nous allons en ressortir plus forts, nous ne seront pas vaincus ». Que dire du morceau... Un très grand moment de ce set, poignant et intense, sublimé par un solo de Ashba transcendant ! Après cela, le groupe quitte la scène et revient avec deux de ses plus vieux morceaux, un « Accidents Can Happen » tout en sensibilité que Michael et Ashba passeront presque en intégralité côte à côte. Point d'orgue de cette prestation, un « Life Is Beautiful » d'anthologie repris par le Tivoli tout entier qui avait littéralement attendu ce moment depuis des années. Encore une fois, James Michael brille de mille feux et les artificiers Sixx et Ashba ne tiennent pas en place. Excusez-nous mais bordel... Quel grand moment que ce concert !

Setlist Sixx AM :
This Is Gonna Hurt
Rise
When We Were Gods
Live Forever
Skin
Dead Man's Ballet
Everything Went to Hell
Prayers for the Damned
Goodbye My Friends
Lies of the Beautiful People
Stars
Rise of the Melancholy Empire
Rappel :
Accidents Can Happen
Life Is Beautiful
 

Mis à part le son et les lights qui pourraient être meilleurs pour un groupe de ce calibre, le reste de la copie rendue fut presque parfait. Évidemment, quelques autres titres auraient encore pu venir s'ajouter à la fête mais après une telle attente, nous nous contentons bien volontiers de ces 15 titres ! Le propos émotionnellement fort du groupe transcende son public, le plaisir pris par les musiciens est palpable et communicatif et James Michael s'est mué en frontman de classe mondiale, que ce soit au niveau de sa voix ou de son lien avec le public. Nous pourrions encore continuer longtemps mais disons simplement que ce groupe est d'une classe folle et que si il enchaîne les prestations de ce calibre (même si la configuration « open air » devrait lui aller un tout petit peu moins bien -réponse au Hellfest et au Graspop-), il n'aura alors aucun mal à rallier encore de nombreux fans à sa cause. En espérant que l'Europe ne soit pas trop oubliée au détriment des États-Unis. Pour l'heure, nous nous réjouissons en tout cas d'avoir pu assister à une prestation de haut vol, et qui plus est intimiste, de la part de tels musiciens. Merci pour tout !