Ulver - The Assassination Of Julius Caesar

Depuis leurs débuts en 1993, les norvégiens de Ulver bâtissent à chaque nouvel album un édifice avant-gardiste. Forts d'une trilogie d'opus black-metal qui les aidera à asseoir leur renommée au sein des années 90, ils s' éloignent définitivement du genre par la suite pour se réinventer à chaque production. Avec ce combo, vous pourrez étendre votre culture musicale qui ne saurait se dispenser de jazz, de sonorités dark folk, symphoniques ou bruitistes, ambient, électroniques, alliant sans vergogne musique de chambre et rock. The Assassination Of Julius Caesar (sous le label House Of Mythology) est le quinzième album studio des prodiges qui lient des inflences gothiques sobres à une anarchie de sons divers subtilement maîtrisés.

 

Line-up:

Kristoffer Rygg (chant)

Jørn H. Sværen ( divers)

Tore Ylwizaker (claviers)

Daniel O'Sullivan ( guitare, basse, claviers)

En plus de vingt ans d'activités, les norvégiens sont à l'origine d'esquisses expérimentales toutes plus surprenantes les unes que les autres. Après avoir produit un black-metal corrosif sur Bergtatt et Nattens Madrigal, Ulver ne se repose pas sur ses acquis et prouve qu'il a un sens affûté de la mélodie accoustique avec l'opus folk Kveldssanger. Le groupe créé avec brio des atmopshères ambient aux relents industriels, comme en résulte l'excellent Blood Inside ou encore Perdition Ciy qui se démarque par ses aspirations jazzy-dark prodigieuses. Rygg est fasciné par l'occultisme et la poésie qu'il incopore avec érudition dans ses compositions éthérées comme en atteste l'album-concept Themes From William Blake's The Marriage Of Heaven and Hell. Vous aurez donc compris qu'Ulver est une des formations les plus excitantes et insaisissables de sa génération.

Le petit dernier des norvégiens, The Assassination Of Julius Caesar est un album idéal pour découvrir le groupe car il n'est pas trop hermétique. Cependant les auditeurs de Ulver ne forment pas un ensemble homogène tant les essais de la bande jonglent d'une extrémite à l'autre et séduisent un public interchangeable. On n'aime pas tout Ulver, on s'accapare des fragments de son architecture hybride. Pourtant, force est de constater que plusieurs morceaux de cette nouvelle mouture sont assez lisses contrairement à ce que les mystiques titres que sont "Transverberation" et "Angelus Novus" pourraient laisser penser. A travers une voix nébuleuse qui émaille un rythme très lent, les norvégiens produisent une structure musicale classique tant sur la durée que sur la forme à l'aide de programmations électroniques introverties au regard du chant qui s'élève avec conviction. "Nemoralia" et "Southern Gothic" explorent des sonorités indus à l'instar de certaines pointures des années 80 comme Die Form ou encore Coil, sans oublier Nine Inch Nails plus tardivement pour ses synthétiseurs minimalistes et froids. Les mélodies sont entraînantes, le chant ne se départit pas de sa tessiture vaporeuse et ses notes impriment un leimotiv accrocheur tout comme Mareux ou Dead Husband les maîtrisent.

La pépite addictive qu'est "1969" sonne encore très new-wave avec ses deux voix mélancoliques, qui nous font surfer contre vents et marées sur une mappemonde lunaire. La voix féminine aux accents gothiques se rompt abruptement alors que l"on attendait de se laisser happer par l'endurance du morceau. En écoutant "So Falls The World", on découvre une composition au piano qui illustre une chute du monde programmée où la violence est susurrée par un rythme langoureux à laquelle se superposent des synthétiseurs organiques. Cette texture élégiaque renvoie à certains morceau du folk Kveldssanger comme "Høyfjeldsbilde". A la fin de la piste, la batterie ponctue à l'aide de ses coups acérés ce qui pourrait n'être qu'une simple ballade en un tumulteux manège sonique aux répercussions funk. Les deux morceaux les plus expérimentaux qui s'avèreront les moins accessibles sont "Rolling Stone" et " "Coming Home". Le long "Rolling Stone" se révèle très kitsch avec ses voix disco. Le tempo lascif initie graduellement la piste à l'aide de guitares suaves qui accroissent ses notes hypnotiques. La seconde partie de la chanson devient boulimique d'une anarchie sonore qui par certains aspects rappelle le jeu de Sonic Youth sur The Destroyed RoomUlver surfe sans cesse sur des courants musicaux très différents et propose un précepte pour s'immerger les yeux fermés dans sa créativité polymorphe: "N"ayez pas peur, c'est seulement de la musique."

The Assassination Of Julius Caesar n'est certainement pas l'album le plus original d'Ulver mais ses confluences cold et industrielles le maintiennent au coeur d'un équilibre que les nombreux arrangements rendent dense.