Wormfood - l'Envers

À l'heure où je pose ces lignes, les ténèbres enveloppent encore de leurs bienfaits pervers les turpitudes nocturnes de mon âme solitaire. Encore sous les effets foudroyants de L’envers, cinquième représentation de Wormfood. Introduire l’oeuvre d’Emmanuel Levy et de ses compagnons de cérémonies, s’est accepter les tourments salutaires des huit pièces musicales que porte ce nouvel album de Wormfood.

Line Up

Emmanuel Levy : Chant & Guitare
Renaud Fauconnier  : Guitare
Vincent Liard  : Basse
Thomas Jacquelin : Batterie
Pierre Le Pape : Claviers
Paul Bento : Sitar

Fort de ses albums précédents, des expériences auditives et sensorielles distillées par le collectif, les différents voyages proposés sur L’envers se jouent des styles pour mieux développer celui du groupe. L’envers se pose comme l’album qui synthétise les genres et les références qu’affectionne Wormfood. L’envers est un conte des ombres dans lequel on s’immerge sans retenue. L’écriture poétique, irrévérencieuse, nous guide vers un monde de légendes épouvantables.
Recueil de nouvelles, récits fantasmés par notre imaginaire, la puissance du rêve porté par Wormfood transcende ici-bas les genres. L’envers nous ouvre la voie vers une réalité émotionnelle toujours plus vaste, Wormfood met en oeuvre un Metal lourd, sombre, mélancolique et de plus en plus théâtral, empreint d’atmosphères magnifiques digne des plus grands auteurs de la  littérature fantastique (Edgar Allan Poe, Mary Shelley, Oscar Wilde... ou plus près de nous Thomas Owen), Wormfood associe à cela le meilleur des ambiances Black mélodique, Goth et Symphonique.
A l'instar de Type’O’Negative pour qui le groupe ne cache pas son affection, les atmosphères dépressives et mélancoliques sont le fil rouge d’un album qui maintient une pression constante sur notre cortex avide d’émotions impies, l’invitant à s’oublier, à plier sous les assauts délicieusement envoutants des titres comme «Ordre de Mobilisation Générale», «Serviteur du Roi» ou «Gone On The Hoist». L’envers se place comme une pierre angulaire dans la carrière du groupe proposant une certaine accointance avec le Craddle Of Filth des albums Cruelty and the beast, Manticore and Other Horrors mais aussi avec le Dimmu Borgir d'Enthrone Darkness Triumphant ou Puritanical Euphoric Misanthropia.
Cela dit, les ambiances et les nuances au sein d’un même titre comme sur «Collectionneur des Poupées» et «Poissone» donnent un relief et une assise totalement captivante, la voix du maitre des lieux se fait encore plus chaude et envoûtante, trouvant ses marques dans cette approche musicale, traçant sa voie, faisant de l’alchimie du ton narratif et d'une forme de Black mélodico/mélancolique l'identité propre de Wormfood.

Peut-être moins avant-gardiste et touche tout que ses prédécesseurs, Wormfood a avec cet album probablement gagné en musicalité. Les ambiances se posent, prenant le temps de s’installer et de nous faire voyager. Un album qui s’avère être une grande réussite, immergé que nous sommes dans le monde macabre de Wormfood. Du somptueux prologue à son dernier chapitre qu'est «Géhenne», on ne peut reprendre son souffle, plongé dans les abîmes de compositions touchant notre sensibilité au plus profond de notre humanité, nous laissant agonisant mais heureux dans une obscurité paradoxalement salvatrice.

 “Tout cela vaut bien de raviver l’enfer...”