Supuration - Rêveries...

 

S.U.P. programmé au Hellfest, Supuration qui sort un nouvel album. Clairement, on ne s’en sort plus ! Quoiqu’il en soit, la formation a décidé de rompre sa trilogie comprenant The Cube, Incubation et CU3E  et propose un nouvel opus composé d'anciens titres ré-enregistrés deux ans après le dernier épisode de la saga Cube. Rêveries… Un titre pleins de significations et connotations qui inaugure une rupture nette dans la discographie de Supuration. La pochette teintée de vert laisse également entendre du nouveau de la part des Valenciennois. Peint par Dan Seagrave, la toile représente une créature fantasmagorique et onirique. Alors, cette dernière offrande, rêve ou cauchemar ? 

Rêveries… s’ouvre sur une musique clownesque dans « Avoid The Contamination ». Mais les mercenaires sont fidèles à eux-mêmes, des riffs lourds se relayent et progressent au fur et à mesure. C’est un titre progressif, mais assez décousu ce qui en fait clairement sa force. Car progression est le mot d’ordre de l’album, l’auditeur est plongé dans un univers, certes difficile d’accès, mais totalement addictif. Les solos angoissants réveillent nos peurs les plus enfouies. « Tales From The Crematory » prend le relais de manière rigoureuse avec son riffing lent et épais. Cette tranche de vie correspond bien à l’ambiance de l'album dans son ensemble, c’est une sorte de mélange entre le sublime et le grotesque qui se dessine au fil de notre écoute. Les atmosphères des morceaux et leurs tempos respectifs s’opposent tout comme dans le titre qui évoque un conte… chez les morts. On croirait rêver, mais la barrière de notre imagination entre le bien et le mal a bel et bien été rompue pendant cette chanson. C’est pendant le pont du titre que la double pédale laisse entrevoir une bataille qui prend place entre deux forces machiavéliques! Les soli fuyants de Fabrice Loez symbolisent des âmes restées dans les limbes. Une de nos hantises inavouées ? Mourir Sous Asphyxie, cette crainte a même été immortalisée pour la promotion du Songe Suppurée pour « Suffocate Throught Asphysxia ». La paranoïa, la folie, la schizophrénie, tout est là. Clairement, « Je ne suis plus seule » comme le laisse entrevoir le clip. Le trouble prend place et nous, auditeur, nous nous laissons prendre au jeu. Qui nous parle ? C’est la voix épaisse de Ludovic Loez qui conte notre déchéance à venir. Le riff de « Supured » maintient cet état de trans dont nous ne pouvons plus nous échapper. Notre âme aura t-elle le droit de se reposer ? Oui, pendant le chant growlé presque lyrique qui laisse le temps à notre esprit de reprendre son souffle… Jusqu’au quand ? Pas longtemps, car l’aspect ultra irrégulier de « Suppured » nous surprend. Notre fin prendra un autre cap dès l’introduction acoustique de « Sordid And Outrageous Emanations » qui débouche sur une nouvelle crise de démence quand la basse envoutante de Frédéric Fievez prend le relais. Elle nous obsède, tout comme « Sultry Obsession », qui fonctionne par système d'harmonies imitatives par rapport au son de la guitare. L’enchainement entre riffs étouffés et lents révèle t-elle les pulsions indiscrètes du leader du combo ? Quoiqu’il en soit, le solo se détache du morceau et nous plonge dans un songe composé de cadavres immolés dans « Reveries Of A Bloated Cadaver »… Cette poésie réveille en nous, cette pulsion, si infantile et fanatique qu’a un esprit dérangé fâce à l’absurdité de la mort mise en avant pendant son refrain anxieux et ses solos lacunaires. L’album se conclut sur notre décadence évidente et notre passage éclair au Paradis pendant « Ephemeral Paradise ».

La fin de l’album est construite sur des questions métaphysiques auxquelles il nous est impossible de répondre. Nous sortons clairement changés après une telle écoute. Même si cet album n’est pas à la portée de chaque être, le voyage de l’âme de chaque auditeur à travers l’univers propre à Supuration permet de la purger. Une sorte de Catharsis dont les poètes Grecs avaient le secret. Quand Oedipe tuait son père et se mariait avec sa mère sans le savoir et contre son grès pendant les temps anciens, le combo nous fait part de ces pulsions morbides 2500 ans après.

Le voyage n’est pas totalement fini puisque le groupe propose également trois reprises qui prolongent à l’aventure. Titres ré-arrangés et re-visités de manières très personnelles, « Shattered » de Paradise Lost, « The Beast » de Twisted Sister et enfin « Among The Living » d' Anthrax.