Uncle Acid - The Night Creeper

Quand on me parle de Uncle Acid and The Deadbeats, je me sens obligé de me rappeler les circonstances de la découverte de ce groupe. C’était en 2013, oui, je me souviens maintenant, ils ont fait la première partie de Black Sabbath à Bercy. Je ne connaissais pas du tout cette formation et à vrai dire, je m’attendais à une ouverture de plus grande renommée. L’Amérique Latine avait bien eu Megadeth en première partie du Sabbat Noir ! Pourquoi pas nous ? Mais mon agacement s’est vite dissipée quand je me suis retrouvé nez à nez avec la musique lourde et grasse d'Uncle Acid and The Deadbeats. The Night Creeper sort en 2015 soit deux ans après le remarquable Mind Control. En sera t-il de même pour ce petit nouveau ?

Je ne sais pas ce qu’ont les gens en ce moment. Le goût pour le vintage n’a pas cessé d’évoluer ces dix dernières années à un point où ça a fini par contaminer notre musique. On décide souvent aujourd'hui de mettre en avant le côté simpliste des chansons pour faire ressortir un feeling mis au placard et bafoué par certains producteurs qui n'ont misé que sur une qualité de mixage optimale assez nihiliste en soi. Chez les britanniques, c’est bien le contraire ! Une guitare tranchante, une basse salasse et une batterie jazzy et rien de plus ! Là est l’essence même du groupe. Tout est vivant, tout est vrai. 

Partout dans The Night Creeper, on retrouvera ce qui a fait le succès du groupe: les riffs doom terrifiants et la voix fragile de K.R. Starrs, présents dès les premières mesures de « Waiting For Blood ». Et inutile de vous dire que, de la galette Made In Birmingham, le combo en a mangé par centaine. Et ce ne sera pas pour déplaire les fans de Black Sabbath qui pourront constater que Uncle Acid s’est approprié le style de solo si caractéristique à Tony Iommi. Influence qui se ressent un peu partout au fil de l’écoute, en passant des ponts de « Murder Nights » mais aussi aux riffs introducteurs de « Pusher Man » qui n'oublieront pas de faire l'apologie du triton.

Je te vois déjà dire: « On n’a pas besoin d’un 63635ème Black Sabbath » ! Mais je te rétorquerai que le groupe ne plagie pas. Bien au contraire, il a son propre univers ! C'est un monde psychédélique certes difficile d’accès mais planant qui s'offre à nous. Quand la ballade glauque et spirituelle de « Yellow Moon » accompagnée d’une fine couche de clavier détendra les plus anxieux d’entre nous, les accords simplistes de la guitare claire et la voix aux accents naïfs d'Uncle Acid dans le pluvieux « Slow Death » amèneront une touche de mélancolie, pour le moins, personnelle. Uncle Acid, en composant ces deux ballades, prouve qu’il peut passer d’un Rock lourd à quelque chose de plus jazzy grâce à ces rythmiques sommaires saupoudrées de claviers harmonieux. Néanmoins, le groupe n'oubliera pas de donner une tournure grandiose à ses titres. Les mélodies grandiloquentes de « Downtown » nuancent l'aspect lacunaire des morceaux acoustiques. Une infinité de sensations sont conviées, à vous de les retrouver !

L’aspect simpliste de la production sera contrarié par la construction des morceaux pour le moins complexe. Tout est ordonné et réfléchi. Écoutez un peu l’aspect progressif de la piste bluesy, incessante et entêtante du morceau éponyme. Ce titre réveille une basse bourdonnante vite suivi d’un solo poignant sur des rythmiques aux allures pourtant si désordonnées. Ça décoiffe ! Le titre « Downtown », aux riffs très répétitifs, arrive aussi à sortir son épingle du jeu grâce à la frappe innocente de Red et le solo très expressif de K.R. Starrs ! Laissez vous surprendre par ces morceaux et vous ne serez pas déçus ! 

Il pleut toujours à verse quand les derniers accords de « Black Motorcade » annoncent la fin de The Night Creeper. Mais pour le peu que nous puissions dire, c’est qu’avec un album d’une telle puissance émotive, Uncle Acid et ses comparses sont loin de décontenancer leurs auditeurs.