Suicidal Tendencies - World Gone Mad

Une des plus grandes surprises de cette année 2016 est sans aucun doute le retour fracassant des californiens de Suicidal Tendencies. Ce nouvel opus World Gone Mad (Suicidal Records) qui est annoncé comme le dernier de la bande succède à 13 paru en 2013 et dont le bilan avait été plus que mitigé. Leur dernière production est plus crossover que jamais et s'impose comme un retour aux sources que bien des fans n'attendaient plus!

 

Line-up:

Mike Muir (chant)

Dean Pleasants (guitare)

Dave Lombardo (batteur)

Ra "Chile" Diaz (basse)

Jeff Pogan (guitare)


  Depuis son succès retentissant dans les années 80 et 90, la bande de Venice Beach qui s'amuse à jongler avec le thrash metal et le punk hardcore n'avait plus fait parler d'elle à l'arrivée du nouveau siècle. Son come-back survenu en 2013 après un énième changement de line-up n'avait pas convaincu les foules et il a encore fallu attendre jusqu'à aujourd'hui pour que Suicidal Tendencies retrouve sa signature si particulière qui lui avait permis de se hisser au sommet du palmarès. Avec Dave Lombardo de Slayer en spécial guest, World Gone Mad s'arme de sources solides et rendra nostalgiques les fans de la période Light.. Camera.. Revolution!

L'album débute en rendant hommage à une des idoles de jeunesse des leaders Muir et Pleasants qui n'est autre qu'Ozzy Osbourne avec "Clap Like Ozzy". Le morceau livre une musicalité très crossover comme le groupe en a la délicieuse réputation avec au menu un rythme intensément rapide, guidé par une haleine toujours prête à cracher sa verve pleine de mots acides. Les solos intenables sont menés d'une puissance affirmée. La basse exhibe très librement un côté funky et la fin de la pépite se laisse posséder par des cris hallucinés. D'autre part, nous savons que Suicidal Tendencies utilise fréquemment les brûlots pour produire des chansons maculées d'un lyrisme révolté, criard et sans pitié, et "The New Degeneration" ne fait pas exception à la règle. L'appel désespéré entonnant sans relâche "what do you want?"est composé de sonorités graves et assourdissantes. Le solo est clinquant comme une alarme déclenchée, se fait violence et accélère le tempo sur la deuxième partie du morceau.

Sur "Living For Life", la voix presque décantée est sussurante dès l'intro mais très rapidement elle devient hardcore. Les intruments lysergiques et explosifs expérimentent des notes insoumises dans un parfait mélange de heavy metal et de skate punk. On imagine très bien la tournée d'enfer que le groupe effectuera avec cette set-list en 2017 lorsqu'il sera sur les routes accompagné d'Agnostic Front. "Get Your Fight On!" débute avec des riffs un peu plus clairs et une voix douce à la manière de "Living", mais très vite l'ensemble ne tarde pas à s'insurger. L'artillerie ne manque pas de se huiler dans un grand délire insensé, très punchy et parfait pour les moshpits! Le titre éponyme "World Gone Mad" est très entraînant grâce à ses mélodies à la fois groovy et punk, même lorsqu'il s'agit de faire un état des lieux du monde peu optimiste. "Happy Never After" emprunte une voix très aigüe au heavy metal. L'avalanche de solos est telle que l'on s'y noierait dedans, le son est pesant et empli d'une tension particulière. Après un très léger silence, on part foncièrement dans du hardcore de haute facture. Le résultat est très punk et on en redemande!

"One Finger Salute" est également très heavy, on retrouve un côté old-school à la Alice Cooper, les influences sont palpables et se ressentent jusqu'au lever du majeur éternellement mécontent. Les guitares s'offusquent et elles le clament haut et fort. "Damage Control" est quant à lui furieusement thrash, on ressent l'ombre de Slayer et Anthrax au premier plan. La voix sait se faire discrète et un peu en retrait sur le début de la pépite mais très vite l'ensemble est homogénisé par une structure skatepunk. Dès le titre de "Struggle Is Real", la lutte sociale s'affiche et on a seulement besoin des premières notes pour s'apercevoir que c'est le hardcore qui trône et mérite sa place, s'asseyant sur la bienséance avec fureur. Extrait le plus effréné de l'album, il s'oppose à "Still Dying To Live" qui est le morceau le plus long, prenant son temps pour imposer une atmosphère planante qui contraste avec le reste de la production. Il se dénote également par son aspect mélancolique fourni d'harmonies subtile et chorales. Enfin, le quintette de Venice Beach prend le parti de reprendre un morceau qui clôturait son précédent opus 13 avec "This World". L'atmosphère de quiétude rythmique qui régnait sur le précédent morceau est prolongée pour conclure cette oeuvre pensée pour être la dernière d'une longue lignée.


Grâce à World Gone Mad, Suicidal Tendencies regagne sa place parmi les leaders du crossover des années 90! Après toutes ces années où on pensait que le groupe avait perdu son inspiration, la bande californienne prouve qu'elle est encore capable de produire des oeuvres rutilantes. A-t-elle conservé ses biens pour nous les offrir au moment des adieux? Le mystère reste entier mais ce qui est certain, c'est que le public ne se lassera pas d'écouter cet album qui sera accompagné d'une grosse tournée en 2017.