Witch Of The Waste - Made Of Teeth

Witch Of The Waste est un groupe de metalcore canadien composé de Ryan Fitzgerald au chant, de Michael Holmes à la basse, Peter Sacco et Phil Jones à la guitare et enfin de Jeremy Gilmartin derrière les fûts. Originaire de Vancouver, le quintette nous a déjà régalé avec All Other Voices, un EP sorti en 2013. Ce dernier avait reçu de très bonnes critiques de la part de la presse spécialisée et des retours assez positifs auprès des adeptes du genre. Certains osaient même les comparer à, tenez-vous bien, The Dillinger Escape Plan dont la réputation n’est plus à prouver dans le milieu. Il faut avouer qu’All Other Voices est un EP d’une excellente facture en dépit d’un manque de singularité manifeste. Bien entendu, tout est relatif parce qu’il possède véritablement des arguments à faire valoir tant au niveau de la technicité que des arrangements eux-mêmes. Il est alors légitime de s’attendre à ce que ce nouvel EP Made OF Teeth soit, au moins, aussi bien ficelé que son prédécesseur. C’est ce que nous ne tarderons pas à découvrir très rapidement.

 

La pochette de Made Of Teeth est très sobre et décousue sur fond beige avec des esquisses de dents disposées anarchiquement les unes derrière les autres à la manière d’un négatif de photo. Si celle-ci ne laisse rien transparaitre quant au contenu réel de l’œuvre, l’on ose à peine imaginer qu’elle ne manquera certainement pas de mordants. Le premier titre «That Door Cannot Be Opened» est quelque peu surprenant car on s’attend à ce que le chant démarre à tout moment jusqu’à ce qu’il finisse subitement au bout d’une minute et demie. Euuuhh, en fait, c'était un prélude... A peine remis de la surprise et voilà que « They Haunt Minds » pointe son nez. La voix est bel et bien là cette fois-ci et on s’aperçoit tout de suite qu’elle est plus criarde et moins growlée que dans All Other Voices. Sans doute une manière d’affirmer davantage les influences hardcore du groupe. La section rythmique est un déluge de riffs acérés et très aériens installant une atmosphère sale et crasseuse au morceau, dans le bon sens du terme j’entends. Les breaks sont moins présents qu’à l’accoutumée mais toujours pertinents quand il y en a. En réalité, on se prend une bonne petite claque mais comme pour s’en persuader on se laisse tenter par le morceau suivant « She Burst Into Snakes ». Et là, les WOTW nous servent des riffs encore plus osés en titillant les plus puristes des black-metalleux avec des blasts à faire pâlir plus d’un. Ensuite, « It was always 3 :00 am » commence sur un rythme pseudo-tribal joué moderato avec une prédominance de la ligne de basse. Assez déconcertant pour le coup au vu des titres précédents parce qu’ici on frôle un univers musicalement plus dépouillé rappelant parfois Tesseract, le chant clair en moins. Enfin, les deux derniers titres auraient pu s’intégrer facilement dans le précédent EP avec des parties ultra-techniques saupoudrées de breaks et de solos ravageurs ici et là qui rappellent que WOTW n’essaie pas de renier son passé.

Made Of Teeth est un concentré de toutes les influences de Witch Of The Waste telles que Converge, Meshuggah ou encore Despised Icon entre autres. Cependant, les influences plus marquantes sont sans nul doute celles des néo-zélandais d’Ulcerate qui, à coups de riffs dissonants et breaks lancinants arrivent à instaurer une ambiance très particulière de crasse et de chaos. WOTW réussit à reprendre avec brio ces ingrédients sans jamais tomber dans la facilité et les intègre avec maitrise dans l’univers qui est sien. La prise en main de Made Of Teeth peut paraitre délicate au premier abord mais elle ne demande qu’à être apprivoisée, il est envoûtant et accoutumant si bien que la longueur des morceaux en devient presque anecdotique. En effet, la durée moyenne des morceaux est d’environ deux minutes hormis « I Bet You’re Wondering What i’m Doing With This Here Gas Can » qui frôle les quatre minutes.

Quoi qu’il en soit, les cinq membres de WOTW espèrent focaliser les projecteurs sur eux avec Made Of Teeth, et c’est tout le mal qu’on leur souhaite. Aucune raison pour qu’il en soit autrement. L’univers chaotique de WOTW n’est au final qu’illusion, c'est un désordre organisé, une cacophonie mélodieuse qui le rend si unique. A l’instar des Beyond Creation, Despised Icon ou encore Ion Dissonance, le pays des caribous ne finit pas de nous régaler. Avec Witch Of The Waste, ils ont trouvé leur porte-étendard en parvenant à faire des mélanges les plus audacieux…