The Chikitas - Wrong Motel

Le duo féminin The Chikitas formé en 2011 à Genève est de retour avec un troisième album résolument rock'n'roll et primitif sous le label Deepdive Records (Death By Chocolate, The Sinful Saints) : The Wrong Motel. Après deux premiers albums Butchery en 2011 et Distoris Clitorsion sorti en 2014, le groupe a posé l'empreinte d'un son grunge et punk avec des éléments garage. En résulte un détonnant cocktail de sensualité et d'agressivité.

Line-up:

Lynn Maring (chant, guitare)

Saskia Fuertes (batterie, chant)

Pour ce troisième album, les genévoises ont déployé de grands moyens en enregistrant The Wrong Motel aux Etats-Unis sous la houlette de Jim Waters, le producteur de Sonic Youth et de The Jon Spencer Blues Explosion, rien que ça! En s'essayant également à l'enregistrement analogique pour la première fois, The Chikitas a mis en oeuvre tous les dispositifs pour obtenir un son à l'instinct primaire en intégrant comme studio une zone industrielle à la décoration auréolée de clowns effrayants et de bibelots étranges. Le résultat est au rendez-vous et émane de cet opus une sauvagerie plus que tumultueuse.

A l'écoute de Wrong Motel, on se rend compte dès les premières morceaux que nous avons affaire à une véritable jungle où crasse, bière et rock'n'roll sont inexorablement honorés. Pour vous servir, "I Wish You Mine", à la lisière entre grunge et garage, retranscrit une voix où le désir persiste et se fait menaçant, un peu à la manière de celui propre à Alison Mosshart de The Kills. "Hi Lady", "Wrong Motel" ou encore "Sucker Creep" sont des odes au punk des seventies. A travers une frénésie de larsen, on n'a pas le temps de reprendre son souffle que la mélodie s'est déjà consumée. Iggy, The Dead Boys ou Lydia Lunch auraient sans doute appouvé.

Les détonnants "Watch Yourself" ou "Spin Around You" sont des hits en puissance taillés pour le live. Ces tracks sont de ceux qui s'accrochent à vous comme une seconde peau et ne vous lâchent qu'une fois l'exténuement arrivé. Dansant, énergique, aggressif et presque haineux par moment, l'univers de Lynn Maring et Saskia Fuertes a tout pour assumer la relève des riot girls des années 90, à coup de verve et de cris lancinants pour teinter l'expression d'une féminité rageuse et insoumise. Les chansons les plus explosives de l'album telles que "Like A Cheetah" et "Oh Greed" en témoignent, expression d'un grunge chaotique et désordonné, où les voix et les cordes s'épanouissent à travers les octaves les plus graves.

Plus lent et métrique, "Lilith" est obnubilé par une batterie fracassante. Si The Chikitas sont capables de produire un son rugueux, elles ont le sens de la nuance en intégrant par instant des éléments bluesy et old-school comme c'est le cas sur "My Playground", et elles adoptent un phrasé rock presque parlé sur "Waraconda". Si à la première écoute, Wrong Motel peut sembler reprendre tous les classiques inhérents à la fougue d'un punk-rock certes efficace mais déjà vu, plusieurs écoutes détermineront le leitmotiv d'un groupe qui a su trouver sa voie, entre débâcle et insolence.

Avec Wrong Motel, The Chikitas s'inscrit dans le sillon des girl's band tels que The Coathangers ou Skating Polly le redéfinissent à l'heure actuelle. Bercées par l'influence de leurs aieules, ces femmes torturent les codes du rock classique pour être à l'origine d'un tumulte toujours plus primitif et animal. Dont les sonorités imparfaites sont à l'image d'une création sincère et sans fioriture qui provient du fond des entrailles.