Zu - Jhator

Les très originaux et prolixes italiens de Zu sont de retour avec un nouveau projet expérimental et instrumental intitulé Jhator sous le label Ipecac Recordings (Mike Patton, Melvins). Le trio qui opère au saxophone, à la basse et à la batterie a concocté une recette à l'atmosphère plus dépouillée que ce qu'il nous avait habitué jusqu'alors.

 

Line-up:

Luca T. Mai (saxophone)

Massimo Pupillo (basse)

Tomas Järmyr (batterie)

Avec plus d'une quinzaines d'albums studio à leur actif, le moins que l'on puisse dire c'est que les membres de Zu composent avec une régularité honorable et ce, afin de proposer des productions toutes plus originales les unes que les autres! Oscillant entre free-jazz, noise et sonorités inidentifiables (et c'est là que réside tout leur intérêt), les italiens fouillent les racines de la musique expérimentale afin d'en exploiter toute sa fertibilité sonore. L'un des opus qui leur a apporté le plus de visibilité est probablement Carboniferous sorti en 2009 qu'ils ont défendu pendant plusieurs centaines de dates en tournée et avec la collaboration du grand Mike Patton et des Melvins. Très agitée et chaotique, cette facette que l'on connaît de Zu est totalement différente sur Jhator.

L'énigmatique Jhator est composé de deux pépites qui se déroulent sur des pistes de vingt minutes chacune. De quoi étonner l'auditeur d'autant plus que ces morceaux sont complètement hybrides et s'émancipent à travers des expérimentations exclusivement instrumentales. Le très beau titre "The Dawning Moon Of The Mind" propulse nos oreilles dans un univers complètement parallèle où les notes ne sont que respirations et soupirs à contrario des chansons du précédent opus Coltar Todo où le mouvement des instruments paraissait sans cesse tumultueux. Ici, les musiciens nous invitent à accéder aux grands espaces surplombés par des sons bizarroides et débordant parfois du côté du shoegaze. Les expérimentations free-jazz et noise sont un peu laissées de côté afin que l'on accède à une autre présence du soubresaut, celle d'une quiétude apparente qui laisse le temps d'inhaler le morceau comme s'il s'agissait d'une formule indéchiffrable, ce qu'il n'est pas si loin d'être. Dans la même lignée, "A Sky Burial" est doté de nombreuses ouvertures vers un un monde où le mot d'ordre est étrangeté. On ne sait si le caractère très lent et presque ascétique de ces chansons atteint à la beauté ou à l'angoisse. Probablement un peu des deux.

Le Jhator de Zu n'est certes pas un album que l'on va écouter pour headbanger mais il incite tout de même à une étrange parade du corps et de l'esprit. La substance de la musique instrumentale et expérimentale comme celle des italiens offre un autre accès aux sonorités créés par les musiciens, qui n'est pas celui d'une consommation, mais d'une réflexion. Bien que ces compositions soient très différentes de celles d'Aphex Twin on peut y retrouver une essence à laquelle on accède en écoutant Selected Ambient Works 85-92. Musique hors du temps qui se contente de se laisser couler dans l'espace. En précisant que Jhator est une mise en bouche au nouvel album prévu pour cette année: House Of Mythology.