Zatokrev - Silk Spiders Underwater

Recrue des anglais de Candlelight (Orange Goblin, Anaal Nathrakh, C.R.O.W.N), passé expert en matière de doom, Zatokrev est un quartet suisse qui a à son actif neuf ans d'existence et quatre albums avec le petit nouveau Silk Spiders Underwater qui ne sera disponible que le 13 avril prochain. Successeur de l'excellent The Bat, The Wheel And A Long Road To Nowhere (2012) qui les a vu enchaîné quelques tournées européennes (avec notamment des dates en compagnie de Crowbar) pour clôturer l'été dernier par une date au Summer Breeze.

 Il y a des formations qui trouvent rapidement leur style et qui vont s'y tenir à jamais, il y a celles qui vont évoluer au fur et à mesure des années pour devenir une entité très éloignée des débuts et enfin il y a celles qui explorent leur style, qui l'enrichissent et le perfectionnent. Avec Silk Spiders Underwater, Zatokrev montre qu'il fait clairement partie de la troisième.

Là ou The Bat, The Wheel... montrait un visage bien plus black metal de Zato, Silk Spiders... se montre bien moins « noir » que son prédécesseur et bien moins metal aussi. Seul « Bleeding Island » et « Swallow The Teeth » gardent un véritable lien avec l'opus précédent, on peut d'ailleurs remarquer que les placements vocaux écorchés de Frederyk Rotter (chant/guitare) sont assez similaires sur les deux titres. Du black le quartet gardent ces riffs hypnotiques et dissonants, l'approche assez indus de « The Phantom » (et ses grattes « loopesques » ne faisant qu'un avec la batterie) renforce cette impression d'hypnotisme qui a toujours été l'une des forces du groupe.

Zatokrev montre une facette plus mélodique, moins apocalyptique et plus mélancolique qu'auparavant. Frederyk s'essaye plus que jamais au chant clair et l'on trouve tellement de guitares à pleurer des larmes de sang sur cet album qu'on en ressort plus vide que si l'on était dans un Saw (ces grattes qui s'entremêlent sur le final de « They Stay In Mirrors » ! »). Pour donner une idée des progrès et de la tenue des vocaux, le tendu « Discoloration » rappelle Alice In Chains. De là à dire que l'expérience acoustique solo du leader de Zatokrev l'a aidé à s'améliorer et à se lâcher complètement, il n'y a qu'un pas que je vais franchir sans remords (par ce que je suis un grand malade!). L'essai est très concluant, car si son chant hurlé est très bon, comme tout ceux évoluant dans ce style, il peut s'avérer un peu lassant à la longue.

 Tout comme le pré-cité « Discoloration », l'inquiétant « The Loom » et le très aérien (comme son nom l'indique) « Brick In The Sky » n'ont pas grand chose à voir avec le metal. Et la lourdeur pourtant primordiale dans le son des helvètes passent clairement au second plan, se ressentant plus par les ambiances crées que par la musique elle même. Si l'influence de Neurosis reste importante on a l'impression que le groupe s'en détache enfin réellement, un reproche qui lui a souvent été fait (peut être à tort). La cerise sur l'araignée vient d'arrangements discrets mais ô combien jouissifs comme ces violons sur « Brick In The Sky » ou encore ce chant féminin superbe sur « They Stay In Mirrors ».

 Silk Spiders Underwater est un essai qui surprendra et décevra peut être les fans de leur période plus doom, pour autant les forces de Zatokrev restent bel et bien présentes. La lourdeur, l'hypnotisme et la mélancolie règne toujours sur leurs univers ne vous inquiétez pas. Le groupe aborde désormais une vision différente, bien plus mélodique et posée, s'éloignant du metal apocalyptique et dépressif qu'il affectionnait pour un résultat vraiment réussi.

Chapeau messieurs pour la prise de risque et la qualité !