Trepalium - Voodoo Moonshine

Enfant terrible de la scène metal française, Trepalium va-t-il enfin passer un cap et s'imposer à l'étranger ? Après l'escapade Klonosphere couronnée de succès dans notre pays et une première partie de Gojira en Europe c'est bien là tout le mal que l'on peut lui souhaiter. Sa réputation sulfureuse ne l'a pas toujours aidé mais le niveau de HNP l'avait déjà remis sur de bons rails et la promesse il y a quelques mois d'un nouvel EP avait fait plus qu'attiser ma curiosité. Surtout lorsque Guillaume Bernard, leader de Klone (et de la Klonosphere), l'annonçait comme le meilleur essai de ses potes. Est ce que Voodoo Moonshine va enfin permettre aux poitevins de récolter les fruits de leur labeur ?

Loin de l'occultisme exotique que laisse présager son titre, c'est des bruits de baston de bar que commence Voodoo Moonshine. Alors qu'un piano genre cabaret enfumé pointe le bout de son nez, la batterie de Sylvain Bouvier se fait elle aussi entendre bientôt suivi par des cuivres du meilleur effet. Car plus que jamais les clowns nous ont concocté un disque mettant en avant le groove et le swing jazzy de leur musique. On trouve donc de nombreux arrangements de piano, de claviers 70's, de cuivres qui enrichissent considérablement leur death metal groovy. L'ensemble se rapproche donc plus de Alchemik Clockwork Of Disorder (2006) et d'un titre comme « Sick Boogie Murder », dont le gimmick « onomatopesque » est repris à la fin de « Moonshine Limbo », que de son prédécesseur direct HNP (2012). Tout du moins musicalement, car on sent que l'enregistrement de ce dernier a bouleversé les méthodes de travail de KK (chant), lui qui a alors enregistré ses parties de façon live debout à côté de Thibault Chaumont (à nouveau producteur ici) avec une intention plus rock'n'roll. Le feeling est le même ici, révèlant des growls moins caverneux que par le passé mais plus expressifs ainsi que des placements vocaux bien plus intéressants, soulignants le groove général. Sur « Dambala's Voodoo Doll » Trepalium fait de nouveau appel à Mathieu Metzger (Klone, O.N.J), pour un solo de saxophone comme sur le « Sick Boogie Murder » déjà cité. Mais le jazzman n'est pas le seul invité sur ce morceau car notre Joseph Duplantier (Gojira, faut il vraiment le préciser ?) national prête aussi sa voix à ses potes, lui qui se montre étrangement des plus discrets pour ce featuring. Voodoo Moonshine est l'essai le plus mélodique à ce jour de Trepal, laissant libre cours au swing et aux influences jazzy du groupe (ce solo sur « Guédé Juice » !) sans oublier de laisser de l'espace à Sylvain pour tapir le tout d'une double parfaitement dosée. Avec « Fire On Skin », on tient le tube de cet EP ; ses lignes vocales entraînantes et délirantes soulignées par des cuivres au poil vont à coup sûr faire un malheur en live.

Voodoo Moonshine surpasse nettement son prédécesseur (qui n'était pas dénué de qualité mais manquait de ce petit grain de folie), en assumant totalement son approche jazzy complètement délirante et accrocheuse Trepalium sort un opus ambitieux et classieux. Un opus qui est peut être son meilleur à ce jour sorti directement des marécages poisseux et mystiques. Reste à voir si le groupe saura tourner suffisament pour le défendre et prouver qu'il a encore énormément de choses à dire.

Et toi, as tu jamais dansé avec le diable au clair de lune ?