The Sword - High Country

 

Alors que je viens de m'attaquer à un album qui bouleverse les habitudes de ses géniteurs (je renvoie les cancres du fond de la classe à la chronique de Wheelfall), voilà que j'en découvre un autre. Car autant le dire tout de suite, High Country risque de dérouter plus d'un fan de The Sword. Mais n'est il pas habitué à la chose ? Lui qui avait déjà dérouté ses fans avec le fabuleux Warp Riders (2010), avant de les décevoir quelque peu avec Apocryphon (2012), moins inventif et surtout bien plus uniforme que son prédécesseur. Alors High Country va-t-il enfin permettre à l'un de ses groupes qui a eu la chance d'ouvrir pour une légende très rapidement dans sa carrière (on parle de protégés de Lars Ulrich. S'il vous plaît!) de passer à la vitesse supérieure ?

Rien n'est moins sûr, car avec High Country les américains ne renient pas complètement leurs racines mais ils bousculent complètement les codes de ce qui était leur classic rock/stoner. Encore une fois Warp Riders déviait déjà bien de ce stoner/doom présent sur Age Of Winter (2006) et Gods Of The Earth (2008). Mais ce qui faisait le sel de The Sword n'est plus : la lourdeur. Bien des riffs auraient pu être écrit il y a des années mais depuis la production, en passant par les arrangements jusqu'au chant tout est bouleversé tout au long des quinze titres (!) de ce cinquième album.

Au bout de quelques écoutes il faut se rendre à l'évidence, voilà un disque de stoner produit comme un album de pop. Dès « Empty Temples », pourtant proche des anciennes livraisons, JD Cronise (chant/guitare) nous met en garde : « let go of all that binds you » (« rejette tout ce qui te retient ») « we must give up the old ways, they served us well » (« nous devons abandonner les vieilles méthodes, elles nous ont bien aidées »). Et il suffit d'écouter « Early Graves » et ses cuivres délirants ou encore le superbe « The Dreamthieves » et ses choeurs très poppy pour comprendre que le groupe a pris de gros risques. Le summum étant atteint avec « Seriously Mysterious », titre complètement pop 80's avec sa boîte à rythme et ses claviers bien cheap.

Seulement tout cela fonctionne à la perfection, il faut juste se rendre à l'évidence que JD a composé de magnifiques chansons enfumées à la fois accrocheuses et intelligentes. « Enfumées », vous avez bien lu ! Le groupe n'a jamais caché son amour pour une certaine herbe (il chantait son amour pour celle-ci dans « Tres Brujas » et « Turned To Dust », pour ne citer que lui, pue la weed à des kilomètres) et cela ne s'est jamais autant ressenti dans sa musique. Pas besoin de chercher bien longtemps d'où vient le « high » de High Country.

Malgré sa longueur apparente celui-ci ne fait que 47 minutes (dont une intro et trois interludes de moins de trois minutes) et de par la variété de ses morceaux difficile de sentir une quelconque lassitude. De la même manière que Ghost propose des albums courts qu'on ne peut que relancer lorsqu'ils s'achèvent, The Sword les rejoignent dans cette simplicité de l'arrangement qui tue (« Early Grave », « The Dreamthieves »), , du refrain imparable (« Tears Like Diamond », « Empty Temples », « The Bees Of Spring »), de la mélodie qui colle au cerveau.

Une façon de faire plutôt old school sans forcément que le style ne sonne forcément passé. Si « The Bees Of Spring » sonne un peu Thin Lizzy, que les notes de « Turned To Dust » ressemblent à celles du « Hells Bells » d'un certain AC/DC, « Ghost Eye » évoque plutôt la fausse douceur du Legend de Witchcraft (un groupe avec lequel il a enregistré un EP en 2007).

Plus pop, plus classic rock, moins heavy, High Country montre le visage d'un groupe qui assume de nouvelles envies. Un disque plus posé qui s'avère rapidement être le plus addictif de sa discographie. Impossible de ne pas respecter la prise de risque du quatuor et de ne pas reconnaître le travail de composition génial de son frontman. Vous l'aurez compris High Country est une nouvelle baffe en cette fin d'année et il serait dommage de ne pas lui laisser une chance.